Photo du film RETOUR A SILENT HILL
Crédits : Metropolitan FilmExport

RETOUR À SILENT HILL : critique d’un bashing excessif ?

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2.5
ÇA VAAAA

RETOUR À SILENT HILL déçoit et les réseaux se déchaînent. Taxé de pire adaptation de tous les temps, le film de Christophe Gans n’est peut-être pas une réussite, mais il n’est pas non plus la purge que certains prétendent. Trop attendu, plombé par des déboires de production… Aurait-il fallu ne pas remettre les pieds à Silent Hill ?

Pourquoi tant de haine ?

Sorti en 2006, le premier Silent Hill est apprécié comme l’une des meilleures adaptations de jeu vidéo jamais réalisées. Il faut dire que le réalisateur Christophe Gans a su y imposer sa vision et sa patte d’auteur — chose rare pour ce type d’adaptation, d’autant plus produite aux États-Unis. Lui-même joueur et grand amateur de la franchise, Gans souhaitait réaliser cette suite depuis maintenant près de vingt ans. Vingt ans d’attente donc, autant pour l’auteur que pour les fans, qui n’espéraient plus voir ce RETOUR À SILENT HILL un jour sur grand écran — si l’on excepte l’odieux Silent Hill : Revelation 3D de M. J. Bassett, sorti en 2012.

Ils attendaient que Gans retourne à Silent Hill. Qu’il repasse derrière la caméra. Lui qui avait disparu depuis La Belle et la Bête en 2014. Et ils ont été déçus, si l’on en croit les avis des spectateurs et les retours presse. Les internautes américains se sont même déchaînés à grands coups de mèmes, raillant le film comme son réalisateur, accusé d’avoir porté atteinte à l’œuvre originale développée par les Japonais de Konami. RETOUR À SILENT HILL mérite-t-il vraiment cette vague de haine ? Soyons directs : non. Beaucoup trop attaché à son objet de culte, le fandom a simplement tendance à s’emporter.

Chagrins de prod ?

Pour autant, affirmerons-nous que RETOUR À SILENT HILL est une réussite ? Non plus. Ce nouveau film se noie dans son avalanche de CGI mal sentis, et dans son intrigue à la fois rushée et peinant à jouir. Il n’empêche… Il n’empêche que le talent de Gans pour créer de belles images transparaît ici et là. Et que le film contient de beaux monstres, suintants comme jamais, malgré une surenchère numérique — qui vient gâcher un superbe travail de maquillage pourtant visible à l’écran. Dommage. On aurait aimé qu’il puisse aller au bout de son projet et de sa vision, malheureusement empêchés par des déboires de production.

Des déboires de production qui expliquent certainement pourquoi le film se conclut sur une trahison de l’œuvre originale, tant houspillée par les fans. Même si le romantisme reste une constante dans le cinéma de Gans, on préfère croire qu’il aurait mieux écrit et développé sa conclusion s’il n’avait peut-être pas eu les mains liées. Quoi qu’il en soit, la grande faiblesse du produit fini tient à son écriture. D’un premier tiers passé à poser les jalons d’une dramaturgie à première vue complexe, le second tiers peine à nous livrer les éléments de sa résolution, qui s’expédie un peu vite et de manière si simpliste qu’elle creuse l’ennui.

Un peu d’audace, que diable !

Sur le plan esthétique, RETOUR À SILENT HILL manque également d’éclat. Si l’on ne renie pas la beauté de certains décors et maquillages, on regrette néanmoins l’omniprésence du numérique. Si les images tendent à nous plonger dans l’univers synthétique du jeu vidéo, le rendu visuel varie de manière trop significative d’une séquence à l’autre pour permettre à l’ensemble de rester cohérent. Par ailleurs, les plus mesquins ont eu vite fait de pouffer à la vue d’une perruque blonde et d’une barbe factice. Or, perruques et postiches ont toujours été propres au style de Gans. Malheureusement, le budget coiffure de Bellucci dans Le Pacte des Loups n’est pas toujours envisageable.

Certains diront que nous pardonnons beaucoup au réalisateur de RETOUR À SILENT HILL. Néanmoins, ce point de vue nous a paru nécessaire face aux remontrances disproportionnées aperçues sur les réseaux sociaux. Gageons tout de même de l’importance de Christophe Gans pour le cinéma de genre français, et reconnaissons-lui le mérite d’être parvenu à monter ce projet de suite. Et ce, après vingt ans de longues négociations. Peut-être s’est-il cassé les dents. Peut-être n’aurait-il pas dû remettre les pieds à Silent Hill. Au moins en a-t-il eu l’audace.

— Lilyy NELSON

Auteur·rice

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