Photo du film THE SUMMER WITH CARMEN
Crédits : Epicentre Films

THE SUMMER WITH CARMEN, un été grec, pop et sensuel – Critique

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La vénération de la plastique masculine était une norme artistique et sociétale durant la Grèce Antique. Aujourd’hui, le culte du corps diverge en plaçant tout type de corpulence sur un piédestal. Zacharias Mavroedis opère avec THE SUMMER WITH CARMEN un retour aux sources en faisant brûler les corps athlétiques de ces jeunes hommes sous le Soleil athénien. Toutefois, ce retour se fait dans l’optique de retrouver une modernité qui s’était longtemps perdue.

Une pièce en trois actes en service trois pièces

Sur une plage rocheuse d’Athènes, Démosthène et Nikitas nous content le long-métrage que nous allons voir. THE SUMMER WITH CARMEN est une œuvre méta où les corps s’enchevêtrent aussi bien que les mises en abyme. L’anatomie corporelle et scénaristique est visible à l’écran, le film étant découpé en acte. Ce découpage perceptible va de pair avec la discussion autour de la dramaturgie des deux personnages. THE SUMMER WITH CARMEN se place naturellement dans l’héritage du théâtre grec. Cela mène ainsi à des débats autour de comment raconter une histoire, les mots filant tels des gouttes de sueurs sur le corps. Dans cette discussion Nikitas est étrangement le plus conservateur alors qu’il est le plus extravagant. À l’inverse, Démosthène, à l’image du grand orateur de l’antiquité grecque dont il tient le nom, souhaite bouleverser les codes narratifs alors qu’il est celui ressemblant le plus à une statue de marbre. Cette confrontation de vision se ressent dans ce film dans le film avec un regard classique et un autre complexe sur l’histoire. C’est tout simplement l’interprétation d’une œuvre selon celui qui l’observe et celui qui la vit. Quand Démosthène retrouve Thimyos en promenant respectivement leurs chiens, Nikitas laisse entendre que son ami a sorti l’animal de compagnie soit pour Panos, son ex, soit pour revoir cet homme. Du point de vue de Démosthène, la raison d’avoir pris Carmen avec lui est plus profonde, loin de l’apparence virile qu’il montre. C’est une joute verbale agréable aux oreilles et aux yeux que nous offre alors ce THE SUMMER WITH CARMEN. Malheureusement, cela mène à une œuvre très littérale ne laissant justement que très peu d’interprétation de notre part. Il n’empêche que nous sommes face à un théâtre grec intelligemment modernisé qui garde malgré tout les masques sur le visage de ces drôles de comédiens.

Être fier de retrouver un idéal antique

L’autre héritage de la Grèce Antique est celui de la sculpture. Dans THE SUMMER WITH CARMEN, les statues grecques s’animent pour brûler passionnément au Soleil. La nudité est sublimée, en particulier celle de Démosthène, ce dieu bestial au cœur pourtant si tendre. Avec son ami Nikitas ils se trouvent dans un fleuve du Léthé qui n’ôte pas les souvenirs mais qui au contraire les ravivent. Le passé et le présent se mêlent, les deux l’observant, tels des statues parcourant le temps, en quête d’une eau leur pouvant offrir une autre vie. Ce lieu est une bulle poétique qui leur permet de s’échapper d’une triste réalité. Dans la ville, les milliers d’années d’Histoire ne sont que peu visibles. L’unique statue que nous voyions se trouve sur le lieu de travail de Démosthène et elle ne semble pas à sa place à l’inverse de l’homme sur la plage. Dans la vie courante tout est aussi différent. En Grèce Antique, le concept de sexualité n’existait pas. En 2024, les mœurs ont aussi changé, toutefois pas de la façon espérée. L’homosexualité est une source de conflit entre enfants et parents qui ne peut porter ces relations que vers la tragédie grecque. La Gay Pride devient ici un événement nécessaire pour revendiquer sa place dans une société trop peu tolérante. C’est la modernité qui revient après de longues années obscurantistes dans l’unique but de retrouver peut-être un jour un idéal antique. Tout ceci est porté par le scénario que conçoivent Démosthène et Nikitas, eux qui y insèrent leur histoire pour qu’elle ne devienne plus personnelle mais globale. En revanche, le métrage possède malgré tout en son sein une forte individualité écrasant toutes les autres.

Les dessous du mythe

THE SUMMER WITH CARMEN traite de la rupture amoureuse de Démosthène durant ce fameux été. L’étoile brûlante gravite autour de lui, à l’instar de nos yeux avec son corps si hypnotique. Nous le suivons ainsi dans Athènes, entre les rues et son lit. Nous allons au plus profond de sa psyché, entre sa relation étrange avec Panos et celle conflictuelle avec ses parents. C’est notamment celle avec son père qui va être en cause. Sa mère n’accepte certes pas son homosexualité, mais au moins il a contact direct avec elle. Nous ne voyions qu’une fois son père et ce n’est même pas de face. L’unique confrontation directe entre les deux se fait dans une chambre sombre peu propice à l’échange. La relation entre les deux est représentée par le plafond noir d’humidité de la salle de bain de Démosthène : elle est proche du néant. Son destin va alors se croiser avec la Carmen du titre : une petite chienne. La figure du canidé était déjà présente lors de la rupture avec Panos, Démosthène tournant autour d’un chien en céramique montrant ainsi sa dureté, mais aussi sa fragilité. Effectivement, il y a un parallèle évident entre lui et Carmen. Tout deux sont dans l’incapacité d’exprimer leurs sentiments – cela étant souligné par de nombreux surcadrages montrant qu’ils gardent tout pour eux – et ont peur de l’abandon. Bien qu’il se voile la face, Démosthène souffre de sa rupture avec Panos. Le masque qu’il porte est celui d’une masculinité extrêmement toxique. Il ne souhaite pas, de ses propres mots, être une « tapette ». Le virilisme dans l’homosexualité existe et, tout comme celui dans l’hétérosexualité, ne doit pas exister. Nikitas est ainsi l’exemple à suivre car il s’assume. La sensibilité est une vertu, que nous aimions les hommes ou les femmes.

Le héros ne sont plus seuls

Démosthène est posé fièrement sur un piédestal irradiant de son physique tout ce qu’il y a autour de lui. Derrière cette apparence se cache toutefois un héros grec sensible. Cependant, cette mise en avant se fait au détriment de son meilleur ami Nikitas qui est pourtant le scénariste du film de sa vie. Dans cette immense mise en abyme il tente de trouver sa place avec cet autre scénario qui conte sa vie, sauf qu’il se trouve dans une histoire qui n’est pas la sienne. Le fait est qu’il n’a rien à quoi s’attacher à part Démosthène. Il est en quelque sorte le Iolas d’Héraclés, celui qui accompagne le héros dans ses aventures. Sauf que pour venir à bout de cette épopée, de ce scénario dans le métrage, il faut être au même niveau. Finalement, plus que sur Démosthène, c’est un film sur une amitié qui doit retrouver un équilibre pour que celui de leurs cœurs le soit aussi. Se retrouver dans ce lieu atemporel qu’est cette plage athénienne est justement l’occasion de trouver du temps pour eux, pour s’expliquer et pour créer.

THE SUMMER WITH CARMEN s’auto-définit par le scénario que les deux comparses écrivent comme « pop, grec et sensuel ». Même si cela montre que le film est trop littéral, c’est une définition qui colle parfaitement au métrage de Zacharias Mavroedis. THE SUMMER WITH CARMEN sera le compagnon idéal pour cet été et particulièrement pour ceux aimant rêvasser sur la plage.

Flavien CARRÉ

Auteur·rice

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