Photo du film WAHOU !
Crédits : Anne-Francoise Brillot

WAHOU !, satire sociale pour cœur sensible – Critique

WAHOU ! est le dernier film du fantastique Bruno Podalydès. Après la douce satire de l’univers des startup avec Les 2 Alfred en 2021, c’est à l’immobilier qu’il s’attaque cette fois-ci — en toute bienveillance, comme toujours. Le réalisateur livre à nouveau une comédie aussi fine que poétique, franchement réussie.

WAHOU !, c’est avant tout une symétrie presque parfaite. Deux agents, Oracio (Bruno Podalydès) et Catherine (Karin Viard) chargés de présenter deux biens différents que tout oppose. Une maison ancienne, aux multiples vices cachés, et un appartement tout neuf, à peine sorti des travaux. Les clients ? À chaque fois, ou presque, des binômes : jeunes couples, vieux mariage, ou encore investisseurs douteux au look Daft Punk avec leur casque complet sur la tête. « Wahou ! », c’est aussi le nom de l’agence immobilière en question, située dans les Yvelines. Mais c’est enfin et surtout le Saint-Graal recherché par tout bon vendeur, ce que le potentiel acheteur doit absolument exprimer dès qu’il franchit le seuil du bien visité. « Sinon c’est mort », explique Oracio, qui reste accroché à son métier sans trop savoir pourquoi. « Pour survivre », ajoute-t-il, l’air morose.

Comme dans chacun de ses films, Bruno Podalydès a ce talent certain de mêler le burlesque et le mélancolique, toujours avec malice. On pourrait s’attendre ici à une caricature de l’agent immobilier, rien de trop original. Tout compte fait, on rencontre deux personnages touchants et terriblement normaux. L’une ne retient pas ses larmes à l’évocation de son compagnon récemment disparu. L’autre ne cache pas sa honte lorsqu’il se fait réprimander par une mandataire en pleine visite. La troisième roue du carrosse, c’est le petit nouveau, Jim, qui se déplace en skate et costard. Lui n’a l’air de rien sinon d’un stagiaire pas très concerné ; et pourtant, il maîtrise ses produits sur le bout des doigts. N’est-il pas celui qui chaperonne Oracio, finalement ? Bref, loin de l’image parfois grotesque qu’on peut s’en faire, ces trois personnages combattent les clichés et nous séduisent par leur humilité face aux clients phénoménaux qu’ils rencontrent.

Photo du film WAHOU !
Crédits : Anne-Francoise Brillot

Oui, car chaque séquence représente une saynète qui raconte une histoire. Et avec elles sont mis en scène des individus hauts en couleur, aux attitudes diamétralement opposées (symétrie, toujours !) : soit ils se confient à leur interlocuteur, psychologue, soit ils le méprisent, sous-homme. Tous, cependant, livrent à l’écran leur intimité, leurs angoisses ou leurs peines, à l’abri du jugement des agents, et des spectateurs. Il faut dire qu’on ne boude pas son plaisir à voir défiler un tel casting : Eddy Mitchell, Sabine Azéma, Agnès Jaoui, Manu Payet ou Isabelle Candelier, pour ne citer qu’eux. Le réalisateur a souvent eu pour habitude de répartir son histoire en divers petits rôles tenus par quantité d’acteurs renommés, comme, notamment, dans Bancs publics (2009). Quelle drôle de surprise, ici, d’apercevoir Denis Podalydès quelques minutes seulement ! Pas une réplique, simple (excellente) prestation muette, et puis s’en va. On reconnaît bien là la patte des deux frères, toujours dans la dérision, amusante, légère, bienveillante.

WAHOU !, c’est donc une comédie plus complexe qu’elle n’en a l’air. Derrière ses faux-semblants parodiques, c’est avant tout un film nostalgique autour des rapports sociaux et du lien affectif qui unit tout un chacun.

Nina SENOYER

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affiche du film wahou - WAHOU !, satire sociale pour cœur sensible - Critique
Titre original : Wahou !
Réalisation : Bruno Podalydès
Scénario : Bruno Podalydès
Acteurs principaux : Karin Viard, Bruno Podalydès, Sabine Azéma
Date de sortie : 7 juin 2023
Durée : 1h30min
3.5

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