Photo du film WALK UP
Crédits : Capricci Films

WALK UP, le hasard des rencontres – Critique

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Note des lecteurs4 Notes
5

Au fil des ellipses d’un film doux et âpre, Hong-Sang-soo capte en noir et blanc la vitalité de la parole et du temps.

WALK UP met en scène Byung-Soo, un réalisateur et trois femmes autour de lui : Madame Kim, Jeong-Su et Jiyoung. Au début, Byung-Soo et sa fille rendent visite à Madame Kim, une de ses anciennes amies. Cette dernière est décoratrice d’intérieur et propriétaire d’appartements dans le quartier de Gangnam à Séoul. Puis, Byung-Soo doit s’absenter car il a rendez-vous avec un producteur. À partir de là, le film explore, au fil de plusieurs ellipses, des temporalités différentes, fictives ou non, de la vie de Byung-Soo.

WALK UP est un film essentiellement en plans fixes. Le plus long est la deuxième scène du film, une scène de repas dans le restaurant dont Jeong-Su est propriétaire dans le même immeuble que Kim. Cette scène de repas arrive après une longue ellipse : on le comprend parce qu’elle réunit Byung-Soo, Jeong-Su et Madame Kim, et au fil de la conversation, quand Kim parle de la fille de Byung-Soo. En effet, on apprend qu’elle avait engagé la jeune femme pour lui apprendre le métier de décoratrice d’intérieur, mais que celle-ci a démissionné au bout d’un mois. La conversation tourne surtout autour du cinéma de Byung-Soo, dont Jeong-Su est fan. Le langage devient ici une manière de rythmer l’ensemble du film. Les pensées des personnages se forment au fil des conversations et nous sommes pris dans le flux des dialogues et de l’alcool. Ce mélange donne des scènes de tendresse au goût doux amer, par exemple quand Byung-Soo évoque son divorce ou ses problèmes de financement.

Après cette scène de repas, nouvelle ellipse : on retrouve Byung-Soo en couple avec Jeong-Su. Comme à son habitude, Hong-Sang-soo ne dirige pas la pensée ni le regard du spectateur. Les conversations nous dévoilent les choses : on comprend que les deux personnages louent un des appartements de Kim car ils mentionnent l’augmentation du loyer. La douceur et l’âpreté du film se font de nouveau ressentir, quand à la tendresse de ce couple se mêle la réalité matérielle de leur vie : problème d’argent, dégât des eaux.

La troisième ellipse vient rendre encore plus opaque la narration : Byung-Soo est désormais le locataire de l’appartement du dessus et a une relation avec Jiyoung, une agente immobilière. Nous assistons à une nouvelle séquence de discussion, à l’extérieur, sur une terrasse avec les bruits de la ville en fond. Hong-Sang-soo, qui filme essentiellement l’intérieur dans WALK UP, décide d’ouvrir son film à l’espace urbain du quartier de Gangnam.

Le film bascule à la fin quand on se rend compte que ces séquences entrecoupées d’ellipses sont en réalité un espace mental imaginaire créé lors du départ de Byung-Soo chez son producteur. Le film reprend sa temporalité initiale lorsque le réalisateur revient chez Kim, où il retrouve sa fille.

Hong-Sang-soo traite l’imaginaire de la même manière qu’il traite le réel : la manière de filmer ne change pas et reste réaliste dans un cas comme dans l’autre. Ainsi, dans ce très beau film, Hong-Sang-soo crée des possibilités de vie à son personnage (ou alter-égo), en invoquant le hasard des rencontres.

Adrien MOINET

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