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Crédits : Focus Features

YOU WON’T BE ALONE, les sorcières sont (presque) des femmes comme les autres – Critique

You won’t be alone (Tu ne seras pas seul en français) sonne un peu comme un titre de mauvais teenage movie horrifique des années 90, le genre de film qu’on regardait entre potes pour faire frémir nos jeunes cœurs impressionnables. Mais rassurez-vous, c’est un peu plus consistant que Souviens-toi l’été dernier. En cette époque de déconstruction, ce coup d’essai, coup de de maître de Goran Stolevski, se présente sous des abords d’une fable métaphysique, dédiabolisant la figure de la sorcière.

D’emblée, le fantastique s’invite dans le quotidien de ces pauvres paysannes des montagnes macédoniennes du XIXème siècle : une sorcière sort de nulle part, nue, étrangement douce et monstrueuse. S’arrogeant la vie d’une jeune femme simplette (Nevena), la sorcière lui transmet sa malédiction et l’emmène avec elle dans sa vie d’errance. Suite à des années de claustration, la découverte de la nature est une épiphanie pour la jeune Nevena.

Photo du film YOU WON'T BE ALONE
Crédits : Focus Features

La lumineuse photographie, ainsi que ces gros plans naturalistes, traduisent à merveille l’enchantement de la jeune femme, ivre de nouvelles sensations. Le monologue intérieur de Nevena, souligne les émotions, telle une transe contemplative aux confins de l’onirisme. Les rares dialogues s’effacent au profit de la magnificence des images et de la musique, agissant presque comme un personnage à part entière. L’ombre de Terrence Malick plane sur ces vertes prairies.

De cette renaissance va suivre une trouble relation mère-fille entre les deux femmes, recluses en ermites sylvestres, caméra tremblotante. Ce personnage de la « mère-sorcière » s’avère être le plus fort du film à tous points de vue : cynique, effrayante, blessée par la vie, jalouse, elle compose un poignant portrait de femme. Exposée ainsi au grand jour, le cinéaste fracasse totalement l’image d’Epinal de la sorcière sur son balai avec son chat noir. Bien sûr, il joue aussi avec les clichés, mais dans YOU WON’T BE ALONE, la sorcière se révèle être une femme forte, scandaleusement libre, au mépris de la société et des hommes. Face à cette présence féminine omniprésente, ces derniers occupent d’ailleurs un espace restreint, symboles malfaisants d’une violence entièrement dirigée à l’endroit du sexe féminin.

Le sang occupe une place primordiale dans ce conte. Ici, le sang se veut nourricier, synonyme de mort (également de renaissance) et signe des menstruations féminines. D’autres fluides apparaissent également en filigrane (selon le grand Brian Yuzna, le cinéma de genre est un cinéma de fluides) : le crachat de sorcière scelle les destinées et le sperme, ou plutôt son absence, symbolise la déchéance de la vieille fille Maria avant qu’elle ne devienne une sorcière. Ces fluides sont vus comme tabous, voire transgressifs, par la société. Une métaphore filée de la condition féminine s’esquisse subtilement au fil du récit.

Photo du film YOU WON'T BE ALONE
Crédits : Focus Features

Seule incongruité surréaliste dans cet univers terrien, les sorcières détiennent la capacité de changer de peau, s’accaparant les entrailles d’une personne et ainsi pouvoir prendre possession de son corps (bon appétit). Ce pouvoir va permettre à la jeune Nevena de découvrir la vie sous toutes ses formes et apparences avec une spontanéité confondante. Cet enchâssement de points de vue, de bouts de vie mis bout à bout, constitue une trame narrative d’une grande profondeur, qualité requise des grandes fresques initiatiques. Nevena transite de corps en corps, apprend à ressentir les passions intérieures, découvre le sexe contraint puis consenti. La naïve jeune fille laisse place peu à peu à une femme sage, sûre d’elle, sorte de déesse omnisciente, qui pourra ainsi « tuer la mère », envieuse de la vie qu’elle n’a pu avoir.

Sous ses dehors de film folk-horror à la lisière du documentaire, YOU WON’T BE ALONE se veut être avant toute chose une captivante confrontation de deux femmes : tour à tour mère / fille, pygmalion / élève, sœurs ennemies. L’une des deux choisira de s’affranchir de sa condition et embrasser pleinement les joies de la vie avec un lyrisme flamboyant. Mention spéciale à l’incroyablement badass Noomi Rapace, toujours aussi prompte à repousser ses limites dans les projets les plus dingues.

Guillaume

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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Titre original : You Won’t Be Alone
Réalisation : Goran Stolevski
Scénario : Goran Stolevski
Acteurs principaux : Noomi Rapace, Alice Englert, Anamaria Marinca
Date de sortie : 1 décembre 2022
Durée : 1h48min
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