Photo du film RETOUR VERS LE FUTUR
Crédits : D.R.

FUTURE BOY : Michael J. Fox se confie sur son expérience incroyable pendant Retour vers le futur

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Michael J. Fox, déambulant sur le plateau, s’avance vers le producteur qui discute avec ce qu’il croit être l’ingénieur son. « … je lui ai asséné une bonne claque dans le dos et l’ai salué de ma manière habituelle : Murray, vieux sac. Ça roule ? »
La personne se retourne. Ce n’est pas Murray, l’ingé son. Mais Steven Spielberg.

Retour vers le Michael

FUTURE BOY, sorti chez nous par Talent Éditions, regorge d’anecdotes savoureuses comme celle-ci, et si cela suffirait déjà à rendre la lecture très agréable, le cinquième ouvrage rédigé par Michael J. Fox avec Nelle Fortenberry, collaboratrice de longue date de l’acteur, est aussi un émouvant et passionnant témoignage sur l’expérience d’une vie, ainsi que sur la conception incroyable d’un film inoubliable et le fonctionnement d’une industrie dingue et belle à la fois.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’expérience vécue par le jeune Canadien est aussi unique que le film devenu icône. Il n’y a alors plus qu’à s’installer confortablement et découvrir les secrets de l’aventure vécue par ce jeune un peu borderline mais plein d’entrain, alors que le soixantenaire qu’il est devenu, touché par la maladie qu’on sait, se replonge dans ses souvenirs avec une sincérité inédite et unique.

Et ce qui définit par-dessus tout la période de conception de RETOUR VERS LE FUTUR, c’est bien un sujet en accord avec le film : une course contre le temps. On connaît le contexte : au bout de plusieurs semaines de tournage, Robert Zemeckis (réalisateur) et Steven Spielberg (producteur) ne sont pas satisfaits de l’interprétation – très talentueuse – d’Eric Stoltz, mais trop sérieuse et pas en adéquation avec leur vision.

Michael J. Fox est en train de percer avec la sitcom Family Ties (Sacrée famille) et n’apprendra que tardivement que Gary Goldberg, mentor et créateur de la série, avait discuté avec Spielberg du rôle principal du film, mais avait dû poliment refuser. Sauf qu’après plusieurs changements de situation plus tard (qui a dit que la vie n’était pas plus surprenante que les films ?), Spielberg et Zemeckis voulaient à tout prix Fox. Une fois un accord passé entre Goldberg et l’acteur, celui-ci promettant d’honorer ses engagements dans les deux camps, une période folle commençait…

Deux identités pour Michael J. Fox pendant des mois: Alex P.Keaton (Sacrée Famille) et Marty McFly.
©NBC / Amblin Entertainment/ Universal Pictures/ Kobal / Shutterstock

Les Nike de Mike

Découvrir les dessous de la création du film culte est un plaisir de tous les instants. Plongés dans les baskets (et ça va être le cas de le dire) d’un acteur de seulement 23 ans, on apprend les coulisses d’une expérience marquée par l’enthousiasme et l’intuition. De la réunion avec Goldberg, Zemeckis, Spielberg, Bob Gale et Kathleen Kennedy dans la maison du premier à Malibu (où Fox se souvient de sa première rencontre avec le « roi du divertissement »), à la première séance d’essayage costume dans la chambre d’amis où l’équipe se rend compte qu’elle a oublié d’apporter des chaussures.

Fox, Nike Bruin aux pieds, les suggère. Résultat : « Le choix de mes chaussures ce jour-là a eu un impact durable sur le personnage et sur Nike (qui allait être associée à la franchise RETOUR VERS LE FUTUR à compter de ce moment-là) ». Sauf que ce modèle n’était plus fabriqué. Frank Marshall, le légendaire producteur, appela alors le directeur d’un des magasins de la marque et, insistant, découvrit qu’une équipe de placement de produit venait d’être créée. La responsable, Pam McConnell, a été adorable : elle a accepté sans problèmes la demande de Marshall qui n’avait en plus « pas de budget pour ça » (et qui, pas effrayé, a demandé deux fois plus de baskets que prévu) et a fourni à la production vingt paires la semaine d’après…

Cette anecdote est l’une des nombreuses détaillées dans le livre, et toutes constituent à dresser un portrait concret sur comment un film peut être mis sur pied de manière improbable. Ainsi, Fox met aussi en lumière ceux qui œuvrent en coulisses, et saisit, en plus de détailler comment telle ou telle scène s’est créée, toujours une occasion de rappeler leur importance.

Comme l’histoire de Charlie Croughwell, cascadeur pas farouche et débarquant de New York avec un seul nom à contacter en poche. « À l’époque, il fallait s’arracher. Tu devais te glisser en douce dans un studio, découvrir qui était en tournage ce jour-là et partir à la recherche du coordinateur, en priant Dieu pour qu’il embauche ». Et si on vous dit que ce brave Charlie s’est présenté comme ça, au culot, et se retrouvait une heure plus tard doublure de Marty ? Eh bien, c’est le cas. Même si, comme Fox le souligne : « vu la sécurité que les studios ont désormais mis en place, de nos jours ce genre de plan semblerait complètement fou. Charlie admet qu’il s’est fait expulser de plusieurs studios, mais n’a pas lâché l’affaire. »

L’équipe créative de Retour Vers le Futur © Universal

L’expérience d’une vie

L’auteur revient également sur l’inoubliable scène de Johnny B. Goode – qu’il a travaillée plus que les autres (on en apprend un peu plus sur la guitare utilisée, devenue objet mythique) ; sur la DeLorean qui, comme la Ford Gran Torino de Starsky et Hutch par exemple – désolé de casser des mythes – était détestée par à peu près tout le monde à cause d’un intérieur très inconfortable et d’une maniabilité horrible qui était loin de mettre en valeur les cascadeurs…

Mais surtout, FUTURE BOY est un regard émouvant et sincère porté par l’homme qui se replonge dans ses souvenirs. Personne n’ignore les problèmes auxquels notre éternel Marty McFly est confronté depuis 1991, année durant laquelle la vie a décidé de rappeler que les épreuves touchent tout le monde, même les stars, en obligeant cet intenable comédien venu du Canada à vivre avec la maladie de Parkinson. Le désormais soixantenaire, en plus de créer une fondation, s’est livré à plusieurs reprises dans quatre ouvrages, en 2003, 2009, 2011 et 2021, partageant ses réflexions et ses expériences. Il y a même consacré un documentaire tout à fait réussi, le bien nommé Still (Davis Guggenheim, 2023).

Mais ici, la maladie n’est pas mentionnée. L’expérience vécue par le comédien a tellement défini sa vie qu’elle agit en miroir du jeune homme qu’il était, et surtout, c’est ce qui lui a permis de s’affirmer et de se dépasser. Fox se remémore les moments où lui, le jeune turbulent embêté par sa petite taille et ayant grandi trimballé à droite et à gauche au gré des mutations paternelles (son père travaillait pour l’armée), cherchait son chemin. Il nous confie avoir appris à se défendre contre les brutes, avoir eu une éducation mettant en avant l’esprit d’équipe et s’être efforcé de s’habituer à chaque fois tout en essayant de s’imprégner « des meilleures qualités de chacun de ces groupes » qu’il fréquentait.

Still la vie de Michael J. Fox de Davis Guggenheim. © Apple TV+

Quelques décennies pour apprécier son interprétation…

Avec tendresse et l’honnêteté qui le caractérise, Michael J. Fox fait donc le point sur un film qui a mené à qui il est aujourd’hui, bien conscient que RETOUR VERS LE FUTUR a fait de lui l’acteur mais aussi l’homme qu’il est, même s’il confie qu’il a fallu qu’il tombe par hasard sur une diffusion du film pour enfin, après plusieurs décennies, réussir à vraiment apprécier son interprétation.

Comme si RETOUR VERS LE FUTUR le plongeait dans un état d’esprit particulier et qu’il était porté par un besoin de se livrer alors qu’il continue de se battre contre la maladie (le réalisateur de Still confiait avoir « vu son état se dégrader pendant le tournage »), Fox aborde aussi des sujets délicats, notamment sa relation avec Eric Stoltz, qu’il a rencontré pour l’occasion, dont il nous parle avec beaucoup de délicatesse (on vous laisse découvrir ce passage touchant)…

Bref, c’est un retour en arrière passionnant et émouvant qui attend le lecteur, un regard sur une période exceptionnelle de la vie d’un homme destiné à rentrer dans la légende, et sur l’envers du décor et de la vie d’un acteur engagé dans la production d’un film emblématique…

Un grand merci à Philippe Crochat de Talent Éditions.

— Simon BEAUCHAMPS

Future Boy : Retour vers le futur et mon voyage à travers le continuum espace-temps

Michael J. Fox

EAN : 9782378155087
256 pages
Date de sortie : 19/11/2025
Éditeur : Talent Editions

Auteur·rice

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