hollywoodland (3)
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HOLLYWOODLAND, le vrai visage de l’industrie du rêve – Critique

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Alors que le cinéma a peut-être reçu plus d’hommages que jamais lors d’une certaine pandémie mondiale qui nous a rappelé la puissance des sensations que pouvait nous procurer le septième art alors que celui-ci nous manquait, les artistes en tous genres n’ont également pas manqué de rappeler le côté obscur de l’industrie qui n’a pas de sombre que les salles dans lesquelles on découvre ce qu’elle créé. Et pour les cent ans de son enseigne légendaire construite en 1923, ce sont deux artistes belges qui se sont donné pour objectif de redonner – littéralement – leurs lettres de noblesses à ceux qui travaillent dans l’ombre et qui font pourtant tourner ce monde.

Car c’est donc l’ambition des auteurs belges Benoit « Zidrou » Drousie (au scénario) et Eric Maltaite (au dessin) qui pour ce faire nous plongent dans le Hollywood des années 50, mis en couleur par Philippe Ory. HOLLYWOODLAND est en effet un récit choral racontant des tranches de vie de personnages variés et différents à chaque fois, le personnage changeant au bout de quelques pages. Et le genre avec. Passant de la comédie, au drame, ou encore au polar voire à la tragédie, les auteurs ne font aucunes concessions et mettent en lumière jusqu’aux aspects les moins reluisants de l’arrière boutique hollywoodienne en adoptant plusieurs tons, mais non sans humour, même si celui-ci est souvent aussi noir qu’une salle de cinéma. Le style d’écriture, et notamment des dialogues très savoureux, évoque un mélange entre Alexandre Astier et Michel Audiard saupoudrés d’une dose de Tarantino. Un Tarantino auquel on peut aussi penser face à l’organisation du récit, chapitré comme la plupart des films du cinéaste cinéphile, Zidrou et Maltaite prenant chaque lettre du mot hollywoodland comme première lettre des prénoms de leurs personnages. L’entreprise évoque également évidemment des œuvres telles le Babylon de Damien Chazelle (voir ci-dessous le fantastique texte de Fabian Jestin) pour sa même façon de dépeindre l’industrie avec un humour parfois très sombre (cf la scène du premier enregistrement sonore et la mort d’un technicien) ou encore le Nope de Jordan Peele, qui investissait une vallée californienne le long de laquelle il redonnait aux Noirs le statut qu’ils méritent depuis, littéralement, les débuts du cinéma.

Car HOLLYWOODLAND, c’est le monde de ceux qui érigent les lettres sur la colline du mont Lee (des Noirs d’ailleurs, dirigés par des Blancs avec option ventre proéminent et cigare dans la bouche); des aspirantes actrices asiatiques mourant de fatigues dans les usines; des vendeurs de hot-dogs à l’enthousiasme enfantin; des jeunes femmes qui débarquent la tête pleine de rêves, et tant d’autres…
La BD, publiée chez Fluide Glacial en deux tomes indépendants, est donc de ces œuvres qui transmettent des sensations étranges et passionnantes, ces œuvres qui nous font autant rire que ressentir de la peine car on sait que ce qui ce déploie devant nous n’est pas une exagération. Le seul reproche qu’on pourrait faire, c’est que ce genre de structures empêchent l’approfondissement, chaque récit changeant au bout de quelques pages, les hommes et les femmes dépeints et leurs histoires étant condamnés à demeurer que de simples bouts de vies noyés au milieu du reste. Mais n’est-ce pas le but, puisque c’est comme cela que ça se passe pour beaucoup ?

Les deux auteurs belges confirment donc qu’avoir de la distance par rapport au pays de l’Oncle Sam semble souvent permettre d’en parler avec recul et pertinence, tels les audacieux Chazelle et Peele, eux aussi différents (respectivement franco-américain et Noir), déjà cités plus haut. Zidrou et Maltaite redonnent alors littéralement leurs lettres de noblesse à tous ces oubliés et laissés pour compte, la première lettre de leurs prénoms formant le mot Hollywoodland tout en montrant leurs visages pour rappeler celui, le vrai, de l’industrie dans une belle métaphore collective rappelant l’importance de ceux qui font tourner ce monde ayant toujours été aussi merveilleux que terrible.

Simon Beauchamps

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