AU REVOIR LÀ-HAUT est époustouflant à plus d’un titre. Le potentiel cinématographique du roman éponyme de l’écrivain Pierre Lemaitre (Prix Goncourt en 2013) ne faisait d’ailleurs aucun doute. Albert Dupontel (Neuf mois ferme) s’y est fort heureusement collé, avec la collaboration de l’auteur, imprimant sa patte et son style reconnaissables.

Qui d’autre, en effet, aurait pu tirer le meilleur parti avec autant de piquant et d’ironie de ce drame des gueules cassées, de soldats revenus du pire ? Albert Dupontel parvient à évoquer un homme qui vit avec son traumatisme sans pour autant le traiter de façon aussi dramatique que dans La Chambre des Officiers de François Dupeyron ou du récent Cessez-le-feu de Emmanuel Courcol. C’est sans doute dû au choix de narration par le personnage de Albert Maillard (Albert Dupontel lui-même).

Il donne à AU REVOIR LÀ-HAUT la possibilité de faire part au spectateur de ses ressentis et interrogations face au drame qui touche Edouard Péricourt (Nahuel Pérez Biscayart, déjà phénoménal dans 120 battements par minute). La voix-off embarque ainsi le spectateur dans le dédale des aventures des deux héros et l’accompagne avec bienveillance, comme pour lui permettre de ne pas se prendre trop brutalement en pleine poire la violence des événements. Il lui prépare le terrain, même s’il existe parfois un décalage- source de rires-  entre ce qui est raconté et ce qui est montré.La reconstitution des lieux et des vêtements de ces années 1920 est elle aussi époustouflante. Servie par des dialogues rythmés et le comique quasi-mimique de certaines situations, la distribution offre une composition talentueuse. Ainsi Laurent Lafitte joue un jubilatoire salaud de service sans foi ni loi, Niels Arestrup est un père trop exigeant et Emilie Dequenne une sœur triste sur le chemin de son indépendance.

“Au Revoir là-haut est époustouflant à plus d’un titre.”

Albert Dupontel joue beaucoup avec les miroirs, qui réfléchissent ses personnages tout en leur offrant une autre dimension. Les regards se croisent, les sourcils se froncent. Car tout aussi époustouflant est le travail du réalisateur sur le regard de Édouard, traversé par les émotions et dont les yeux bleus changent de couleur au fur et à mesure de l’intrigue, assombris par son drame. Privé de paroles malgré une petite fille qui le comprend et traduit ses grognements, Édouard se réfugie dans son imaginaire et les masques qu’il crée lui permettent justement d’exprimer ses émotions.

Petit bémol à notre enthousiasme : le tournis provoqué par les multiples effets visuels choisis pour accompagner la profusion des intrigues sur fond d’amitié virile, de rancune, de vengeance, de frustrations, d’honneur, d’arnaques, de différence de classe sociale et de rapports père-fils difficiles. De fait, trop émotions s’enchaînent sans que l’on ait vraiment le temps de les digérer.

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] AU REVOIR LÀ-HAUT
Réalisation : Albert Dupontel
Scénario : Albert Dupontel, Pierre Lemaitre d'après son oeuvre
Acteurs principaux : Albert Dupontel, Laurent Lafitte, Nahuel Perez Biscayart
Date de sortie : 25 octobre 2017
Durée : --
4.0Note finale
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