Après Edge of Tomorrow, le réalisateur de La mémoire dans la peau retrouve Tom Cruise dans un biopic centré sur une figure peu connue de l’Amérique des eighties.

BARRY SEAL, c’est le nom d’un pilote d’avion américain arriviste et de classe moyenne, à qui la CIA va très rapidement proposer un job d’une manière assez officieuse. De simples photos d’espionnage prises en survolant certaines zones chaudes d’Amérique Centrale, Barry se fait par la suite embaucher par l’ennemi, jouant sur plusieurs tableaux et devenant un expert en livraisons aériennes de drogue et d’armes. Parce qu’il ne sait pas dire non et qu’il désire donner une nouvelle dimension à sa petite vie rangée avec sa femme et ses enfants, il va se retrouver enseveli sous les billets de l’oncle Sam et au cœur de l’Histoire de l’Amérique des années 80 présidée par Ronald Reagan.

Interprété par un Tom Cruise une nouvelle fois formidable dans la peau de ce doux dingue au sourire joyeusement débile, le personnage principal suit un schéma assez rebattu d’ascenseur social chez les truands déjà vu, toute proportions gardées dans un Scarface, mais plus proche du Loup de Wall Street, avec lequel il partage l’humour et une certaine démesure. Les personnages secondaires ne souffrent pas trop de la couverture largement tirée par la star, se révélant suffisamment bien caractérisés pour apporter ce qu’il faut de sel lors de leurs interventions. Mention spéciale à la femme de Barry, Lucy (Sarah Wright), qui irradie l’écran de son sourire et réussit à s’imposer en quelques scènes dans la peau d’une barbie tout sauf idiote.

Photo du film BARRY SEAL : AMERICAN TRAFFIC

Emballé telle une comédie, le film de Doug Liman nous frappe dès les premiers instants par son traitement esthétique. La photographie est d’un grand optimisme avec ses couleurs saturées et le montage fait preuve d’une liberté totale, s’autorisant plusieurs fantaisies s’apparentant à une sorte de prolongement de la personnalité de BARRY SEAL. Le plus souvent filmé à l’épaule et en plans rapprochés, technique très efficace pour faire surgir la tension lorsque l’humour et la détente cèdent leurs places, l’image s’en donne à cœur joie : perte du point, zooms et recadrages, transitions en dessin animé, regards caméras et changements de formats entremêlés d’images d’archives, autant d’astuces visuelles dont le rire naîtra souvent. Un montage hyper-actif qui n’est pas sans rappeler par moments le cinéma d’un Danny Boyle.

Autre point fort du film, son scénario imprévisible. À la fois touffu et dégraissé pour aller à l’essentiel, le script nous entraîne à la rencontre de personnages et de situations toujours plus farfelus et dangereux, tout en prenant de plus en plus d’ampleur. Le scénariste Gary Spinelli s’amuse même à détourner des situations archi-classiques voir clichés, inhérentes au film de gangster, pour mieux nous surprendre. En résulte une histoire assez incroyable, qui amènera le protagoniste à tutoyer les plus hautes sphères du gouvernement.

Si il ne révolutionne pas le genre, BARRY SEAL : AMERICAN TRAFFIC s’avère être une balade sympathique dans l’Amérique des années 80, faisant preuve de suffisamment de malice pour en faire le divertissement sans prétentions de cette rentrée. Alternant constamment entre la comédie et le thriller, le film est le reflet d’un pays qui, ne croyant plus en rien après ses désillusions passées, au Vietnam notamment, était prêt à toutes les astuces pour se remettre en selle, emmené par son acteur de président.

Loris Colecchia

[CRITIQUE] BARRY SEAL : AMERICAN TRAFFIC
Titre original : American Made
Réalisation : Doug Liman
Scénario : Gary Spinelli
Acteurs principaux : Tom Cruise, Sarah Wright, Domnhall Gleeson
Date de sortie : 13 Septembre 2017
Durée : 1h55min
3.0Sympathique
Avis des lecteurs 9 Avis