Dans Happy Birthdead, une étudiante revit à répétition le jour de sa mort. Et qui se cache derrière ce concept de petit malin ? Jason Blum, évidemment !

Ces derniers temps, Jason Blum et sa maison de production (Blumhouse Productions) sont devenus des acteurs majeurs du cinéma de genres. La recette est toujours la même : des pitchs forts et des moyens réduits (jamais plus de 5 millions dans un film !). Et qu’importe la critique. Qu’importe si la licence Paranormal Activity est usée au maximum, qu’importe si la qualité peut varier de l’excellent à exécrable. L’idée est, bien sûr, de maximiser les profits, d’essayer de faire de chaque nouveau film un imparable succès commercial.

Mais dernièrement, la petite entreprise du père Blumhouse est entrée dans une nouvelle dimension en arrivant à ressusciter le génial Shyamalan (The Visit et Split) et à faire le gros coup Get Out. 2017 marqua un tournant. Et, logiquement, on ne peut qu’être plus attentif désormais à tout ce qui est estampillé Blumhouse, avec l’espoir de voir une nouvelle petite perle surgir sur nos écrans.Photo du film HAPPY BIRTHDEADAlors cette fois, quel est le high-concept-de-la-mort-qui-tue ? Rien de moins qu’un mélange entre le mythique Un Jour Sans Fin et le slasher. Tree, une étudiante au caractère bien trempé revit sans cesse le jour de son anniversaire à la fin duquel elle est assassinée pour un tueur masqué. Comme souvent avec ce genre de pirouettes, le pitch est sur le papier assez tentant. Bien entendu, ce qui nous intéresse au final, c’est l’exécution.

Autant le dire très vite sans faire de suspense, le résultat n’est pas à la hauteur de l’idée. Mais alors, pas du tout ! Enlisé dans un modus operandi fait de répétitions temporelles, le film se contente platement de répéter les événements pour dérouler son programme sans jamais donner l’impression de s’amuser. Aucune inventivité formelle ni une réelle dose de fun pour nous faire frétiller. Les morts sont banales, se reposant uniquement sur des situations connues. Oubliez le gore, oubliez la recherche graphique. Vous n’aurez rien. Comme si Happy Birthdead était un assemblage de motifs conventionnels, que l’on colle au hasard. Chaque meurtre en devient interchangeable. Une scène de parking, une scène d’hôpital, une scène dans le jardin du campus, une scène de fête…

Le pire étant qu’on a déjà tout vu partout ailleurs, mais en mieux. On est en 2017 et pourtant tout semble daté, poussiéreux. Même dans les 90’s (qui est loin d’être une époque qualitativement glorieuse pour le cinéma horrifique), Happy Birthdead aurait paru sans saveur tant la sagesse et le manque d’idées en fait tout simplement un simple téléfilm bas de gamme destiné à une diffusion en deuxième partie de soirée sur une chaîne obscure de la TNT.On ne s’amuse pas, on ne frissonne pas et, en plus, on doit se coltiner une héroïne insupportable au possible dont la prévisible quête de rédemption n’aboutit qu’à une déferlante too-much de bons sentiments niaiseux. Hélas, impossible de réhabiliter une telle héroïne lorsqu’on se repose sur des poncifs aussi épuisés (le trauma est d’une banalité affligeante) pour lui dessiner une esquisse de profondeur psychologique. Et le pire, c’est qu’Happy Birthdead ose brandir explicitement Un Jour Sans Fin comme référence dans la dernière scène, au détour d’un dialogue. Un peu comme si tout le film avait été bâti pour aboutir à cette ligne de dialogue et balancer avec un sourire au coin un petit clin d’œil méta. Sauf que le film n’a absolument RIEN (!!!) de métaphysique. Aucun questionnement ni recul sur le genre. On est à des années-lumières de l’intelligence scénaristique de Scream ou du jouissif La Cabane dans les Bois.

Ce qui laisse à la sortie de la séance un arrière-goût désagréable d’opportunisme bourrin. En un an, on a donc eu droit au meilleur et au pire du cinéma made in Blumhouse. Avec les mêmes moyens, la différence entre un réel auteur de la trempe de Shyamalan et un tâcheron comme ce Christopher Landon est flagrante. L’occasion de rappeler que si les heureux accidents arrivent parfois, la priorité n’est pas toujours de faire du cinéma chez l’ami Blumhouse.

Maxime Bedini

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[CRITIQUE] HAPPY BIRTHDEAD
Titre original : Happy Death Day
Réalisation : Christopher Landon
Scénario :Scott Lobdell
Acteurs principaux : Jessica Rothe, Israel Broussard, Ruby Modine
Date de sortie : 15 novembre 2017
Durée : 1h37min
1.0Note finale
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