Six ans après La Délicatesse, David Foenkinos et Stéphane Foenkinos, reviennent à la réalisation avec JALOUSE, scénario original, qui dresse le portrait atypique d’une femme en crise

« L’envie, c’est “Je veux ce que tu as”, alors que la Jalousie, c’est “Je veux ce que tu as, mais je veux aussi te le prendre pour que tu ne l’aies plus” ». Quoi de mieux que cette phrase écrite il y a deux ans par l’écrivain américaine Meg Wolitzer dans son roman Les Intéressants, pour décrire ce que traverse Nathalie, la nouvelle héroïne de David Foenkinos et Stéphane Foenkinos ?

Rencontrés à Bordeaux lors de la présentation de JALOUSE, les réalisateurs ont dit vouloir “entrer dans la vie de cette femme de caractère avec une grande maîtrise de soi à un moment de bascule et de vulnérabilité où elle trouve insupportable le bonheur des autres“.  Car JALOUSE aborde l’existence de Nathalie (Karin Viard) par le prisme de ses interactions sociales. La joie de vivre de son entourage, dont elle n’est pas ou plus à l’origine la renvoie à la propre vacuité de sa vie, à ce point de rupture qui ne la place désormais plus au centre des préoccupations.Photo du film JALOUSE

Cette prise de conscience, parfois de l’ordre de la paranoïa, sera violente, obscurcissant la faculté de réflexion de la cérébrale Nathalie et déformant sa vision de la réalité. Ses réactions de jalousie seront de fait complètement “incontrôlées et impulsives”. Les réalisateurs ont écrit le rôle pour Karin Viard, qui excelle, car “l’actrice peut tout oser sans peur de froisser son image, puisqu’elle les a même poussé à aller plus loin dans les traites de ce personnage complexe car réellement antipathique”.

Les 18 ans de sa fille Mathilde (Dara Tombroff, véritable danseuse dans son premier rôle au cinéma) sont indubitablement l’effet déclencheur. Devant elle se dresse l’image de ce que Nathalie ne sera plus jamais: jeune, jolie, désirable. Le fait que son adorable fille s’apprête à passer un concours de danse important ne lui occasionne même pas de fierté. Au contraire elle ne peut s’empêcher d’opposer la discipline qu’elle a choisi à son propre métier de professeur en hypokhâgne.

« Avec Jalouse, les deux réalisateurs réussissent à dresser admirablement, sans jamais la juger, le portrait d’une femme en crise. »

Les réalisateurs n’ont pas souhaité se concentrer sur ce seul sujet tabou de la jalousie déplacée d’une mère envers sa propre fille. Ils ont aussi créé une belle palette de personnages qui évoluent autour de Nathalie, interprétés par des acteurs très convaincants. Jean-Pierre, l’ex-mari de Nathalie (Thibault de Montalembert), Isabelle, sa nouvelle épouse (Marie-Julie Baup) et Sophie, la meilleure amie de Nathalie (Anne Dorval). Et puis le nouvel homme de sa vie Sébastien (Bruno Todeschini) et Mélanie sa nouvelle collègue (Anaïs Demoustier).

Et là où les auteurs sont plutôt malins, c’est qu’ils se sont attachés à ne pas verser dans la caricature des personnages jalousés, voire méprisés par Nathalie. Ils les ont souhaités bienveillants, patients et plutôt compréhensifs envers cette femme qui, parce que son socle personnel s’effondre, leur en fait voir de toutes les couleurs. Car ce qui les intéressait surtout, c’est que la transformation psychologique de cette femme, qui ne ne se supporte plus et attaque ces personnes sympathiques, soit source de comédie”.Photo du film JALOUSE

Mais si le propos se prête à la comédie, rarement un film n’est parvenu à effleurer avec autant de nuances le sujet du vacillement d’une femme, au bord du précipice de sa propre vie. On est heureusement loin ici de l’évocation simple des clichés de la cinquantaine et de ses tourments de pré-ménopause de Aurore de Blandine Lenoir, ou du manque d’amour de Un beau soleil intérieur de Claire Denis. JALOUSE plonge le spectateur dans le chaos émotionnel d’une femme qui perd pied, ainsi que ses repères dans sa relation au monde. Face aux événements et à cette prise sur le temps qu’elle ne maîtrise plus, le seul moyen que Nathalie a trouvé pour se sauver est de laisser libre cours à sa frustration et à la colère qui en découle.

JALOUSE montre très bien l’équilibre qui se fissure à l’intérieur, dont les effets sont aussi visibles à l’extérieur. C’est pour toutes ces raisons que l’empathie du spectateur va aussi vers Nathalie, parce que même s’il est choqué par certains de ses actes de rébellion, il comprend ce qu’elle traverse et prend, à ses côtés, le chemin vers le lâcher prise et l’épanouissement. Les frères Foenkinos ont d’ailleurs veillé à rendre les “situations vraisemblables et réalistes, sans tomber dans le burlesque, afin de faciliter pour l’identification du spectateur”. Et malgré les horreurs que cette “Maman Danielle, qui est son pire ennemi et passe son temps à se saborder elle-même” fait subir à ses proches, on rit avec une certaine honte, mêlée de jubilation, un peu comme celle ressentie face aux parents de Tanguy de Etienne Chatiliez qui imaginaient le pire pour leur fils.

Dans JALOUSE, les deux réalisateurs réussissent ainsi à dresser admirablement, sans jamais la juger, le portrait atypique d’une femme en crise et offrent des moments de pure joie mais aussi de profonde tristesse face à ce désarroi existentiel que chaque être humain est, sans doute, amené à connaître. 

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] JALOUSE
Titre original : Jalouse
Réalisation : David Foenkinos, Stéphane Foenkinos
Scénario : David Foenkinos, Stéphane Foenkinos
Acteurs principaux : Karin Viard, Anne Dorval, Anaïs Demoustier, Thibault de Montalembert
Date de sortie : 8 novembre 2017
Durée : 1h42min
4.0Note finale
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