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En 1954 l’Algérie était une colonie française. Des nationalistes algériens, en particulier le Front de libération nationale et le Mouvement national algérien, décident alors qu’obtenir l’indépendance du pays ne passe plus par la négociation mais par la lute armée. Le conflit s’arrêta le 18 mars 1962 avec les accords d’Evian qui marquent officiellement un cessez-le-feu. LOIN DES HOMMES est une adaptation libre de la nouvelle d’Albert Camus L’Hôte issue du recueil L’Exil et le royaume paru en 1957 et dont le récit se déroule durant les premières années de ces événements. Comme Camus, le réalisateur David Oelhoffen place au centre de son œuvre les personnages victimes de la guerre d’Algérie. Il évite toute prise de position tout en essayant de rester le plus fidèle et authentique. En toute simplicité, il dépeint la relation de deux hommes qui se créé au court d’un parcours long et difficile.

1954. Alors que la rébellion gronde dans la vallée, deux hommes, que tout oppose, sont contraints de fuir à travers les crêtes de l’Atlas algérien. Au coeur d’un hiver glacial, Daru (Viggo Mortensen), instituteur reclus, doit escorter Mohamed (Reda Kateb), un paysan accusé du meurtre de son cousin. Poursuivis par des villageois réclamant la loi du sang et par des colons revanchards, les deux hommes se révoltent. Ensemble, ils vont lutter pour retrouver leur liberté.

© Michaël Crotto

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Par son sujet et son traitement LOIN DES HOMMES rappelle les films de western. Daru, simple instituteur, se voit confier un prisonnier, Mohamed, qu’il doit escorter au village le plus proche (à plusieurs jours de marche) où il sera jugé et mis en prison. D’abord réticent et prêt à le laisser filer, Daru prend conscience, après l’attaque de l’école où il loge, que Mohamed risque d’être assassiné par des hommes avides de vengeance s’il ne fait rien. L’habitation est encerclée par des hommes armés. Durant cette séquence la caméra reste à l’intérieur et accompagne Daru tandis qu’il riposte par des coups de fusils. Une scène qui peut évoquer de nombreux western américains, notamment la fin du film de John Huston, Le Vent de la plaine (1960). Pour faire face à une horde d’indiens, les héros du film se réfugient dans une petite maison et doivent riposter aux vagues successives. Audrey Hepburn interprète une indienne adoptée en secret dès son plus jeune âge par une famille de blancs. Le racisme traité dans le film et le personnage d’Hepburn rejetée par les blancs pour ses origines et qui ne se considère pas comme une indienne prend écho dans le film de Oelhoffen. Cette scène de fusillade qui conclut Le Vent de la plaine, apparaît dans LOIN DES HOMMES comme le point de départ du film.

”David Oelhoffen parvient à nous garder au cœur de son film et tend en finesse vers une émotion sincère”

Au centre de cette intrigue il y a le lieu : l’Atlas. Une chaîne de montagnes rocheuses et arides qui traverse le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, que les deux protagonistes vont devoir parcourir. En dépit de conditions difficiles de tournage David Oelhoffen et son équipe sont parvenus à obtenir une très belle image. Le réalisateur place sa caméra au meilleur endroit et capte une lumière naturelle resplendissante. En utilisant cet immense paysage il isole ses personnages dans un espace infini. Le réalisateur alterne parfaitement entre proximité avec les acteurs et plans de très grand ensemble où ses personnages viennent se perdre dans le désert. Une manière de placer Daru et Mohamed au cœur des événements tout en indiquant leur refus d’y participer.

Daru, d’abord, est particulièrement intéressant. Ce « français » issu d’une famille espagnole immigré en Algérie était considéré comme un étranger par les français, et comme un français par les arabes. Il se retrouve en Mohamed qui ne peut plus rentrer chez lui. Ce dernier et un personnage extrêmement humble, prêt à se sacrifier et à s’exiler pour éviter le massacre de ses proches. L’idée que ces deux personnages n’appartiennent à aucun peuple et refusent de prendre parti avec un clan (arabe ou français) devient la clé de LOIN DES HOMMES. Reda Kateb est comme toujours excellent dans son interprétation. Très renfermé sur lui-même, courbé, il parvient à faire éprouver un sentiment d’étouffement. L’acteur américain Viggo Mortensen montre encore ses talents de linguiste, que cela soit dans ses dialogues en arabe ou dans son français, parfaitement compréhensible et audible. Une utilisation de la langue essentielle où chacun recherche constamment le mot juste. C’est dans cette communication, par la parole ou non, que les liens entre les personnages vont se tisser. Un jeu de langue naturel s’opère tandis que l’un parle en français et que l’autre répond en arabe.

© Michaël Crotto

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Construit de manière simple et lente, LOIN DES HOMMES trouve son rythme dans les différents rebondissements et scènes d’actions. Des séquences qui viennent finalement assez tard permettant de faire grandir l’inquiétude dans l’attente du danger auquel doivent faire face les deux protagonistes. David Oelhoffen parvient ainsi à nous garder au cœur de son film et tend en finesse vers une émotion sincère.

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INFORMATIONS

14 janvier 2015 Loin des hommes


Titre original : Loin des hommes
Réalisation : David Oelhoffen
Scénario : David Oelhoffen, Antoine Lacomblez,  D’après l’oeuvre de Albert Camus
Acteurs principaux : Viggo Mortensen, Reda Kateb, Djemel Barek
Pays d’origine : France
Sortie : 14 janvier 2015
Durée: 1h41min
Distributeur : Pathé Distribution
Synopsis : 1954. Alors que la rébellion gronde dans la vallée, deux hommes, que tout oppose, sont contraints de fuir à travers les crêtes de l’Atlas algérien. Au coeur d’un hiver glacial, Daru, instituteur reclus, doit escorter Mohamed, un paysan accusé du meurtre de son cousin. Poursuivis par des villageois réclamant la loi du sang et par des colons revanchards, les deux hommes se révoltent. Ensemble, ils vont lutter pour retrouver leur liberté.

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