Love Hunters, le premier film de l’australien Ben Young ne manque pas de cachet mais oscille entre le réussi et le moins réussi. Bancal mais prometteur.

Il faut toujours surveiller du coin de l’œil le cinéma australien. Régulièrement, un petit film inattendu débarque et nous colle une grosse mandale dans les dents. On se rappelle dernièrement du cas David Michôd avec Animal Kingdom, de Greg McLean en 2005 avec le puissant Wolf Creek, du retour de John Hillcoat dans les années 2000 avec le crépusculaire The Proposition ou des Crimes de Snowtown de Justin Kurzel. Chaque réalisateur a depuis tracé son parcours, avec des taux de réussite divers, et ils ont réussi à se faire connaître avec une forme de cinéma sans concession, brutale et donc par extension, marquante. Ben Young veut clairement s’engouffrer dans la même brèche avec son Love Hunters, l’histoire d’une jeune femme retenue prisonnière par un couple de criminels dérangés alors qu’elle avait fuguée pour se rendre à une soirée, malgré l’interdiction de sa mère. Gare au cinéma estampillé “choc” ! On pourrait citer des dizaines d’exemples de films qui font du crade pour la “beauté” du geste, dans le seul but de procurer des sensations fortes à des spectateurs pris en otage.Que ce dit dit d’entrée : Ben Young a d’évidentes qualités de filmaker. Pas avare en effets de styles, le réalisateur australien dispose d’un sens du cadre qui saute aux yeux dès l’introduction où le couple guette ses potentielles futures proies depuis la voiture, dans une séquence de plus de 3 minutes entièrement soutenue par un ralenti exécuté avec brio. Love Hunters étale à chaque seconde son envie exubérance formelle. Là serait une des limites du long-métrage, donnant l’impression de parfois se regarder filmer. Puis, forcément, le bonhomme n’étant pas un manchot, il démontre ses indéniables capacités en terme de découpage, d’utilisation de focales, de gestion du montage et de la musique, de direction d’acteurs. Tout est là et il ne nous reste qu’à cocher les cases pour valider les acquis. Et on serait vache de bouder notre plaisir puisque le film propose des scènes fortes et une ambiance dérangeante assez plaisante qui nous happe. A l’inverse de la mise en scène ostentatoire, les scènes labellisées “choc” ne cherchent pas à venir nous mettre frontalement le nez dans la merde. Ben Young fait preuve de réserve dans la mise en image de ces moments, ce qui est tout à son honneur puisqu’il aurait pu tomber dans une outrance macabre qui aurait fait plonger le film dans un mauvais goût malvenu.

“Ben Young démontre tout son potentiel avec Love Hunters. Il reste désormais à le polir.

Attendre rien de plus qu’un simple exercice de style est le meilleur cadeau que l’on peut faire à Love Hunters. Avec ce film, Ben Young s’offre une belle carte de visite pour débarquer dans le monde du cinéma – on l’imagine sans mal suivre les traces de Michôd et Kurzel en allant par la suite à Hollywood. Le potentiel est là, le film ne manque pas de cachet, il faut désormais le polir. Techniquement solide, Love Hunters ne remporte pas la mise en terme d’écriture – son plus gros soucis – en oubliant totalement de continuer à mi-chemin de développer le personnage de Vicki (la captive, interprétée par une convaincante Ashleigh Cummings) et en n’arrivant pas à injecter de complexité dans les rapports entre les deux criminels. Il faut alors se coltiner de la psychologie bas de gamme, assimilable si simplement que le spectateur se retrouve rapidement privé de substance. Le semblant de trouble qui perdure alors émane de l’interprétation exceptionnelle de Stephen Curry, inquiétant au possible en tueur à l’apparence calme pouvant exploser en un brin de seconde. C’est certainement parce que l’armature scénaristique flanche que le formel devient trop flagrant – les maladresses et lourdeurs sautent aux yeux. Il serait intellectuellement malhonnête (voir cruel) de demander à tous les nouveaux loups de s’introduire avec des œuvres incontestablement abouties. Tout en pointant les évidents défauts, on ne veut pas être trop sévère avec Ben Young et son honnête thriller pavillonnaire pas déplaisant. Juste ce qu’il faut pour attendre avec curiosité la suite.

Maxime Bedini

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[CRITIQUE] LOVE HUNTERS
Titre original : Love Hunters
Réalisation : Ben Young
Scénario : Ben Young
Acteurs principaux : Ashleigh Cummings, Emma Booth, Stephen Curry
Date de sortie : 12 juillet 2017
Durée : 1h48min
3.0Note finale
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