Onzième long métrage d’Elie Chouraqui, L’ORIGINE DE LA VIOLENCE est l’adaptation du roman éponyme de Fabrice Humbert, inspiré de la véritable histoire de ce dernier. Puissant et émouvant, il raconte comment Nathan Fabre, jeune professeur, découvre incidemment lors d’une visite au camp de Buchenwald, l’existence d’un pan entier de sa famille dont on lui avait caché l’existence. Notamment un grand père juif (Nathan Wagner / César Chouraqui) qui fut déporté et dont il décide de retracer le destin. A travers la vie de cet homme auquel il est intimement lié, il pénètre les ténèbres qui l’habitaient depuis toujours, dans ses cauchemars, dans ses actes de violence, et dont il ignorait jusqu’ici l’origine…

De façon surprenante, L’ORIGINE DE LA VIOLENCE est un film positif, c’est même un très beau film. Il est difficile, voire paradoxal, d’utiliser ce genre d’adjectifs lorsque l’on aborde la Shoah mais ici les choses sont différentes. Il ne s’agissait ni pour Fabrice Humbert, ni pour Elie Chouraqui de réaliser une œuvre larmoyante sur la question. C’est pourquoi le film n’est pas tourné vers le passé, même s’il revient dessus, mais vers l’avenir. Il participe à l’indispensable devoir de mémoire mais invite à la résilience. Comme le dit Gabi (interprétée par Miriam Stein) jeune allemande descendante d’une famille nazie, qui porte donc l’horreur et la culpabilité en héritage : il faut savoir, il ne faut surtout pas oublier, mais il faut vivre. Il s’agit de connaître son passé pour pouvoir construire son avenir, découvrir ses origines pour savoir qui on est, de quel bois nous sommes fait. Tout l’intérêt de ce film repose sur la quête d’identité de Nathan Fabre (Stanley Weber) : sur la nécessité de prendre conscience de ce qui nous a été transmis, à notre insu et souvent de façon instinctive plus que volontaire. Comprendre pour avancer, enfin libéré de chaînes invisibles mais si lourdes qu’elles nous paralysent ou provoquent des comportement inexplicables (tels que la violence dans ce cas précis).

Photo du film L'ORIGINE DE LA VIOLENCE

Outre la qualité de réalisation qui offre une fluidité appréciable et une lumière enveloppante, il y a quelque chose de captivant dans le scénario qui vient principalement du secret, des langues qui se délient au fur et à mesure que l’on avance dans le film, mais aussi du rythme. A l’instar d’un roman, on a l’impression de suivre deux histoire distinctes à travers des chapitres qui alternent l’une et l’autre pour finir par se rejoindre. Ce qui fait d’ailleurs la richesse de ce long métrage c’est qu’Eli Chouraqui conjugue avec aisance passé et présent, tendresse et terreur, dimension historique et récit personnel et surtout, à travers cela, ignominie et banalité. En effet, ce qui est singulier et bouleversant c’est de mettre en lumière la persistance de la vie et de l’humanité même au milieu de l’horreur absolue. De montrer qu’en dépit de la guerre qui se joue les gens ont continué à s’aimer, à faire des enfants. Au sein des camps et de la barbarie, l’un des personnages souligne qu’il y avait aussi des moments de quotidien ordinaires, des discussions, des amitiés fortes qui se sont liées et même des rigolades, parfois. Si l’on comprend que c’est l’instinct de survie qui pousse à tout cela, une façon de renier par instants la douloureuse réalité, une échappatoire rassurante, on ne peut qu’être touchés par la puissance de l’humain (dans le bon comme dans le mauvais sens).

“L’ORIGINE DE LA VIOLENCE conjugue avec aisance passé et présent, tendresse et terreur, dimension historique et récit personnel, ignominie et banalité.”

L’ORIGINE DE LA VIOLENCE narre tout simplement la vie telle qu’elle est, les histoires de famille telles qu’elles existent en nombre : avec leurs secrets, le poids de la transmission, les choix d’éducation qui reviennent parfois en reproches comme des boomerangs, la définition multiple de la paternité. Mais aussi la différence de parcours et personnalités au sein d’une même fratrie qui est toujours fascinante : mêlant traitres et héros, leaders et suiveurs, amour et souffrance. Ce qui bouleverse le plus reste cependant la double lecture qu’offre ce film au fil duquel on découvre d’une part l’origine de la Violence, à savoir la peur, issue des ténèbres : métaphore de l’ignorance et du secret, ce qui est repris dans cette phrase « le silence c’est la lèpre ». Et d’autre part l’origine de l’Espoir qui nous sert de moteur, qui anime l’instinct de survie. Cet Espoir naît manifestement du fait qu’il existe toujours une étincelle d’humanité, même dans le chaos, la générosité côtoie toujours l’abjection, peu importe que ce soit en moindre proportion. En l’occurrence, à l’échelle historique ce serait la Résistance, et à l’échelle particulière ce serait la bonté d’un seul homme (en l’espèce, Marcel Fabre, grâce à qui Nathan Wagner a pu survivre d’une certaine façon).

Photo du film L'ORIGINE DE LA VIOLENCE

Enfin, Elie Chouraqui a poussé la mixité des genres jusque dans la musique, alternant la septième symphonie de Beethoven avec la musique électronique de DJ Deep (Cyril Etienne) et DJ Dream (Romain Poncet). Tout comme le surprenant casting qui recèle à la fois des monstres sacrés tels que Michel Bouquet et la relève “nouvelle génération” que sont Stanley Weber (fils de Francis Weber) et César Chouraqui (fils d’Elie). Le premier a déjà été repéré dans la série Borgia de Canal +. Au delà d’un physique séduisant, on peut dire qu’il parvient à osciller avec aisance entre sensibilité et colère tout au long du film et par là même à dégager une immense sincérité. Quant à César, grande révélation de ce long métrage, il s’impose dans ce premier rôle au cinéma avec un charisme et une justesse absolument incroyables, passant de l’assurance à la peur avec un naturel déconcertant, servi par une attitude et une morphologie en totale adéquation avec son personnage. Nécessairement, ces derniers seront « attendus au tournant » mais leurs prestations respectives leur assureront sans nul doute la reconnaissance méritée.
Le seul petit bémol, c’est le choix assez énigmatique de Richard Berry puisqu’il ne présente aucune ressemblance physique ni avec l’un ni avec l’autre des comédiens précités, ce qui est un peu fâcheux pour la crédibilité du récit. Ceci étant, eu égard à la qualité du reste, il serait dommage de se focaliser sur ce qui n’apparait après coup que comme un détail et manquer de se laisser emporter par ce passionnant voyage entre générations passées et présente.

Au bout du compte, ce n’est pas triste mais ému que l’on ressort de L’ORIGINE DE LA VIOLENCE car il y est proposé d’envisager les évènements tragiques de notre histoire comme éléments fondateurs de notre personnalité et non comme un frein. Il nous invite à les affronter pour les surmonter plutôt que de les enfouir pour les fuir. Il incite à la réflexion, perdure à l’esprit bien au-delà de la séance, et rien que pour cela c’est un film qui mérite d’être vu.

Stéphanie Ayache

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GOMBERT Marie-Joëlle
Invité
GOMBERT Marie-Joëlle

L’origine de la Violence est un excellent film, très bien joué, très bonne réalisation et je
ne comprends absolument pas comment dès la sortie de ce film, icelui-ci n’était pratiquement à l’affiche de très peu de cinéma… j’ai eu beaucoup de mal à le voir et ceci sur Paris.
Quelle discrimination, je ne comprends vraiment pas.
Je suis ravie de l’avoir vu.
MJ

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