Après une longue absence, Laurence Ferreira Barbosa revient avec TOUS LES RÊVES DU MONDE à un portrait tout en délicatesse de la communauté portugaise en France. Un film solaire entre “saudade” et fureur de vivre.

Pamela (Pamela Ramos) est fille d’émigrés portugais. Elle fait partie de cette deuxième génération née en France et dont le cœur balance entre ses deux cultures. Très attachée à son pays où elle retourne tous les ans pour les vacances, Paméla poursuit sa quête identitaire entre désenchantement et rêve de liberté. Elle vient de rater son bac pour la seconde fois et abandonne peu à peu l’idée de devenir médecin légiste au grand désespoir de sa mère. En attendant de trouver sa voie, Pamela noie son désarroi à la patinoire où elle virevolte en écoutant sa musique sous le regard de Kevin (Alexandre Leprince), un jeune apprenti pâtissier qui aimerait bien être son amoureux.

A l’origine du film, il y avait la volonté de Laurence Ferreira Barbosa (réalisatrice de Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel, J’ai horreur de l’amour ou La vie moderne) de réaliser une fiction sur la communauté franco-portugaise pas ou peu représentée au cinéma. Elle est donc allée dans une école rencontrer des jeunes franco-portugais pour les interroger sur leur rapport à leur pays, à leur culture.  Un fiasco ! Seule Pamela a manifesté de l’intérêt, jusqu’à inspirer et interpréter le personnage du film.  Révélateur d’une communauté que la cinéaste qualifie de portée par des valeurs de “discrétion, de soumission et de passivité” ? Il est vrai que la communauté portugaise parfaitement intégrée en France, l’est aussi parce qu’elle a toujours su se faire discrète. Et les 50 ans de dictature de Salazar n’y sont sûrement pas pour rien.

L’autre sujet du film est le désir d’émancipation et l’amitié qui lie Pamela et Claudia (Lola Vieira), amie d’enfance qu’elle retrouve au Portugal le temps d’un été. Claudia est libre et se moque de ce que pensent les autres. Elle aime Jérémie de dix ans son aîné, s’est mis à fumer de l’herbe et à rêver d’un autre monde, loin des traditions et de l’entre-soi portugais. Les jeunes du village la regardent de travers, reproduisant à leur tour les valeurs de leurs anciens. Tout sépare Pamela et Claudia, la première est timide et introvertie, la seconde peu farouche. Leur amitié a d’ailleurs déjà été éprouvée par plusieurs ruptures. Mais dans la chaleur de cet été, véritable point de bascule pour l’une comme pour l’autre, les jeunes femmes se rapprochent et  se soutiennent.

Photo du film TOUS LES RÊVES DU MONDE

La saudade habite tout le film, tant dans les plans de campagne portugaise que dans les scènes de fêtes traditionnelles, rappelant l’attachement organique et viscéral au pays et à la famille, noyau dur immuable. Laurence Ferreira Barbosa qui a pour seul lien avec le Portugal son nom hérité d’un grand-père qu’elle a à peine connu, avoue s’être construit une identité en fonction de cet imaginaire auquel son nom renvoie. C’est à cet imaginaire qu’elle rend un vibrant hommage en introduisant des témoignages quasi documentaires de certains personnages comme la mère de Pamela, rentrée au pays et qui s’ennuie de la France ou des amis d’Antonio, le père de Pamela, qui le charrient. TOUS LES RÊVES DU MONDE a d’universel cette saudade qui devient un peu la notre sur le rythme de Ana Moura et d’une bande-originale très inspirée de Noizerv.

“Tous les rêves du monde dresse un portrait solaire de la communauté franco-portugaise.”

On retrouve la façon qu’a la cinéaste de filmer ses sujets à juste distance, de laisser déployer leur être, leur complexité comme leurs contradictions. Construits autour de dialogues très bien écrits (on dirait du Rohmer par moment), TOUS LES RÊVES DU MONDE traduit bien les rapports d’amour mêlé de fierté qui unissent les personnages : un père légèrement machiste et peu enclin au changement même lorsqu’il s’agit d’un simple banc vert ajouté devant sa maison au Portugal, une mère qui veut le meilleur pour ses filles mais fait preuve de maladresse, une sœur qui se retrouve seule avec son fils et retourne vivre chez ses parents et une grand-mère atteinte d’Alzheimer. Pamela adore sa famille mais ne veut en aucun cas reproduire ce modèle. Déterminée à s’affirmer dans une voie qu’elle ignore encore, elle avance tout doucement vers ce qui lui semble être son chemin. Et peu importe l’incompréhension des siens, Pamela dans sa rondeur candide est prête à vivre tous les rêves du monde, même les plus petits.

Anne Laure Farges

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[CRITIQUE] TOUS LES RÊVES DU MONDE
Titre original : Tous les rêves du monde
Réalisation : Laurence Ferreira Barbosa
Scénario : Laurence Ferreira Barbosa
Acteurs principaux : Pamela Ramos, Lola Vieira, Alexandre Leprince
Date de sortie : 18 octobre 2017
Durée : 1h48min
4.0Solaire
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