Crise de la culture et de la société, ZOMBILLÉNIUM cristallise les maux de notre époque derrière des créatures plus humaines que monstrueuses.

Avec son étonnante scène d’ouverture, ZOMBILLÉNIUM frappe d’entrée par le biais d’un décor atypique, celui du Nord de la France. Ciel nuageux, maisons de briques, champs d’éoliennes et pylônes électriques façonnent un paysage identifiable. Le générique fait notamment écho aux tristes sorts des mineurs de la région, tragiquement pris aux pièges, puis récupérés par le Diable et un vampire en costard cravate à des fins pécuniaires.

Fort d’une dimension politique et sociale assez rare dans l’animation grand public, ZOMBILLÉNIUM empiète sur les plates-bandes des films de zombie orchestrés par George A. Romero (La nuit des morts-vivants, Zombie) fonctionnant comme un miroir déformant de notre société individualiste, formatée et capitaliste. Il n’est donc pas anodin de suivre Hector, « monsieur » contrôleur des normes et « licencieur » professionnel, qui, suite à une visite infortune du parc, va se retrouver du côté des morts et ainsi revoir ses priorités « démoniaques » à la baisse.Photo du film ZOMBILLÉNIUMDans ce microcosme qu’est le fameux parc à thème, la hiérarchie des classes apparaît à première vue des plus pérennes. Les fantasmatiques vampires logent tout en haut de l’échelle « monstrueuse » tandis que les zombies restent les plus mauvais élèves de la classe. Tous ces « monstres de série Z » (loup-garou, momie, zombie, sorcière), essorés, ringardisés et dénaturés par un cinéma peu soucieux de leur mythe, ne pèsent pas bien lourds face à l’engouement générationnel que focalise la figure du vampire, ou plutôt le scintillant Robert Pattinson dont Steven est un avatar parodique.

En inversant les positions, ZOMBILLÉNIUM tente de redonner une place légitime et digne à ces oubliés symboliques du monde de la culture, ou bien allégoriques du monde sociale et politique. Si la partie « disneyenne » – l’histoire d’un père veuf et égoïste qui « abandonne » sa fille – n’épouse jamais le rythme endiablé de la satire sociale, le duo de cinéaste, Arthur de Pins et Alexis Ducord, est parvenu à trouver un juste équilibre narratif et graphique entre les références à la culture populaire (Twilight, Thriller de Michael Jackson, les selfies et autres mini Cooper), l’imaginaire et ses nombreuses visions mythologiques et bibliques (l’Enfer de Dante, le Diable, la roue, le cerbère, Faust) et une réalité sociale (monde de l’entreprise, ses syndicats, PDG, actionnaires, stagiaires…) à même de plaire aux plus grands.

Photo du film ZOMBILLÉNIUM

Adapté de sa propre bande dessinée au titre éponyme, ZOMBILLÉNIUM d’Arthur de Pins et d’Alexis Ducord retranscrit parfaitement l’univers désenchanté et cynique ainsi que l’ambition visuelle, profondément cinématographique à l’image des plans d’ensemble, du matériau d’origine. Il y a un réel souci d’offrir une animation qui dépasse la norme disneyenne et ses couleurs chatoyantes, et de l’ancrer dans une réalité sociale et culturelle, engageant ainsi le spectateur dans une réflexion critique sur les conventions et les modes qu’elles imposent.

Antoine Gaudé

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[CRITIQUE] ZOMBILLÉNIUM
Titre original : Zombillénium
Réalisation : Arthru de Pins, Alexis Ducord
Scénario : Arthur de Pins, Alexis Ducord
Acteurs principaux : Emmanuel Curtil, Alain Choquet, Emmanuel Jacomy
Date de sortie : 18 octobre 2017
Durée : 1h18min
3.5AMBITIEUX
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