Le réalisateur slovaque Dušan Hanák était au Arras Film Festival pour présenter son film RÊVES EN ROSE en copie restaurée et distribué par Malavida. Naviguant entre onirisme et réalisme documentaire, RÊVES EN ROSE est l’histoire d’amour impossible entre un facteur et une gitane. Une perle rare à découvrir sans faute !

Il y avait beaucoup d’émotion hier soir dans la salle 3 du Cinemovida, en particulier chez Anne-Laure Brénéol (directrice de Malavida et par ailleurs réalisatrice du très beau En plein Caubère), la larme à l’oeil pour présenter le film slovaque aux côtés de Dušan Hanák. Restauré par le Slovak Fim Institute, RÊVES EN ROSE ressort en salles aujourd’hui avec le concours de Malavida.

Jakub (Juraj Nvota) est un doux rêveur. Quand il ne distribue pas le courrier à vélo, Jakub jongle, fait des tours de magies, rend visite à son oncle tout aussi fantasque que lui et observe médusé Jolanka (Iva Bittova), la jolie gitane. Entre eux c’est le coup de foudre. Mais la famille de Jolanka comme celle de Jakub ne regardent pas cet amour de cet oeil-là. Ils se retrouvent sans leur consentement et ensemble se promènent à vélo, dansent, jouent aux funambules sur les rails du train et finissent par se faire la belle.  Mais leur amour naissant survivra-t-il au choc des cultures ?Photo du film RÊVES EN ROSE

Sorti en 1976 et co-écrit avec l’écrivain Dušan DušekRÊVES EN ROSE est l’un des rares films de Dušan Hanák à ne pas avoir été censurés. Le film remporta de nombreux prix et sera le seul film slovaque à être exporté à l’international dans les années 70. Pourtant l’histoire d’amour contrariée brise un tabou bien ancré et peu flatteur pour le pays : les relations tendues ente les roms et les “gadjos”. La production leur impose un happy end plus avantageux pour l’image du pays, qu’ils parviennent à contourner formidablement.

Dušan Hanák entremêle le “réalisme socialiste” (tel qu’on le nomme à l’époque) à la fable onirique et l’originalité du film réside bien dans cet enchevêtrement des genres qui nous font passer du rire aux larmes, de l’apparente légèreté à la tragi-comédie. Son traitement cinématographique comme le travail sur les couleurs traduisent sa volonté de marier rêve et réalité avec des couleurs plus vives et des focales plus longues quand il s’agit de réalisme. Dušan Hanák traite le temps en s’affranchissant des codes narratifs. A l’instar d’un rêve, tout semble se passer sur un temps linéaire alors même que son film contient de nombreuses ellipses. Ainsi, Hanák rassemble ses scènes en enfilade sans évoquer le temps qui passe. Car peu importe la notion de temps quand on est jeune et amoureux, elle s’efface au profit des rêves, au gré de nos envies et laisse surgir la magie du présent. C’est exactement ce que fait Dušan Hanák et c’est aussi troublant que drôle et tragique.

Photo du film RÊVES EN ROSE

Là où Jakub est fasciné par l’esprit de liberté des roms, Jolanka recherche un certain conformisme. Jakub la fait rire avec ses tours de magie, sa candeur, son regard doux mais leur évasion lui rappelle son foyer et son amour semble déjà s’éteindre. Dušan Hanák pose évidemment la question des origines et de l’union impossible entre deux mondes que tout oppose. Sa réponse se place du côté de la poésie, inventive et salutaire et la pirouette finale est un joli pied de nez à l’amertume et au désespoir.

Précisons enfin que vous pouvez retrouver les autres films de Dušan Hanák réunis dans un coffret édité par Malavida et que le 15 novembre prochain ressortira en salles encore grâce à Malavida le chef d’oeuvre d’Aleksandar Petrovic J’ai même rencontré des tziganes heureux  qu’on a pu revoir dimanche à Arras.

Anne Laure Farges

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[RESSORTIE] RÊVES EN ROSE
Titre original : Rêves en rose
Réalisation : Dušan Hanák
Scénario : Dušan Hanák et Dušan Dusek
Acteurs principaux :Juraj Nvota, Iva Bittova
Date de sortie : 8 novembre 2017
Durée : 1h21min
4.0Perle rare
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