L’année dernière avait tenté et gagné un pari en lançant Daredevil, déclinant en série le Marvel Cinematic Universe, déjà conquérant tonitruant du box-office américain. Même les spectateurs les plus réticents aux récits impliquant des super-héros avait reconnu les qualités de cette première saison du justicier aveugle, proposant un univers plus sombre que celui des Avengers, servi par une mise en scène inspirée et un casting remarquable. Et en débutant la saison 2, on est presque nostalgique des premiers coups et des premières blessures du démon de Hell’s Kitchen, avant que son costume rutilant et ses premiers succès n’assoient complètement son statut de héros. Car, c’est bien ça, le but principal de cette deuxième couche de peinture rouge, raconter les tourments d’un héros, assuré dans ses actes et motivé par ses enjeux quasi-surhumains ; quand la première saison nous mettait en empathie avec un brave petit justicier, vulnérable et tourmenté.

et Netflix ont donc choisi la dynamique la plus évidente pour ces treize nouveaux épisodes : la surenchère. Une surenchère appliquée à la fois aux enjeux du récit, mais également aux caractéristiques fondatrices de la série. Aussi la violence, qui pourtant ne nous était pas épargnée dans la saison 1, apparaît ici décuplée, outrée, éclaboussant l’écran comme si le spectateur devait à tout prix sortir traumatisé de ces quelques heures passées dans le quartier le plus pourri de New York. D’ailleurs les personnages évoluant devant nos yeux sont les premiers à subir les conséquences de cette recrudescence de violence ; la douce Karen et le pataud Foggy font preuve montre caractère plus affirmé, et c’est plutôt une bonne chose tant ces deux-là pouvaient se montrer agaçant par leur niaiserie jusqu’ici. La série se place donc dans un curieux décalage, puisqu’elle devient d’une certaine façon trop violente pour son personnage principal, afin de se mettre au diapason de ses deux nouvelles recrues : Le Punisher et Elektra.

Deux nouvelles recrues, deux enjeux élaborés en parallèle, où chacun de ces personnages de comics doit à la fois trouver une crédibilité et un statut iconique à l’écran. Pour le Punisher, l’approche du showrunner est assez vite perceptible : le faire apparaître comme un antihéros impitoyable et jusqu’au-boutiste, soit une véritable machine à tuer dont on perçoit au fil des épisodes la part d’humanité nécessaire à créer une empathie avec le spectateur. Le principe est clair et pourrait parfaitement servir le personnage du Punisher s’il était protagoniste de sa propre série ; mais ici, face à , il provoque un changement malhabile du paradigme héros/vilains, en ajoutant sa fonction d’antihéros. Si bien entendu, le justicier aveugle apparaissait déjà dans la première saison, comme un personnage héroïque, toujours prompt à prendre la bonne décision et à vaincre les plus puissantes menaces de sa ville, une partie de lui n’en était pas moins tourmentée par ses idéaux de justice, sa culpabilité intrinsèque de catholique, et les proches qu’il doit protéger.

Photo de la série DAREDEVIL

On voyait clairement la série lorgner du côté de Frank Miller et chercher à se placer comme le Dark Knight de chez Marvel. Les échanges d’opinions entre Matt et Foggy, ou le prêtre irlandais, nous pousse à nous demander si le Daredevil n’était pas simplement un déséquilibré, sortant la nuit pour évacuer son irrésistible besoin de tabasser des hommes et, plus étrange encore, le besoin de se faire tabasser. Quand dans un premier temps, on pouvait envisager sa croisade solitaire contre le crime comme l’expression d’un fou ne supportant plus son handicap et sa vulnérabilité ; une fois face au Punisher, qui endosse le rôle polymorphe de l’antihéros, Daredevil ajuste sa position et devient clairement un héros, droit, vertueux, guindé d’une armure rouge, et disons-le franchement, moins intéressant car privé de son ambivalence.

« Marvel et Netflix ont choisi la dynamique la plus évidente pour ces treize nouveaux épisodes : la surenchère. »

L’arrivée d’Elektra entérine le statut héroïque de Daredevil, en insufflant elle aussi sa dose de violence dans la série, bien qu’elle se manifeste sur un plan psychologique différent de celui de Punisher. L’amour de jeunesse de Matt se retrouve constamment tiraillé entre sa volonté de trouver une place aux côtés du justicier, et ses pulsions violentes, sa fascination pour la mort qui apportent un véritable aura antique au personnage. Contrairement à la première saison où toutes les péripéties qu’endurait Daredevil ramenait toujours l’intrigue vers Wilson Fisk, cette fois le récit se découpe en deux intrigues parallèles, l’une amenée par l’arrivée du Punisher à Hell’s Kitchen, l’autre par Elektra. L’ennui avec cette structure, c’est qu’elle semble être un palliatif à l’absence de Fisk en ennemi principal et charismatique, et si ce dernier possédait suffisamment de profondeur, grâce à l’interprétation magistrale de Vincent D’Onofrio, pour nous tenir en haleine pendant une saison entière, la nouvelle donne risque de diviser les spectateurs : certains attendront impatiemment les scènes concernant Frank Castle, dignes d’un vigilant movie; d’autres seront davantage conquis par l’arc narratif d’Elektra, amenant avec assez d’habilité une mythologie exotique et une part de fantastique inédite.

Photo de la série DAREDEVIL

Grâce à son récit circonscrit au décor urbain d’un New York malade et l’attention portée sur des personnages humains du quotidien, Daredevil propose un contre-programme intéressant à la gigantomachie (représentation des dieux au combat) proposée par les majors américaines (Captain America Civil War, Batman V Superman, X-Men Apocalypse). On saluera une nouvelle fois l’excellence de la production, qui contrairement à celles d’autres séries puisant dans le riche patrimoine des super-héros, sait user de la bonne direction artistique et de la bonne réalisation, pour faire épouser l’esthétique d’un comics aux mécanismes du polar urbain et du thriller judiciaire. Les combats ne sont jamais cheaps et les réalisateurs savent trouver des idées visuelles pour les mettre en valeur, éviter les redondances. A noter qu’un plan-séquence fait écho à celui qui avait forte impression au public lors de la saison 1; et époque post-Lubezki oblige, la prouesse est ici davantage affaire de montage que de cadrage. On trouve peut-être dans cette scène toute l’identité de cette saison : elle sait par avance qu’elle apparaîtra moins percutante que la précédente, alors elle choisit d’être plus sophistiquée.

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