s’attaque à la mini-série avec HÉROÏNES, une chronique sociale à l’anglaise dans laquelle elle perpétue son goût certain des récits au féminin.

À Saint-Charles, entre champs de colza, grands ensembles et rues pavillonnaires, la crise n’épargne personne. Véritable aubaine pour le Parti national (PN), qui promeut son programme anti-immigrés à coup de revendications sociales, l’usine locale de lingerie vient de fermer. La pulpeuse Nathalie (interprétée par ), qui venait de persuader la marque de commercialiser les modèles qu’elle avait conçus, ainsi que sa copine Selma () et son mari, qui attendent leur troisième enfant, se retrouvent sur le carreau. Pour lutter contre la déprime, avec leur fidèle amie Céline (la trop rare ) et Michel, l’ancien délégué CGT de l’usine, elles organisent dans les locaux des combats de catch féminin le vendredi soir. Mais Selma a caché à ses copines son engagement au PN. Céline, elle, dissimule les fêlures de sa morne vie conjugale, alors qu’à l’autre bout de la ville, une autre femme Agathe (Marie-Sohna Condé), femme de ménage à Paris et galérienne des transports, vit avec un secret et se transforme sur le ring en Diabolica, dans l’espoir de remporter le tournoi de catch et sa cagnotte.

Héroïnes

C’est en caméra à l’épaule et zoom battant que la cinéaste Audrey Estrougo (à la réalisation et au scénario d’HÉROÏNES) pénètre une des villes dortoirs de la grande couronne parisienne comme il en existe beaucoup et dresse un portrait de la France, très ancré dans la réalité d’aujourd’hui : celle du surendettement et des licenciements, de la montée des extrêmes et de la délinquance en hausse. Mais la réalisatrice ne cède pas au désespoir et vient insuffler une certaine légèreté, presque de la loufoquerie avec les scènes de matchs de catch – qui ne sont pas sans rappeler le strip-tease des gueules cassées de The Full Monty qui a inauguré une réjouissante salve de comédies sur le chômage – et ranche avec le fond très politique et naturaliste de son scénario.

Bien sûr il ne s’agit pas d’un récit fondamentalement féministe. Les hommes (Clément Bresson, Nicolas Grandhomme, Stephan Wojtowicz et Youssef Hajdi) ont d’ailleurs tous leurs places et sont, eux aussi, remplis de courage face aux événements qui bousculent leur vie. Pour autant, la réalisatrice parvient à insuffler l’idée que le sexe fort, celui qui ne se défile pas, tombe rarement sans se relever et est en perpétuelle résilience, est bel et bien féminin. A la question de Beyoncé « Who run the world ? » Audrey Estrougo répond « Girls ! »

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Après Regarde-moi, Toi, moi, les autres, Une histoire banale, et récemment La Taularde avec Sophie Marceau, Audrey Estrougo parvient donc à s’adapter au format sériel. HÉROÏNES est plutôt une bonne surprise donc. Un trois fois 52 minutes que diffusera dans son intégralité le 16 février 2017, qui passé la lourdeur de la réalisation qui manque tout de même de finesse (zoom pour donner un coté documentaire sur le vif vraiment factice et mal dosé), parvient à nous accrocher dès la fin du premier épisode. Le scénario fonctionne, les personnages sont bien brossés et il y a un vrai coup de cœur sur la bande originale. On regrette même de quitter ces femmes si tôt… Des femmes fortes, mais aussi souvent fragiles, parfois victimes, mais toujours battantes, auxquelles Audrey Estrougo rend hommage. Heureusement il ne s’agit que de la première saison et on espère déjà qu’il y en aura une deuxième. Pari gagné !

Sarah Benzazon

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[CRITIQUE] HÉROÏNES - saison 1
Diffusion : 16 février 2017
Créateur : Audrey Estrougo
Acteurs principaux : Marie Denarnaud, Romane Bohringer, Naidra Ayadi
Diffuseur : Arte
Format : 3x52min
3.0Note finale
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