Julien, la trentaine, tout juste au chômage, est contraint de retourner vivre chez sa mère, à Chaville, en banlieue parisienne. Plus occupé à fumer des pétards qu’à trouver un nouvel emploi, il a tout de l’ado un peu attardé avec son air ahuri et ses fringues qu’il portait déjà dans sa jeunesse. Poussé par sa mère pour postuler comme surveillant du collège, il se fait recaler après avoir été pris en train de fumer avec Jacques, un élève. Cet anti-héros par excellence est fainéant, menteur, tricheur, immature, etc… Et avant tout un grand « irresponsable ». Mais avec une mère pour le moins naïve et indulgente, rien ne semblait pouvoir bousculer son train-train quotidien qui consiste principalement à jouer aux jeux-vidéos et à fumer. Rien, jusqu’à ce qu’il ne tombe sur Marie, son amour de jeunesse, soudainement disparue il y a 15 ans. 15 ans (ou plutôt 14), c’est justement l’âge du fils de Marie, Jacques. Un peu long à la détente, Julien finit par comprendre qu’il est le père d’un adolescent, tente de fuir, avant de se raviser et de décider de se rapprocher de son fils.

Photo de la série IRRESPONSABLE

© Tetra Media Fiction / La Pépinière

Interprété par , Julien n’en est pas moins sympathique voire attachant. Amusant par son flegme naturel, sa maladresse et son air constamment paumé, l’acteur se révèle particulièrement juste. Cela, à l’image de l’ensemble de la distribution de la série. Comme (Marie), simple et naturelle, parfaitement crédible en mère célibataire marquée par le bouleversement de sa vie à ses 15 ans. Ou encore (Jacques), tellement authentique en ado blasé. Mais IRRESPONSABLE fait bien attention de ne pas s’engouffrer dans trop de clichés, parvenant plutôt à capter une forme de réalisme. La série joue même sur une certaine banalité de ses personnages et en tire des situations extrêmement drôles et surprenantes pour un résultat rapidement addictif. D’autant plus avec son format court (10 épisodes de 26 minutes) qui permet un dynamisme constant. Tout en allant à l’essentiel, chaque épisode parvient en peu de temps à poser des enjeux universels, à faire avancer sa trame principale (relation entre les personnages) et à conclure toujours par un rebondissement qu’on n’oserait imaginer. Là étant l’une des grandes qualités d’écriture de Frédéric Rousset, capable de jouer sur le prévisible tellement gros qu’il en devient inattendu. C’est alors à la manière de Platane qu’IRRESPONSABLE provoque quelque chose de l’ordre du malaise fascinant et drolatique, avec ce personnage principal qui découvre si tardivement le monde adulte et ce que cela implique, mais toujours capable du pire devant ses proches ; entre ses envies personnelles de reconquérir Marie, basées sur la manipulation et le mensonge, et sa manière trop immature à gérer ses nouvelles responsabilités envers son fils (comme une réunion parent / élève qui tourne au désastre).

« IRRESPONSABLE est une de ces rares séries françaises en format court capable de gérer le comique et le dramatique, et à se révéler aussi originale et réussie. »

Si dans un premier temps IRRESPONSABLE amuse par la relation entre Julien et sa mère, avec son attitude d’adolescent (nonchalant, blasé, inactif…), c’est bien après la découverte du pot aux roses que la série prend son envol. Se révélant parfaitement comique sans pour autant délaisser une part dramatique importante. Entre Julien et son fils tout ne sera pas évident. Une relation un temps basée sur le mensonge (Julien ne lui révélant d’abord pas être son père), avant de laisser place à une étonnante complicité, une relation de potes davantage que parent/enfant, ce qui n’est pas pour rassurer Marie. tourne alors autour de ces trois personnages attachants qui formeront une famille complexe marquée par les bourdes incessantes de Julien qui, derrière son égoïsme et égocentrisme affichés tente de bien faire pour trouver sa place.

Première série créée au sein de la section série de la Fémis par Frédéric Rosset, et diffusée à partir du 20 juin sur OCS City en tant que série OCS Signature, IRRESPONSABLE est une de ces rares séries françaises en format court capable de gérer le comique et le dramatique, et à se révéler aussi originale et réussie. Si jusque-là OCS jouait surtout sur le comique absurde et burlesque avec les très bonnes Lazy Company ou France Kbek, IRRESPONSABLE se démarque, non pas par la réalisation générale de Stephen Cafiero – une image honnête, une mise en scène qui fait le travail – mais par son écriture capable d’aborder avec différents tons des thématiques fortes : la paternité donc, mais également la question de l’avortement, le droit de savoir et d’être pris en considération pour le père… Une volonté de ne pas se contenter de ressorts comiques façon sitcom mais bien d’aller vers des réflexions générationnelles comme le font notamment quelques rares bijoux américains – on parlait il y a peu du style indé de Togetherness sur le monde des quadragénaires. De quoi rappeler, si nécessaire, les qualités des séries françaises actuellement.

Pierre Siclier
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