2071. Suite à un accident survenu sur la Lune, la vie sur la planète Terre est devenue impossible. Les Humains ont dû partir, coloniser d’autres planètes. Cet exode a créé un chaos dans tout l’univers, laissant une totale liberté aux criminels les plus dangereux. Un vrai terrain de jeu pour les chasseurs de primes. Parmi cette clique : le Bebop, un vaisseau spatial abritant Spike Spiegel et Jet…

Note de l’Auteur

[rating:10/10]

Saisons : 1
Nombre d’épisodes : 26
Format : 25 minutes
Date de 1ère diffusion JP : 3 AVRIL 1998(TV TOKYO)
Date de 1ère diffusion FR : 2000 (CANAL +)
Titre original : カウボーイビバップ
Création :

Bande-Annonce :

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 Dans le très bon générique de , on voit défiler de nombreuses lignes de texte en arrière plan, à l’horizontale, à la verticale, parfois en mouvement ou n’apparaissant que le temps d’une seconde, comme un clignotement pourvu de sens mais néanmoins intelligible, comme une toile de fond dont on sens qu’elle vaut la peine qu’on s’arrête sur elle. Si on s’en donne les moyens, on pourra donc lire cette formule, comme un cahier des charges lourd d’ambitieuses promesses : “They must create dreams and films by breaking traditional styles. The work, which becomes a new genre itself, will be called… Cowboy Bebop.” Et, indéniablement, ça en jette. D’autant que pari, aussi pompeux puisse-t-il paraître, est tenu. Le succès de la série l’a confirmé, tous les classements des « meilleures séries animés de tous les temps » l’ont confirmé, je vous le confirme moi-même, et la postérité met, de toute manière, tout le monde d’accord. Cowboy Bebop ce n’est pas un animé jetable, c’est une institution. Un culte. Et ce n’est pas sans raison.

La série, située dans le futur, suit le quotidien et les traques d’un trio de chasseurs de primes de l’espace, de leur chien banal et d’une gamine un peu tarée qui les accompagne. Le format permet évidemment une construction assez classique, dans laquelle les épisodes sont indépendants les uns des autres et individuellement centrés sur la recherche d’un criminel dont la capture sera censé remplir les poches des personnages principaux, continuellement fauchés. Le risque inhérent à ce genre de logique (et il est d’autant plus élevé dans un format de seulement 20 minutes) est bien sûr de tomber dans l’empilage d’anecdotes, de rester à la surface de l’action pour au final n’aller nulle part. C’est une erreur que Shinichiro Watanabe commettra avec sa série suivante, , mais qu’il évite ici.

Le secret ? Tous les personnages secondaires de Cowboy Bebop, même s’ils n’apparaissent pratiquement tous que le temps d’un épisode, sont traités avec un sens inouï du détail et de la dramaturgie. Aucun d’entre eux n’est jamais relégué au rang de simple figurant ou d’outil scénaristique dévolu à l’exploration plus approfondie des protagonistes ; à l’inverse, ce sont parfois même les chasseurs de primes qui s’effacent devant les destinées des personnages secondaires. Après tout, eux n’ont que 20 minutes pour se rendre intéressant, alors que les héros de la série peuvent se permettre de dévoiler leur complexité sur une période de 26 épisodes. Des figures comme le couple du premier épisode, le bandit travesti du septième, le voleur loser du huitième ou le cowboy du vingt-deuxième restent ainsi longtemps en tête, alors même qu’ils n’ont été que brièvement aperçu, et qu’une caractérisation moins fort les aurait laissés écrasés par le poids de la série dans son ensemble.

Le traitement des personnages principaux est, en revanche, assez différent. Présents tout au long de la série et dotés d’un caractère assez constant, ils entretiennent un fort pouvoir de fascination par l’aura de mystère qui entoure chacun d’eux et qui leur permet de transcender un aspect au demeurant relativement stéréotypé. Faye Valentine est une joueuse invétérée et amnésique, aussi obsédée qu’effrayée par ce que pourrait renfermer son histoire, Jet Black est un ex-flic dont un bras et une jambe sont des prothèses mécaniques, et Ed est une gamine à moitié folle doublée d’une pirate informatique de génie, qui semble sortir de nulle part et ne pas plus se préoccuper d’hier que de demain. Spike Spiegel, enfin, est un solitaire fataliste doté d’un sens de l’ironie aigu le poussant à envisager les évènements avec une légèreté désabusée caractéristique de sa personnalité.

Chacun de ces personnages, à sa manière, est rattrapé par son passé au cours de la série, et devra y faire face, ou en tout cas s’y replonger. Le plus intéressant est Spike, ancien membre d’une organisation criminelle, hanté par le souvenir d’une femme l’ayant abandonné alors qu’il avait tout quitté par elle et poursuivi par les démons de sa carrière mafieuse. On découvre son histoire à travers les quelques rares allusions qu’il y fait, quelques flashbacks muets et les récits de ses fantômes, mais, même après plusieurs visionnages de la série dans son intégralité, d’énormes zones d’ombre et de flous subsistent, et c’est bien là ce qui fait la force de Cowboy Bebop : tout n’est pas expliqué, on se perd en suppositions et conjectures, on tente de recoller les morceaux d’un puzzle qu’on sait bien incomplet, et les blancs du récit sont autant d’espaces qu’il nous est permis de fantasmer à notre guise. Loin de porter atteinte à l’intérêt de la série, cette particularité ne fait que rendre d’autant plus intenses et fascinants les épisodes consacrés au passé de Spike, toujours emprunts d’une solennité dont on ne peut que deviner les contours. Le génie de Watanabe, c’est de considérer que la seule manière de donner plus d’ampleur à une série que son format ne le lui permet, c’est tout simplement de ne pas tenter de faire rentrer de force plus d’éléments qu’il n’a la place d’en mettre. Si Spike est un personnage aussi captivant, c’est parce que ses récits dépassent ce que contiennent les 26 épisodes.[pullquote]Cowboy Bebop est un brillant accident de génie, le résultat magnifique d’un dosage initialement hasardeux, du genre qu’on ne peut ni reproduire ni égaler si on cherche à le faire. C’est là l’apanage des œuvres cultes.[/pullquote]

Tout Cowboy Bebop, dans son ton, est à l’image de son personnage principal : fun, décontracté, souvent drôle mais parfois emprunt d’un tragique d’une telle justesse qu’il n’apparaît pas comme déplacé, mais au contraire comme la manifestation d’un élément qui était présent en filigrane depuis toujours, même dans les moments de rire. C’est là une cuisine délicate, mais elle est particulièrement réussie, tout comme l’univers composite de la série, mélange de western, de science-fiction et de film noir déroulé sur une BO classieuse ( oblige) faite principalement de jazz et de blues. Chaque planète, chaque prime, a sa propre identité visuelle, ses propres références : on est propulsé d’un épisode à l’autre des grands espaces désertiques aux métropoles déshumanisés, on passe des saloons au look ouest américain XIXe aux vaisseaux futuristes hyper-technologiques et, d’une manière étrange et pourtant terriblement convaincante, tout se tient. Cette incroyable alchimie est, à n’en pas douter, la réelle clef du succès de Cowboy Bebop.

La série fêtera l’année prochaine ses 15 ans, l’occasion de célébrer son admirable résistance au passage du temps, qui ne fera de toute manière que se confirmer dans les années à venir, et dont l’absence de 3D participe grandement. On préfèrera en revanche oublier le film d’animation produit dans la foulée, Cowboy Bebop – The Movie qui, s’il reste assez sympathique à regarder, n’est pas réellement à la hauteur de son modèle et constitue par conséquent une porte d’entrée plutôt inapproprié. Depuis 1998, un projet d’adaptation par des studios américains a été lancé (on lui souhaite de ne jamais aboutir), et Shinichiro Watanabe a créé une autre série d’animation, Samurai Champloo, dans laquelle il assure avec franchise la solidité de ses goûts visuels et musicaux, mais à laquelle il manque le souffle et la justesse de ton de son premier chef d’œuvre. Ce qui ne fait que confirmer l’évidence même : Cowboy Bebop est un brillant accident de génie, le résultat magnifique d’un dosage initialement hasardeux, du genre qu’on ne peut ni reproduire ni égaler si on cherche à le faire. C’est là l’apanage des œuvres cultes.