Il est rare que l’on parle de web-série. Encore plus rare qu’on se penche sur une série belge. Pourtant , créée par , , et le dessinateur Ben Dessy, vaut le coup qu’on se penche dessus. Lancée par la cellule Webcréation & Transmédia de la RTBF, la série digitale en est à sa deuxième saison, qui sera diffusée sur Canalplay (coproducteur avec la RTBF et Grizzly Films) à partir du 5 septembre.

L’histoire, c’est celle de Benoît, bientôt trente ans et atteint d’aboulie, maladie le rendant incapable de prendre des décisions. Conseillé par son meilleur ami Jean-Marc, il accepte de suivre une thérapie de groupe pour se soigner. C’est là qu’il rencontrera Sylvie. Cela aurait pu donner naissance à une sympathique histoire d’amour pour Benoît, mais évidemment rien ne se passe comme prévu. A la volée de la première saison, Benoît aura été drogué lors d’un rendez-vous avec Sylvie, il organisera malgré lui une soirée bucheron, deviendra le meilleur pote d’un ex taulard, finira en bas résilles et sous-vêtements féminins dans un parc, avant de jouer l’avenir de sa relation amoureuse aux fléchettes. Au cours de cette deuxième saison, bien qu’ayant réussi à plaire à Sylvie, les problèmes ne s’arrêtent pas. C’est désormais la famille de sa compagne qu’il devra convaincre, tout en composant toujours avec ses amis bras cassés et premiers lorsqu’il s’agit de donner des idées foireuses.

Photo de la série EUH

© RTBF

Par son style et son humour de comédie burlesque, EUH rappelle quelques collaborations du duo Simon Pegg / Edgar Wright, principalement la géniale série Spaced. Montage rapide, comique de réalisation, succession de situations abracadabrantes tirées des visions de son personnage principale qui imagine toujours le pire se produire, et dialogues savoureux. Politiquement incorrecte, avec des phrases comme « je pourrai voir l’intérieur des femmes le jour où ma bite aura des yeux », EUH ne tombe pas pour autant dans le vulgaire mais fait preuve de vraies qualités dans l’écriture. Une influence certaine de l’humour anglais qui fonctionne à merveille. Avec un budget qui semble avoir été revu à la hausse pour la deuxième saison (le pilote avait une enveloppe de 10000 euros), la série aurait pu y perdre sa personnalité ou se contenter de ses acquis. Au contraire, même si la qualité de l’image s’est améliorée, la série garde cette atmosphère de vieux bistrot.  Les créateurs ont également décidé de délaisser un peu les « visions de Benoît » (sans pour autant les supprimer entièrement) pour se recentrer sur le récit premier. Un choix plutôt logique puisque Benoît parvient au fur et à mesure à faire un peu d’ordre dans sa vie et à se sentir plus serein dans sa relation.

« Par son style et son humour de comédie burlesque, Euh rappelle quelques collaborations du duo Simon Pegg / Edgar Wright. »

Raccourcie à six épisodes, toujours de 5-6 minutes, EUH se regarde d’une traite pour un petit moment de plaisir. Davantage concentrée dans son récit elle ne perd rien à son dynamisme. Emmenée par un ensemble d’acteurs extrêmement justes la série en ressort très attachante. (Benoît) joue parfaitement le bon gars plein d’incertitudes qui s’enfonce dans les mensonges. Il forme avec la douce (Sylvie) un duo tout à fait complémentaire. De leur côté Grégory Beghin (Jean-Marc) et (excellent en Pascal, l’ex taulard qui s’est imposé comme l’ami de Benoît), par leur opposition de style amènent une drôlerie toujours tordante.
Si elle se montre toujours jouissive et fascinante par la capacité de Benoît à s’enfoncer davantage dans des situations impossibles, reste à voir si EUH tiendra sur la durée. Le risque étant évidemment de trop vouloir étirer sur la longueur une intrigue qui, peut-être, ne le permet pas. Mais pour cela, il faudra voir avec une éventuelle saison 3 qu’on espère verra le jour.

Pierre Siclier
Votre avis ?