C’est quand même fou ce que s’autorise la télévision câblée américaine quand il s’agit de divertir son public, puisqu’il faut à l’évidence considérer PREACHER comme un divertissement rythmé et attrayant qui ne recule à aucun moment devant la violence graphique ou les audaces dramatiques. Développée par des spécialistes de la comédie comme Seth Rogen et Evan Golberg (duo à l’origine des potacheries SuperGrave et C’est la fin), la série diffusée par se forge une personnalité au milieu de l’offre impressionnante aux USA, en affichant clairement sa déférence à son matériau de base, à savoir la bande-dessinée. Rappelons-le, PREACHER est à l’origine un comics découpé en soixante-quinze tomes, dessiné par l’anglais et scénarisé par l’irlandais , dont l’humour noir et blasphématoire a souvent été comparé à celui de Quentin Tarantino.

Rogen, Goldberg et AMC ne s’y sont pas trompés, il y a bel et bien un potentiel Tarantinesque dans les aventures de ce pasteur défroqué, tentant tant bien que mal de sauver son petit monde où la violence est quotidienne, ancrée dans les mœurs. Si vous cherchez dans ce contexte, une étude de caractère subtile et réaliste, passez votre chemin, car les personnages sont ici des archétypes servant le mélange de plusieurs genres, du western au fantastique, et apparaissent croqués par des traits épais, des couleurs nettes, comme on caractériserait justement des personnages de comics. Dès le pilote, ce parti-pris est clairement exprimé et permet d’emblée au spectateur de savoir où il met les pieds ; dans un bouillon de culture pop comparable à ceux que Tarantino, Robert Rodriguez et leurs émules choisissent comme terrain de jeu.

Photo de la saison 1 de la série PREACHER

Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première bière.

Pour profiter pleinement du délire, il faut accepter qu’avant de nous ouvrir son cœur, la série nous montre d’abord qu’elle a des tripes, avec tout ce que ce procédé peut avoir de trivial, parfois même d’écœurant. À première vue, on remarque surtout les entrailles et l’hémoglobine qui inondent régulièrement l’écran, avant de distinguer les personnages et les sensibilités qui surnagent dans ce bain de sang pré-apocalyptique. Dans le rôle titre, le beau gosse réussit à imposer un charisme particulier au pasteur Jessie Custer, au-delà du simple aspect graphique de héros de bande-dessinée qui flatte l’œil du public complice. Habitué à endosser ce genre de rôles dans divers blockbusters comme au sein duMCU ou dans Warcrat, Le commencement, Cooper trouve ici davantage de place et de situations pour offrir de l’épaisseur au personnage, et donner une véritable impression de relais entre les possibilités du média comics et les besoins de vraisemblance du média audiovisuel.

Le reste du maincast gravitant autour de la petite église complète la personnalité de Jessie, en se montrant aussi tiraillé que lui entre pulsions sauvages et conscience morale, mais en adoptant des dynamismes différents. Emilie, qui assiste le pasteur dans son office, est d’un naturel discret, sage et guidée par son éducation religieuse. A l’inverse, les truculents Tulip et Cassidy ne sont pas du genre à cacher ce qu’ils pensent et à respecter aux conventions sociales. Les interactions fonctionnent, on a d’autant plus d’empathie pour Jessie quand on voit les esprits agités qu’il doit gérer, et on ressent de la sympathie pour cet entourage quand celui-ci confronte le prêcheur à ses contradictions.

« Pour profiter pleinement du délire , il faut accepter qu’avant de nous ouvrir son cœur, la série nous montre d’abord qu’elle a des tripes. »

Heureusement d’ailleurs que la série bénéficie du charisme de Joseph Gilgun (Misfits), et de Ruth Negga pour faire passer la pilule d’une mise en place poussive de l’intrigue, qui devrait en temps normal captiver dès le pilote. La première saison ne compte qu’une dizaine d’épisodes, soit une durée qui devrait aider à l’efficacité et au rythme de l’intrigue. Et pourtant celle-ci peine à s’installer dans la première moitié de la saison, où les scénarios consacrent trop de temps à la représentation de l’univers décalé, en oubliant que la bande-dessinée est portée par un concept essentiel. Certes, on savoure la causticité avec laquelle nous est dépeinte la vie dans la bourgade reculée d’Annville, et la réalisation n’est jamais avare quand il s’agit d’entrer dans les détails, de la présence récurrente de la mascotte de la ville, aux seconds rôles subissant divers sévices physiques ; zombifié devant un poste de télévision ou amputé de leur organe reproducteur, chacun en prend pour son grade de simple mortel grotesque et désemparé. Mais à force de s’attarder sur des intrigues secondaires et des détails tertiaires, le pôle de scénaristes néglige l’installation d’une intrigue principale dont on devrait comprendre d’emblée les enjeux, à savoir les possibilités offertes par le pouvoir qu’acquiert Jessie lors de l’épisode pilote.

Photo de la saison 1 de la série PREACHER

Ruth Negga, au centre de l’image et de toutes les attentions

Pendant les quatre épisodes suivants, le concept n’est que timidement exploité, laissant notre attention de spectateur se focaliser sur l’univers et la galerie de personnages qui animent déjà la série. Custer est de toute façon un pasteur hors du commun, fuyant un passé criminel et utilisant autant son crochet du droit que ses sermons pour convaincre ses opposants, à tel point qu’on en vient à se demander si l’idée de lui attribuer un pouvoir surnaturel n’est pas superfétatoire. Ajouter à cela l’importance de l’arrivée de Cassidy (le vampire) à Annville dans le pilote, et le public se demande vraiment si le récit possède une véritable ligne directrice dans l’apparition de ses éléments fantastiques.

Puis, comme si elle était consciente des doutes qu’elle commençait à faire naître chez le spectateur, la série s’applique enfin à poser ses enjeux à partir du sixième épisode, où un étrange duo de personnages burlesques vient énoncer clairement la nature du phénomène auquel Jessie est sujet. A partir de là, on ressent enfin une tension dramatique autour de la mission que se fixe le révérend Custer, et la mythologie dessine enfin un cadre pour contenir cette tension sans que cela n’interfère avec le ton qui s’est installé jusque là. Ainsi, jusqu’à la dernière minute de cette première saison, PREACHER réussit à garder un rythme effréné tout en déplaçant son sens de l’audace, de l’aspect graphique voire gore vers la dimension narrative, nous transportant de surprises en surprises et faisant par la même occasion grandir nos attentes d’une intrigue de plus en plus épique. Attendons l’année prochaine pour voir si nos attentes sont justifiées, avec une deuxième saison qui promet de prendre la forme d’un road trip mouvementé.

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