Voilà, TOGETHERNESS n’aura duré que le temps de deux courtes saisons. En effet, c’est fin mars 2016 qu’on apprenait avec regret le non renouvellement par HBO de la série créée par les frères Jay et Mark Duplass et par Steve Zissis (acteur dans la série avec Mark Duplass). Pourtant, en l’espace de seize épisodes (deux fois huit épisodes) de 30 minutes chacun, TOGETHERNESS a su développer avec brio et dans un ton tragi-comique les sentiments humains et se plonger dans l’intimité d’un groupe de jeunes quadras à la manière du cinéma indépendant américain.

L’histoire est simple, classique, voire déjà vue, mais a le don de fonctionner. D’un côté, la vie de couple de Brett et Michelle, mariés depuis (trop ?) longtemps et parents de deux jeunes enfants, englués dans une routine. TOGETHERNESS s’attèle à ne pas tomber dans le cliché, mais plutôt à toucher, constamment, à quelque chose de vrai. De sorte qu’il devient aisé de se retrouver en cette mère au foyer désireuse de monter une école privée ou en cet ingénieur du son qui souhaiterait s’affranchir de ses contraintes, sans pour autant être l’un ou l’autre. De même que leurs problèmes et angoisses touchent à une forme d’authenticité. Comme ce malaise qui s’est progressivement installé dans la sexualité de Brett et Michelle ; peu instinctive et sans désir, avec un Brett trop attentionné et Michelle qui en vient à faire un blocage. D’autre part, il y a Tina (la sœur de Michelle) et Alex (le meilleur ami de Brett) que tout semble opposer mais qui, dans leurs « malheurs » – elle, s’est à nouveau fait larguer, et lui, est un acteur/chômeur -, vont se lier. TOGETHERNESS touche ainsi avec eux également à la naissance d’une amitié qui basculera vers des sentiments plus forts.

Photo de la série TOGETHERNESS

© HBO

La première saison s’attarde à développer de manière bien distincte les rapports entre ces deux duos ; les hauts et les bas vécus par Michelle et Brett, dont l’infidélité de Michelle, les mènera à faire une « pause », et le rapprochement entre Tina et Alex, jusqu’à son éclatement en raison des sentiments amoureux de ce dernier. La deuxième a su se renouveler en redéfinissant ces duos et en déplaçant chaque relation des personnages. Tout en gardant ces éléments en toile de fond, TOGETHERNESS vient alors interroger d’autres liens. Ceux entre les deux sœurs, réunies par leur absence de contrôle dans leur vie, et les deux amis d’enfance, décidés à vivre leur crise de la quarantaine en réalisant un vieux rêve d’ado ; monter un spectacle de marionnettes adapté du célèbre roman de science-fiction, Dune, de Frank Herbert. Une approche subtile et parfaitement maîtrisée qui dénote un vrai talent d’écriture – également dans ses dialogues drôles et spontanés – premier atout de la série. Le deuxième est à mettre au crédit de ses quatre acteurs. Trop rarement vue à l’écran, Amanda Peet (Tina), jouissive en égoïste superficielle, est menée au cours de la deuxième saison vers un pathétisme touchant. Steve Zissis (Alex) passe également parfaitement de l’acteur raté et rondouillet en manque de confiance (saison 1) à un « connard d’Hollywood » prétentieux et détaché, avant de révéler sa fragilité et son cœur brisé. Et puis il y a bien sûr Mark Duplass et Melanie Lynskey qui mènent ensemble la série à une sensibilité certaine. Cette dernière, plus notable, connue pour ses apparitions burlesques dans Mon oncle Charlie, étonne et bouleverse comme jamais.

« Sur deux saisons, TOGETHERNESS tient de l’excellence jusque dans son final »

Sur deux saisons TOGETHERNESS tient de l’excellence jusque dans son final (diffusé le 17 avril dernier sur OCS City) qui trouve une conclusion idéale. Rarement une série n’est parvenue à s’ouvrir et à se refermer avec autant d’aisance et d’évidence. Mais surtout la série a su traiter, en peu de temps, de sujets variés à partir de sa thématique globale ; d’une envie sur le tard de maternité, menant à des questionnements sur le temps qui passe et l’évolution de la relation de couple (Tina et Larry, son nouveau compagnon), à l’infidélité et la façon de réagir face à sa découverte (Brett et Michelle), sans oublier les rapports aux enfants, l’amitié en temps de crise (Alex et Brett) ou encore les relations complexes entre homme et femme (Alex et Tina)… De la sorte, grâce à sa construction tout en finesse (aussi bien dans sa partie comique que dramatique) et son naturel, TOGETHERNESS émeut sans difficulté, tout comme l’est notre capacité à éprouver sympathie et empathie pour chacun de ses protagonistes.
A l’issue de sa première saison, Pierre Langlais écrivait en 2015 dans Télérama son coup de cœur pour la série qu’il espérait voir renouvelée, et qu’elle ne subisse pas le même sort qu’Enlightened, autre série HBO, annulée après deux saisons. Finalement, TOGETHERNESS n’aura pas fait mieux. Peut-être est-ce un mal pour un bien, car ainsi la série aura évité de tourner en rond en s’étirant trop longtemps.

Pierre Siclier
D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?
BANDE-ANNONCE