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 ceux qui, déçus de Vikings et autres Tudors, cherchent une série historique de qualité, TURN va indéniablement plaire. Adapté du roman Washington’s spies d’Alexander Rose, TURN est un James Bond XVIIIe siècle en pleine rébellion des Colonies contre la Couronne d’Angleterre. Un concept séduisant quand on connaît les imperfections des systèmes de communication de l’époque et les enjeux de l’indépendance américaine. On a ici un terreau extrêmement fertile fait de brillants retournements de situations, d’agents doubles et de confusions en tous genres servit par des personnages aux psychologies réalistes.

Fermier de Setauket, petite bourgade de Long Island sous contrôle anglais, Abraham Woodhull – très bon Jamie Bell – est intégré contre son gré à une bande d’espions composée de ses amis d’enfance.

© AMC Studios

Jamie Bell – Seth Numrich © AMC Studios

On assiste ainsi aux doutes et aux espoirs d’une génération née sur le sol américain et qui dit, de près comme de loin, ne rien à voir avec l’Angleterre. Craig Silverstein – créateur du très mauvais Terra Nova – s’offre, avec TURN, une résurrection. Il faut, pour convaincre la chaîne AMC, des projets parlants : The Walking Dead, Mad Men, Breaking Bad. TURN l’est sans conteste, en abattant la carte Patriote qui, depuis toujours, régale l’Amérique de sa propre Histoire et dont le monde audiovisuel s’approprie facilement les récits souvent sans hypocrisie. On trouve dans TURN des personnages attachants, tant du côté anglais que du côté américain, la violence et la faiblesse de certains protagonistes trouve sa source dans un vécu individuel qui tire la série loin du manichéisme généralement de mise. Cela ne se ressent pas forcément sur tous les personnages dans la première saison mais les scénaristes ont fait l’effort, pour le début de la saison 2, de s’employer à ne pas tomber dans la simplification systématique des conflits internes aux héros. Cette démarche offre à TURN un cadre solide où les rapports pétillent et donne, particulièrement aux personnages féminins, une saveur sans pareille. Le casting de TURN est en outre très juste, que ce soit les gradés de la Couronne ou ceux de l’armée continentale, les fermiers américains, la domesticité et la noblesse commerçante de New York, chacun gère sa partition sans accrocs tant et si bien que Ian Kahn est presque un sosie de Washington. Tout cela tient sans doute d’une fine direction d’acteurs et d’une application particulière à faire simple. On attend avec impatience l’entrée en guerre de la France en priant pour un La Fayette à la hauteur et un budget sérieux pour de belles batailles rangées.

“Un cadre solide, où les rapports pétillent et donnent, particulièrement aux personnages féminins, une saveur sans pareille.”

Grâce à ses deux piliers – adaptation réussie et acteurs au top –, TURN peut avancer tranquillement en délaissant parfois la réalisation. On déplore ainsi quelques longueurs dans la première saison, longueurs repérées à coup sûr par les scénaristes puisqu’elles sont absentes de la saison 2. On déplore seulement peut être un générique assez désagréable tant visuellement que musicalement.

Bref, on espère une fin de saison à la hauteur et la commande d’une saison 3 pour 2016.

INFORMATIONS


Titre original : Turn
Réalisation : S.J. Clarkson
Scénario : Craig Silverstein
Acteurs principaux : Jamie Bell, Seth Numrich, Daniel Henshall, Heather Lind, Meegan Warner, Kevin McNally, Burn Gornman, Angus MacFadyen, Samuel Roukin, JJ Feild
Pays d’origine : États-Unis
Sortie : 2014
Durée : 42min
Distributeur :
Synopsis : Automne 1776. Un fermier de Long Island nommé Abe Woodhull est recruté malgré lui par des amis d’enfance pour former avec eux un groupe d’espions, qui inversera le cours de l’histoire des États-Unis dans son combat pour l’indépendance…

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[CRITIQUE SÉRIE] TURN – SAISONS 1 et 2

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