Matt Murdock réussira-t-il à se débarrasser de son démon Daredevil ? Dans cette troisième saison, on a plutôt l’impression que c’est Daredevil qui veut se débarrasser de Matt Murdock.

Il tardait aux spectateurs de Netflix de retrouver Le Démon de Hell’s Kitchen, après le dénouement de The Defenders qui le laissait pour mort. Si la série réunissant les quatre super-héros Marvel avaient causé quelques somnolences dans son public, les événements vécus par le justicier aveugle avaient tout de même réussi à rendre ce final émouvant, et aurait pu bouclait définitivement l’histoire de DAREDEVIL tant il lui offrait une fin des plus honorables. Mais c’était sans compter sur le dernier plan, nous montrant le justicier alité, affaibli mais bien vivant.

Une question se pose donc en exergue de cette troisième saison : Était-il opportun de faire survire Daredevil et de le voir poursuite son parcours de super-héros dans cette bonne vieille ville de New York ? Les deux premières saisons avait déjà développé avec brio le cas particulier de ce héros catholique, adepte de flagellation, voire d’autoflagellation, ressentant le besoin constant de marquer le combat de l’existence par la douleur de la chair. Quelles pistes restaient-ils à explorer pour comprendre ce jeune homme quelque peu dérangé ?Photo de la série DAREDEVIL - Saison 3On pourrait croire en se fiant au premier quart d’heure du premier épisode de cette troisième saison, qu’après s’être pris une énième trempe, il va s’agir pour Daredevil de panser ses plaies et de se reconstruire physiquement. Mais on comprend bien vite qu’il s’agit d’une fausse piste, fort heureusement car on a déjà vu le beau diable dans cette situation plus d’une fois, et dès lors revoir ce processus de résurrection aurait été aussi redondant que pénible.

Les scénaristes ont donc choisi de faire de cette phase de convalescence, l’occasion pour notre héros de redéfinir son identité et de douter de l’utilité de sa part Matt Murdock, quand au fond de lui, il estime exprimer sa nature véritable par sa part Daredevil. Matt devra alors faire sa révolution, mettre de l’ordre dans sa vie et son environnement pour retrouver les repères qu’il avait lors de la première saison, et les apprécier à nouveau.

Les agissements du justicier prennent une dimension nouvelle quand un de ses proches évoque la possibilité que Matt Murdock n’endosse pas seulement le costume de Daredevil pour laisser s’exprimer le démon qui est en lui, mais qu’il a en réalité autant de griefs contre le monde que contre lui-même. Apparaît alors en superposition de l’interprétation que l’on fait du héros depuis la première saison, l’hypothèse que Matt n’est qu’un être désespérément seul, qui s’imagine incompris et abandonné de tous, et qui s’éloigne de ses amis non pas pour les protéger, comme il continue à le prétendre, mais parce qu’il est incapable de leur accorder sa pleine confiance.

Choix audacieux que d’avoir libéré Daredevil de son apparat de super-héros en le privant de son costume rouge iconique tout au long de la saison. Ramené à sa forme brute et essentielle, il en vient même à combattre une Némésis affublée du masque cornu, comme s’il affrontait la part diabolique de son âme catholique. Comme s’il luttait contre une version de lui-même qui ne pourrait définitivement pas être sauvée et pardonnée, justement au moment où il envisage d’outrepasser son code moral, de franchir le point de non-retour.

Daredevil est le protagoniste de cette histoire, parce qu’il remet en question son identité, la vérité sur ce qu’il est, a contrario de ses antagonistes qui se mentent à eux-mêmes et aux autres. Wilson Fisk cherche à se racheter une image auprès de la population new-yorkaise et cache sa nature criminelle sous d’élégants costumes blancs. Quant à Bullseye, il usurpe l’identité de Daredevil et déforme la réalité autour de lui pour trouver un arrangement avec ses démons intérieurs, au lieu de les combattre comme le fait Murdock.Photo de la série DAREDEVIL - Saison 3Netflix assure toujours une direction artistique soignée, en prolongement logique des deux précédentes saisons, mais dilue hélas l’efficacité du scénario par une trop longue durée. Il aurait peut-être été plus judicieux de circonscrire la saison à dix épisodes au lieu de treize, afin d’empêcher cette impression récurrente que les personnages piétinent dans l’intrigue. Certains moments-clés, comme l’affrontement tant attendu entre Daredevil, Fisk et Bullseye, perdent ainsi de leur intensité parce qu’ils surviennent dans une action distendue. Ce qui est dommage pour une série qui fréquemment fait montre de scènes magistrales.

Comme dans ses deux précédentes saisons, DAREDEVIL nous offre un morceau de bravoure en plan-séquence. Cette fois, il n’est plus question de jubiler en voyant le diable rouge tataner plusieurs assaillants à la fois ; on suit ici un Matt Murdock vulnérable et désorienté, tentant de s’extirper d’une émeute carcérale. Une séquence à l’image de l’ambition des scénaristes et réalisateurs d’élaborer une œuvre sombre, violente et souvent angoissante.

On comprend d’autant moins, pourquoi cette équipe a garanti jusqu’ici une humeur mélancolique, quand elle ne vire pas à la noirceur, à l’ensemble de la série, pour la désamorcer bêtement dans les dernières minutes. Que la saison se conclut par un happy end, on peut encaisser, mais que cet happy end soit contrebalancé par un plan final digne des moments les plus embarrassants parmi ceux que les récits de super-héros nous ont offerts à la télévision comme au cinéma, alors là, c’est quand même un petit peu beaucoup la honte.

Arkham

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DAREDEVIL : saison 3, le Diable l'emporte - Critique
Titre original :Daredevil
Créateurs : Drew Goddard et Erik Oleson
Acteurs principaux : Charlie Cox, Elden Henson et Deborah Ann Woll
Date de sortie : le 19 octobre 2018 sur Netflix
Durée : 13 épisodes
3.5Note finale
Avis des lecteurs 5 Avis

DAREDEVIL : saison 3, le Diable l’emporte – Critique

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