Il y a quelques jours, une pétition est devenue la risée de la toile : une association chrétienne américaine a récolté 20 000 signatures pour interdire la série GOOD OMENS, dernière née d’Amazon Prime. Mais, petite erreur, cette pétition a fini sur les bureaux de… Netflix. Une maladresse qui risque d’attirer davantage l’attention sur ce show qui se « moque de la sagesse de Dieu » en présentant « les diables et les satanistes comme normaux ». Mais qu’en est-il en réalité ?

L’association chrétienne à l’origine de la pétition n’est pas la seule à avoir eu un problème de livraison. En effet, toute l’histoire de GOOD OMENS commence avec l’arrivée de l’Antéchrist sur Terre, présage de la fin du monde. Alors que la guerre entre le Paradis et l’Enfer est à deux blasphèmes de se déclencher, Aziraphale, un ange (Michael Sheen), et Crowley, un démon (David Tennant), sont chargés de surveiller la livraison du jeune enfant. Damnation et châtiment, l’opération ne se déroule malheureusement pas comme prévue et personne ne s’en rend compte. Le sort du monde se retrouve alors entre les mains ignorantes d’un enfant de onze ans qui n’a de biblique que le nom : Adam.

Avertissement : les enfants, ne tentez pas de provoquer l’Apocalypse !

Cette adaptation du roman fantasy de Neil Gaiman (Good Omens : The Nice and Accurate Prophecies of Agnes Nutter, Witch) donne vie avec brio à cette histoire apocalyptique en jouant avec la mythologie et en s’appuyant sur l’alchimie infernale entre Michael Sheen et David Tennant. Ange et démon, blanc et noir, musique classique et QUEEN, le duo se complète si bien qu’il en crève l’écran. Le premier brille par son charisme et son innocence dévastatrice, le deuxième pêche par son sarcasme et son côté blasphématoire.

À côté de ces deux étoiles, il ne faut pour autant pas négliger la présence de Miranda Richardson (l’insupportable Ria Skeeter dans Harry Potter et la Coupe de feu) en prostituée colocataire d’un chasseur de sorcières, de Jon Hamm en Archange Gabriel ou encore de Frances McDormand qui fait la voix de Dieu. Photo de la série GOOD OMENSSi la relation entre Aziraphale et Crowley est si fusionnelle, c’est notamment parce qu’ils ont tous les deux passé des siècles ensemble à observer les Hommes. Les deux êtres ont assistés à tous les événements marquants, de la tentation d’Ève à la Terreur de 1793 en passant par la crucifixion du Christ. Bien loin de l’univers sombre et baroque d’American Gods, GOOD OMENS brûle ainsi par son humour anglais encore inégalable.

Avec des nonnes sataniques maladroites, un Antéchrist de 11 ans, Cerbère qui se transforme en adorable petit chien ou encore la tentative de cambriolage d’une église pour de l’eau bénie… GOOD OMENS  semble être l’enfant illégitime des Monty Python et de The Good Place en jouant aussi bien sur le comique de répétition que sur la qualité des dialogues, pour faire de ces six épisodes un plaisir assuré.

Sur la musique sacrée voire céleste de QUEEN, les deux héros vont donc relever la tâche impossible de sauver l’humanité toute entière. Autrefois considérés comme des anomalies depuis le péché originel, les humains se sont progressivement imposés comme des êtres créatifs et imprévisibles malgré leurs manipulations tour à tour par les anges et les démons. C’est donc pour sauver cette espèce à qui ils doivent les crêpes, la musique rock ou encore les livres, que Aziraphale et Crowley vont s’allier contre l’avis de leurs supérieurs. Photo de la série GOOD OMENSGOOD OMENS se traduit ainsi sur le petit écran comme une comédie mythologique sarcastique et blasphématoire à souhait. Pendant ces six épisodes, les personnages préfèrent s’amuser diaboliquement plutôt que de se tourmenter éternellement à l’idée de la fin du monde. L’association chrétienne à l’origine de la pétition visant à interdire la série n’a pourtant pas manqué de superlatifs pour qualifier cette pépite du petit écran : « satanique », « moqueur envers la sagesse de Dieu », « blasphématoire ». L’insulte suprême reste le doublage de la voix de Dieu par une femme.

Malheureusement pour eux, ce coup de publicité inattendue risque plutôt d’assurer à GOOD OMENS un regain de popularité bien mérité. Car ici, « on ne naît pas angélique, on le devient… » et ce mauvais pastiche de Simone de Beauvoir ne semble pas avoir trouvé de meilleur illustration que cette série.

Sarah Cerange

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L'apocalypse est now dans GOOD OMENS - Critique
Titre original : Good Omens
Création : Neil Gaiman
Chaîne d'origine : Amazon Prime
Acteurs principaux : David Tennant, Michael Sheen, Jon Hamm, Frances McDormand
Date de sortie : 31 mai 2019
Durée : 51-58 min
3.5Diabolique
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