Etre con, c’est chiant. Pas con, idiot. Ma mère n’aime pas que je dise que je suis con. Oui, ma mère lit mes critiques. On digresse. Etre idiot, c’est chiant. Quand un ami m’a parlé de SILICON VALLEY, j’ai immédiatement dit : « Non, ça ne m’intéresse pas. ». En effet, une immédiate association s’était alors insidieusement instillée dans mon frêle et fainéant esprit. Le titre avait en effet alors résonné entre mes tempes de manière plutôt surprenante et totalement décalée. Etudiant en santé, voilà la seule explication plausible que j’estime être justifiée pour qualifier cette erreur qui consistait à croire que j’allais avoir droit à une série digne enfante boiteuse dont ses parents, NIP TUCK et PRIVATE PRACTICE, seraient moyennement fiers. Entre l’excellente série de FX et l’inutile spin-off de GREY’S ANATOMY, je concluais alors à une création hybride chancelante parfaite pour quelques dimanches à la limite. Mais la série n’a rien de médical. Le silicone m’a eu. Et je me rends compte alors de mes déviances perverses. Voilà la vraie explication en réalité. Et voilà comment marche mon cerveau.

Maintenant que tout est dit et que j’ai révélé les grands secrets du fonctionnement orienté de l’organe qui se cache sous mon crâne, nous pouvons continuer. Et se demander comment je n’ai pas pensé simplement à la vraie Silicon Valley. Surtout qu’il est bon ton, de nos jours, de s’y intéresser. Et ce, à juste titre. Les histoires « geek » sont désormais notre lot. Et sont aussi un réservoir riche et agréable, pouvant aussi bien tenir le choc sur le versant dramatique (THE SOCIAL NETWORK) que comique (THE BIG BANG THEORY). Et SILICON VALLEY réussit l’exploit de plonger dans cet univers en alliant les deux genres.

Je ne vous le cache pas, la série est estampillée « série comique » et penche allègrement vers ce côté. Et de fort belle manière, mais, nous y reviendrons. Car les petites touches dramatiques disséminées sont aussi importantes et participent à la sympathie et à l’attachement que l’on a pour cette série. En effet, derrière une finesse d’écriture et des situations franchement drôles, se cachent des éléments de réflexion modernes et lourds : amitié, emploi, éducation etc. Aussi, dans l’ombre du film de David Fincher sur la genèse de Facebook, la série pose des questions quant à la propriété intellectuelle, l’envie, le pouvoir, la richesse, le droit. En suivant le parcours d’une équipe de jeunes voulant lancer leur start-up tout aussi bien que des travailleurs en entreprise, la série balaye tous les versants de la création ainsi que tous les côtés relatifs au microcosme des entreprises qui dominent le monde grâce à internet.

On est face à ce que l’on utilise tous les jours. Applications, moteurs de recherche etc. On plonge dans cet univers et en découvre un à part entière. Cette nouvelle série de HBO séduit alors par sa force et son innovation. L’histoire s’aventure vers des contrées peu mises en exergue. Et il s’agit d’un réel risque puisque l’environnement est extrêmement atypique et pas forcément séduisant. Ordinateurs, sweat à capuches, langage informatique composent la peinture que la chaine américaine nous expose. Rien n’est tape à l’œil, rien n’est sexy. On prend une direction radicale et l’on se conforte dans l’atmosphère unique de la série. Et pourtant, cela marche. Une fois dans l’engrenage, on ne peut plus s’arrêter.

Photo de la série SILICON VALLEY © HBO

Photo de la série SILICON VALLEY © HBO

Quel est alors le secret de la série pour être si addictive ? Il faudrait alors que je revois mon français pour accorder ma réponse et sonner juste puisque celle ci se trouve être : « Ils sont multiples et variés ». Quels sont alors les secrets de la série pour être si addictive ? Ils sont multiples et variés. Et là, on est bon.

« La série présente un humour fin et original qui boxe dans tous les domaines. »

Série comique, je le disais, je ne vais cependant pas commencer par cet aspect. En effet, je me dois d’aborder en premier l’écriture. Cette écriture si géniale et futée. Si les dialogues sont enlevés et intelligents, le scénario de chaque épisode n’a cependant rien à leur envier. D’une précision absolue et d’une richesse incroyable, les histoires sont en effet à la fois drôles, concises et complexes. Rien ne déborde, rien ne serait à ajouter. Les épisodes sont de véritables fragments parfaitement pensés constituant des étapes clés quant à l’avancement de l’histoire. Des chapitres parfaitement ajustés amenant la continuité de l’histoire de façon absolument parfaite. Ainsi, rien n’est jamais frustrant. Pas de cliffhanger ou de gros épisodes dénotant par leur qualité supérieure. Rien qui n’est donc pensé et fait exprès pour donner envie de voir l’épisode suivant en mettant le spectateur dans un état de suspens et d’attente absolument irritant. Chaque épisode est aussi bien que le précédent. Tout est parfaitement dosé.

Cette qualité d’écriture se retrouve dès le pilote (excellent) de la série. Épisode fondamental et qui sacralise tout ce que j’ai emphatiquement pu dire plus haut. On retrouve l’univers atypique, l’histoire extrêmement bien mise en place, l’humour (je vais y venir, je l’ai promis), les enjeux dramatiques, ainsi que le rythme de la série. En effet, bien que comique, la série a su se mettre en danger dès le premier épisode en ne signant pas forcément un épisode rempli de gags. Non. On trouve dans ce premier épisode plutôt le placement de l’histoire à son rythme. Un rythme lent et rapide à la fois. Les pistes pour le reste de la saison sont posées et l’univers est dévoilé. Ainsi, sur des bases saines, les épisodes suivants peuvent alors dérouler tout le potentiel comique et partir même dans des délires absurdes hors normes. C’est très fort, et surtout, encore une fois, très intelligent.

Pilote pas forcément hilarant, le reste de la série se révèle être beaucoup plus drôle. A chaque fois. Grâce à cette force d’écriture et cette maitrise du rythme, la série présente alors un humour fin et original qui boxe dans tous les domaines. Tantôt en jouant sur le côté « geek » de ses personnages, tantôt en jouant sur des caricatures, passant par des dialogues succulents, prenant un détour vers l’absurde, profitant de la mise en place de personnages uniques et recherchés, etc. Bref, le show ne déçoit pas et porte sa mention « comique » avec fierté et honneur. Et pour ce faire, la série peut bien compter sur ses interprètes (tous excellents) qui assurent des personnages extraordinaires et finement travaillés, créant ainsi un poids comique inestimable.

Véritable petit bijou d’écriture et de rythme, bercée de plus par une ambiance sonore excellente, SILICON VALLEY se présente comme un coup de cœur rafraichissant. Une bouffée d’oxygène, un diamant brut, appelez ça comme vous le voulez. Extraordinaire nouveauté bouleversant les codes, à la pointe de la modernité, voilà une série innovante à la hauteur de l’univers qu’elle nous présente.

CASTING
Saisons : 1
Nombre d’épisodes : 8
Format : 30 minutes
Date de 1ère diffusion US : 6 Avril 2014 (HBO)
Date de 1ère diffusion FR : 6 Avril 2014 (OCS CITY)
Titre original : Silicon Valley
Création : Mike Judge
Avec Thomas Middleditch, T.J Miller, Josh Brener, Martin Starr, Kumail Nanjiani
Synopsis : La série décrit l’aventure de six programmeurs vivant ensemble et essayant de percer dans la Silicon Valley, en Californie.
BANDE-ANNONCE