Quelques jours après la sortie de The Innocents (Hania Elkington et Simon Duric) sur Netflix, il est enfin temps d’en parler.

Contrairement aux autres séries de la plateforme, cette dernière née ne se binge-watch pas mais se déguste avec parcimonie. À tel point que Guy Pearce, qui tient l’un des rôles principaux, avait confié au micro d’Empire que lors de la promotion, les acteurs avaient « [été] en quelque sorte informés de ne pas parler de ‘binge-watching’. » Et à raison, car après avoir submergé son public de contenu pour adolescents de plus ou moins bonne qualité (À tous les garçons que j’ai aimé, Insatiable…), Netflix lui offre ce qui pourrait être la meilleure série de l’année et comme avec le bon vin, cette dernière se déguste avec modération. Catégorisée en tant que série de science-fiction pour ados, The Innocents se révèle être une programmation audacieuse qui se démarque autant par la qualité de son scénario, le jeu de ses acteurs et sa bande sonore.Photo du film THE INNOCENTSDisponible depuis le 24 août, The Innocents plonge les spectateurs dans une ambiance aussi sombre que poétique où deux adolescents, June et Harry, décident de fuir ensemble avant de se retrouver en proie à de nombreux obstacles. Tels des Roméo et Juliette modernes, les amoureux doivent faire face aux secrets de leurs familles mais surtout au mystérieux pouvoir de la jeune fille. À un âge où le corps change et où on se questionne sur son identité, cette dernière découvre qu’elle est capable de prendre le corps d’autres individus. Don ou malédiction ? Qui sait. Côté rythme, la série paraîtra assez lente pour les addicts de séries sous haute tension mais à juste titre. Le pouvoir de June se déclenchant avec ses émotions, The Innocents met l’accent sur les relations entre les personnages afin de les suivre dans leurs labyrinthes psychologiques et les comprendre. Le spectateur, quant à lui, partage ces secrets et découvre en même temps que les deux adolescents les tenants et les aboutissants de ce pouvoir à tel point que le quatrième mur semble s’être écroulé. Ainsi, le public découvre en même temps que June et Harry que la malédiction de leur relation remonte bien avant leur rencontre au fur et à mesure que les secrets sont révélés.

Il y a sept ans, Elizabeth Olsen avait été acclamée par la critique pour son rôle d’adolescente fragile enrôlée dans une secte dans Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin). Aujourd’hui, Sorcha Groundsell (June) se pose comme sa digne héritière avec son regard de bleu azur et sa sensibilité à fleur de peau. Miroir de sa sœur June, Ryan (Arthur Hughes) incarne quant à lui un jeune adulte agoraphobe fuyant la civilisation, véritable antithèse de la jeune fille qui peut pendre l’apparence de n’importe quel individu. Percelle Ascott (Harry) se débrouille tout aussi bien en amoureux transi mais la palme revient aux acteurs secondaires dont on aurait d’ailleurs aimé en savoir plus : Ingunn Bate Øyen (Runa Gundersen), Guy Pearce (Ben), Lise Risom Olsen (Sigrid) et Abigail Hardingham (Kam). En espérant en découvrir plus sur ces personnages dans la seconde saison…Photo du film THE INNOCENTSEnfin et surtout, il est nécessaire de souligner la qualité de la bande sonore de la série. Mélangeant l’acoustique délicate de Ben Howard, l’électro mélancolique de Lykke Li ou encore le très populaire ZAYN, les chansons présentes dans The Innocents contribue à faire aussi bien voyager le spectateur dans les lointaines contrées scandinaves que dans les pensées intimes des personnages. En totale harmonie avec la série, les musiques répondent aussi bien à l’appel des paysages qu’aux sentiments des protagonistes. Ainsi, June s’interroge-t-elle sur les sentiments de Harry sur la voix suave de Lykke Li dans « Unrequited Love » (Amour non réciproque) alors que ce dernier se rend compte de la dangerosité de ses sentiments pour la jeune fille sur la mélodie sensuelle de « Don’t Fall In Love » (Ne tombe pas amoureux) de Still Corners. Si certains restent insensibles à la proposition scénique audacieuse de The Innocents, ils ne pourront pas rester de marbre face à une si belle bande sonore.

Malgré un début un peu mou, The Innocents prend donc vite son élan pour atteindre une ambiance hitchockienne et anxiogène à souhait au fur et à mesure que le piège se referme sur les deux protagonistes. Bercé par une bande sonore magistrale, le spectateur voyage des nightclubs londoniens aux montagnes norvégiennes sans perdre une miette de l’histoire. Doucement mais sûrement, les pièces du puzzle s’assemblent pour aboutir sur un final aussi explosif et imprévisible. De l’amour damné au paradis déchu en passant par la perte de l’innocence, The Innocents revisite tous les thèmes classiques du contenu pour adolescents tout en évitant les clichés avec grâce et en proposant une série tout aussi plaisante pour les adultes.

Sarah Cerange

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THE INNOCENTS, Roméo et Juliette rencontrent Dr Jekyll et Mr Hyde - Critique
Titre original : The Innocents
Créée par : Hania Elkington et Simon Duric
Scénario : Hania Elkington
Acteurs principaux : Sorcha Groundsell, Percelle Ascott, Guy Pearce
Date de sortie : 24 Août 2018 sur Netflix
Durée : 52 min
4.0Note finale
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