En adaptant en plusieurs épisodes une nouvelle ayant gagné un prix Pulitzer, renoue avec des créations de qualité tant du point de vue de la forme que du fond.

« Incroyable » du latin incredibilis, désigne quelque chose qui ne peut pas être cru ou du moins qui semble difficile à croire. Et le scénario de l’est certainement. Il est dur de croire la représentation sexiste et défaillante du système judiciaire dressée par cette série. Il est difficile d’accepter que des policiers puissent interroger sans relâche une adolescente ayant été violée jusqu’à ce que des incohérences apparaissent dans son discours. Des détails décousus certes, mais des éléments qui permettent malgré tout au système de la condamner et par la même occasion au violeur de continuer sa monstrueuse chasse pendant encore des années. Enfin, il est insupportable d’apprendre que cette terrible histoire est tirée d’un fait réel relaté par deux journalistes (T. Christian Miller et Ken Armstrong) dans leur article An Unbelievable Story of Rape, récompensé du prestigieux prix Pulitzer.

L’histoire de Marie, jeune survivante , est d’autant plus bouleversante qu’elle est servie par l’interprétation convaincante de . Dans un arc narratif parallèle, deux enquêtrices ( et ) se lancent trois ans plus tard à la recherche d’un violeur en série dont les méthodes correspondent parfaitement au récit de l’adolescente. Tout au long des huit épisodes, UNBELIEVABLE explore avec beaucoup de délicatesse et de finesse le traumatisme des victimes de viol et met à jour un système judiciaire obsolète.

Photo de la série Netflix UNBELIEVABLE

Si Toni Collette et Merritt Wever incarnent avec brio le rôle des deux enquêtrices, c’est surtout Kaitlyn Dever qui est époustouflante de délicatesse et de vérité. L’actrice interprète donc le rôle de Marie, l’adolescente violée et poursuivie par les policiers (tous masculins) qui doutent vite de son témoignage. Dans le premier épisode, le plus dur de la série, le spectateur n’est pas épargné alors qu’il vit et revit avec Marie chaque étape de son enfer : le viol, les interrogatoires, l’examen médical déshumanisant, le jugement puis la perte de son entourage… Si UNBELIEVABLE ne doit clairement pas être comparée à l’article dont l’histoire est tirée, elle témoigne néanmoins que, malgré #MeToo le chemin reste encore long à parcourir.

Tout d’abord concernant le victim shaming subi par Marie. Alors qu’une seule personne sur dix porte plainte à la suite d’un viol (INSEE, 2008), les victimes sont souvent considérées comme les premières responsables, notamment aux États-Unis où 66% de la population approuve encore les mythes autour du viol (ex.: la victime l’a cherché, elle a dit “non” mais au fond c’était un “oui”…). Ainsi, comme l’explique Mervin Lever, à travers son biais cognitif du monde juste, il existe une tendance qui pousse les gens à penser que de bonnes choses arrivent aux bonnes personnes et donc si quelque chose de mal arrive, c’est parce que vous l’avez mérité. Marie, « une jeune femme compliquée » selon son ancienne mère d’accueil, n’est donc pas la victime idéale pour des policiers qui refusent de croire à son histoire et vont jusqu’à accuser l’adolescente de faux témoignage. Et ce qui est encore plus difficile à accepter, c’est que ce portrait est un triste reflet de la réalité.

On n’accuse jamais une personne victime de cambriolage d’avoir menti. Ça n’arrive pas. Mais lorsqu’il s’agit d’agression sexuelle… la situation est différente.

En 2017, un professeur de l’Université de droit du Kansas a publié une étude estimant que plus d’un million de viols n’ont jamais été comptabilisés par le FBI entre 1995 et 2012. En 2002, les forces de l’ordre ont qualifié de « malade mentale » une femme prénommée Erinn Steinbeck qui souhaitait porter plainte après avoir été kidnappée pendant deux jours et violée par Maury Travis. En 2008, alors qu’une des victimes du tueur en série Anthony Sowell avait réussi à s’échapper et à contacter la police, cette dernière a refusé de faire un rapport ou de s’occuper de cette femme qui affirmait avoir été violée et avoir trouvé un corps de femme décapité dans la salle de bain. La même année, Danielle Hicksbest, onze ans, a été violée collectivement et la police a rejeté sa plainte car elle avait du mal à raconter son histoire. Aussi difficile que soit à croire l’histoire de Marie, elle n’est malheureusement pas rare.

Photo de la série Netflix UNBELIEVABLE

Alors que de nombreuses séries policières ont tendance à se focaliser plus sur le viol et l’identification de l’agresseur, la victime prend ici le pas sur le crime. Si l’étude du stress post-traumatique est née à la suite de la guerre du Vietnam, ce domaine a malheureusement connu une expansion avec son application aux victimes de viol. En effet, ce n’est pas la personnalité des individus qui est au cœur du problème mais plutôt les transformations de leur environnement qui leur font revivre leur traumatisme.

Ainsi, Marie revit son viol inlassablement à travers les souvenirs répétitifs qu’elle décrit aux policiers mais la délicatesse du détective Karen Duvall envers Amber évite à cette dernière d’éprouver à nouveau son traumatisme. Ainsi, , la productrice, voulait montrer comment une enquête peut devenir une autre forme de traumatisme. En plus de la critique de l’incompétence policière dont témoigne UNBELIEVABLE, la série dévoile aussi la réalité des répercussions psychologiques qu’elle entraîne sur les victimes de viol, comme en témoignent les messages affluent sur Twitter depuis quelques jours parfois agrémentés du hashtag #BelieveSurvivor :

UNBELIEVABLE est une série difficile à regarder. Elle révolte autant qu’elle fascine. Mais elle est surtout un pamphlet politique et un témoignage social important qui se détache du contenu “habituel” de Netflix. Pour autant, malgré l’importance que la plateforme a consacré à cette histoire en l’adaptant en mini-série, il est nécessaire de se demander pourquoi elle n’en a pas fait plus la promotion, a contrario d’autres séries de qualité médiocre qui se multiplient pour concurrencer l’apparition de certains concurrents. Mais parfois, il est peut-être important de préférer la qualité à la quantité.

Et c’est avec des séries comme UNBELIEVABLE, forte, féministe et pertinente que Netflix pourrait réussir à garder sa place. D’autant plus que ces situations sont bien plus courantes que ce que l’on croit.

Sarah Cerange

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UNBELIEVABLE, brutale et politique, la claque Netflix de la rentrée - Critique
Titre original : Unbelievable
Création : Susannah Grant, Ayelet Waldman, Michael Chabon
Acteurs principaux : Toni Collette, Merritt Wever, Kaitlyn Dever
Date de sortie : 13 septembre 2019
Durée : 43-58 min
4.0Nécessaire
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