Depuis que nous a laissé dans un torrent de larmes avec le final de The Leftovers, on attendait avec impatience qu’il revienne avec l’énigmatique série , adaptation à sa sauce du roman graphique d’Alan Moore. Alors que la diffusion débute ce 21 octobre en France sur OCS en US+24, on a pu voir les six premiers épisodes et on ne va pas se priver de vous dire tout le bien qu’on en pense.

Déjà connu pour son travail sur la série phénomène Lost, Damon Lindelof a vraiment explosé avec le choc The Leftovers. Cette co-création avec Tom Perrotta n’a pu laisser aucun téléspectateur indifférent. Ceux qui se sont laissés emporter par son étrangeté, et qui ont accepté de croire autant en ces personnages qu’en ce récit, n’ont pas pu en ressortir sans quelques grosses séquelles émotionnelles. Quand, après sa fin, on a appris que le bonhomme planchait désormais sur une série tirée du monumental Watchmen, on ne pouvait qu’avoir l’eau à la bouche. La puissance du matériau de base peut être trop écrasante si on la craint mais c’est mal connaître Lindelof que de penser qu’il se lance dans cette aventure sans une petite idée ingénieuse en tête.

En effet, contrairement à un Zack Snyder qui avait repris le roman graphique avec une grosse fidélité, Damon Lindelof fait le choix de se positionner en marge, sans en oublier l’esprit. Sa série débute donc des années après les événements imaginés par Alan Moore. Ici, les héros sont devenus des gens à la marge, ils ne sont plus des icônes. La police a également un gros problème : la 7e Cavalerie. Cette secte qui rappelle le Klu Klux Klan s’en prend aux forces de l’ordre et à leurs proches. Cachés derrière des masques de Rorschach, ils seront traqués notamment par Angela, connue comme Sister Night lorsqu’elle enfile son costume de justicière. Voilà l’un des principaux enjeux de cette série mais la série ne fait exprès de noyer le poisson pour parler d’autres choses, en allant fouiner dans diverses couches temporelles et en s’attardant sur des éléments dont on ne comprend pas toujours leur intérêt, de prime abord, dans l’histoire.Une manière de raconter cette histoire qui rappelle ce qu’était The Leftovers. Il fallait effectivement du temps pour qu’on comprenne ce que les symboles cachaient et comment tout s’emboitait. La part de mystère est bien volontaire de la part de Lindelof et peut vite être un frein si on cherche un show qui est facile d’accès. D’autant plus que, à l’opposée de The Leftovers qui nous électrisait avec des séquences très fortes sur le plan émotionnel, celle-ci offre moins de portes d’entrées de ce côté. Watchmen est à la fois loin de l’oeuvre de Moore, mais aussi assez fidèle à son esprit. Dans les six épisodes à notre disposition, la trame semble très éloignée de celle originale. Pourtant, les rappels et les références pleuvent. C’est en ce sens que la série est originale.

Et elle ne se gêne pas pour dresser le portrait d’une Amérique au bord de l’implosion, saisie par la terreur d’une menace ancienne ayant simplement un nouveau visage : le racisme. Que Watchmen aille sur ce terrain à une époque où la Maison Blanche est menée par Trump n’est pas innocent. C’est en ce sens que les différents flashbacks sont forts, pour appuyer le discours de Lindelof sans ne cesser de questionner la place du héros dans la société et de mettre en perspective les événements relatés avec le passé historique des USA. Le monde de la série est, certes, complètement fantasmé (par exemple, Robert Redford est devenu président) mais il n’en reste pas moins régi par une évolution exacerbée de notre propre époque. Des petits mollusques ne tombent pas du ciel ici, sur notre Terre, mais les questions raciales sont encore prédominantes. La série diffuse ce sentiment d’insécurité avec maestria, grâce aussi à l’inconfort dans lequel nous sommes placés pour décrypter les signauxAprès six épisodes, on ne peut qu’attendre avec impatience de voir où le final ira. La promesse est d’autant plus grande que Damon Lindelof a parlé d’un show pensé pour une seule saison. L’intelligence dont il faut preuve dans le traitement donne envie de le suivre jusqu’à bout, qu’importe où nous irons. Lui accorder notre confiance lors de la diffusion de The Leftovers, avec les constantes incertitudes, aura payé. Gageons qu’il en sera de même avec Watchmen. Lindelof affirme avec éclat son statut d’auteur de premier ordre, quand se positionne toujours comme une place incontournable dans le paysage audiovisuel. Il n’y avait que ce network pour accueillir une telle oeuvre à l’audace folle.

Maxime Bedini

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WATCHMEN, un prolongement brillant à l'oeuvre d'Alan Moore - Critique
Titre original : Watchmen
Créée par : Damon Lindelof
Acteurs principaux : Regina King, Jean Smart, Don Johnson
Date de sortie : 21 octobre 2019 sur OCS en US+24
Durée : 60 minutes
4.0Note finale
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