Le pitch d’ ALONESur une île isolée au large de l’Ecosse, six adolescents se réveillent seuls dans leur pensionnat : surveillants et professeurs ont mystérieusement disparu. D’abord ravis d’être libérés de toutes contraintes, ils finissent par prendre la route, en quête de réponses. Devant eux se dessine progressivement l’apocalypse : infectés par un virus inconnu, les habitants se sont transformés en prédateurs sanguinaires. Pire, le fléau semble toucher uniquement les adultes. Désormais, pour survivre, le groupe doit répondre à deux questions: comment quitter l’île ? Et à quel âge devient-on adulte ?…

La vraie qualité de ALONE ne se trouve ni dans son scénario, ni dans son concept, ni dans ses personnages ou sa relecture du genre, tous quatre finalement assez quelconques, puis surtout jamais vraiment exploités. Par contre, son réalisateur Thierry Poiraud est un excellent créateur d’ambiances. Comme en attestent ses précédents films Atomik Circus et Goal of The Dead, il possède un œil certain pour capter cette luminosité particulière, cette atmosphère brumeuse, cette temporalité particulière. Il est également doué pour les associer à l’humeur des personnages ou à l’intensité d’un instant, à l’intérieur d’une scène. Sauf que premier problème : cette intensité manque elle même de puissance. Aucun jusqu’au bout-isme, aucune suggestion ou second degré ne viendra différencier l’énergie d’ALONE, de celle d’un autre avatar du genre. En fin de film, difficile de trouver hormis ses ambiances, de quoi garder ALONE en mémoire. Malgré tout, son manque de personnalité n’est même pas son défaut le plus gênant.

On pourrait aussi voir ALONE comme une succession de jolis courts métrages, chacun cherchant à exprimer un sentiment (solitude, peur, paranoïa, confiance, apaisement, maturité, etc.), chacun inscrit dans le même univers, dangereux et imprévisible. Ces séquences, en soi fonctionnent, par leur dynamisme et leur réalisation solide… Mais comme nous l’avons précédemment dit, ALONE semble avoir été réfléchi en termes d’intensité de l’instant, et non en termes de cohérence d’ensemble. Il manque ainsi un liant primordial entre ces scènes, celui de l’empathie. Empathie envers les personnages, envers leurs quêtes, envers leurs différents instincts et donc réactions. Sans cette empathie, impossible de s’attacher, mais aussi de ressentir quoique ce soit d’autre que de l’indifférence et de l’ennui, lorsqu’arrivent les drames.
C’est d’autant plus énervant au vu de la prometteuse introduction, qui présente assez pertinemment ces ados abandonnés dans un immense environnement, propice à l’exploration mais également à l’introspection, et suffisamment dangereux pour qu’ils puissent tisser des liens entre eux. Une intro qui aurait facilement pu être mise en perspective par l’empathie et le danger, se répercuter en chaque moment d’action, d’intimité, ou d’avancée scénaristique. Hors, on est plutôt en proie à un désintérêt progressif qui se commute très vite en une chasse aux références, ou plutôt influences. Faute de mieux.

“ALONE aurait pu être un croisement intéressant et personnalisé entre It Follows et Attack The Block, mais il n’est que la jolie enveloppe d’un potentiel inexploité.”

C’est alors que l’on se rend compte de ce qu’on attendait vraiment d’ALONE: un film de genre ou l’on ne cherche même pas l’originalité, juste qu’il propose une relecture intéressante et personnalisée du genre. Quelque part entre Attack The Block et It Follows.
Car le synopsis et la bande annonce promettait un mélange entre suburb-teen-movie et film d’invasion/infectés. Attack The Block, en dépit de ses nombreux défauts, savait au moins trouver sa voie dans l’hommage sincère. It Follows, quant à lui, développait pleinement la thématique de l’adolescence en pertes de repères (sexuels, parentaux, sociaux) à travers une allégorie traduisible en angoisses, paranoïa, et peurs, liés entre elles par la sacro-sainte EMPATHIE. Le film de David Robert Mitchell prouvait qu’il est possible, en insufflant sensibilité et obsessions d’auteurs dans un genre éculé, de le renouveler. Deux films puisant presque exclusivement dans l’inconscient collectif pour construire leurs scénarios, leurs personnages, mais aussi leurs identités.

Tout en étant conscients qu’avoir des attentes peut obscurcir le jugement, on reste attristé de ne voir en ALONE, qu’un potentiel inexploité. On n’ose imaginer la petite pépite qui aurait pu en sortir, avec une ligne directrice mêlant empathie, personnalité d’auteur, et pourquoi pas hommage et second degré. Mais en lieu et place de ce potentiel qui nous tenait sans doute trop à cœur, nous n’avons retenu que de jolies atmosphères apocalyptiques, brumeuses et crépusculaires, seuls aspects cohérents d’un film qui ne traite de rien et ne divertit même pas. Dommage.

Georgeslechameau

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

INFORMATIONS

Affiche du film ALONE

Titre original : Don’t Grow Up
Réalisation : Thierry Poiraud
Scénario : Marie Garel Weiss
Acteurs principaux : Darren Evans, Fergus Riordan, McKell David
Pays d’origine : France, Espagne
Sortie : 1 avril 2016 en e-Cinéma
Durée : –
Distributeur : Condor Entertainment
Synopsis : Sur une île isolée au large de l’Ecosse, six adolescents se réveillent seuls dans leur pensionnat: surveillants et professeurs ont mystérieusement disparu. D’abord ravis d’être libérés de toutes contraintes, ils finissent par prendre la route, en quête de réponses. Devant eux se dessine progressivement l’apocalypse: infectés par un virus inconnu, les habitants se sont transformés en prédateurs sanguinaires. Pire, le fléau semble toucher uniquement les adultes. Désormais, pour survivre, le groupe doit répondre à deux questions: comment quitter l’île ? Et à quel âge devient-on adulte ?…

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RomainGeorgeslechameauBlabla Recent comment authors
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Blabla
Invité

De la grosse daube ce film… une affiche et une ba pourtant prometteuses…
Frustrant du début jusqu’à la fin avec un scénario vide de sens, enfin bref une perte de temps…

Romain
Invité
Romain

Je passais les chaînes et je suis tombé sur ce film, que j’ai regard, que j’ai fini, point. J’ai l’impression d’avoir regardé une pub de 5min sans avoir vue le début et etre partie avant la fin. Aucune émotions rien très perturbant.

[CRITIQUE E-CINÉMA] ALONE

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