Brancaleone s’en va-t-aux croisades fait suite à L’Armée Brancaleone, classique de la comédie italienne réalisé lui aussi par . Un second volet qui, même s’il surprend peu, livre une fable loufoque tout aussi intelligente et maîtrisée que son aîné.

Suite de L’Armée Brancaleone, sorti cinq ans plus tôt, BRANCALEONE S’EN VA-T-AUX CROISADES marque les retrouvailles de l’acteur et du réalisateur Mario Monicelli, monstre sacré de la comédie italienne des années 50 aux années 70. Similaire en de nombreux points à son prédécesseur, les mêmes critiques qui pouvaient être adressées à L’Armée Brancaleone pourront définir cet épisode axé donc sur les croisades. De la même manière, les qualités du premier Brancaleone s’y retrouvent : sorte de Sacré Graal ! transalpin avant l’heure, BRANCALEONE S’EN VA-T-AUX CROISADES est une odyssée burlesque aux inspirations nombreuses et aux ambitions plus complexes qu’on ne voudrait le croire.

Il y a bien entendu du Septième Sceau dans ces rencontres fortuites avec la Faucheuse, il y a aussi de l’Andreï Roublev dans ce chapitrage proche de la chanson de geste – pourtant, Monicelli ne romanise pas le Moyen-Âge comme ses prédécesseurs. Ici, les chevaliers sont hirsutes, le peuple est ignorant, l’obscurantisme et l’antisémitisme règnent tandis que la religion fait loi. La satire sociale, elle est là. En parlant d’une période que le metteur en scène semble particulièrement mépriser, celui-ci fait finalement le portrait grossier de l’extrémisme et de la bêtise moderne – un sujet toujours d’actualité, s’il en est.

Photo du film BRANCALEONE S'EN VA-T-AUX CROISADES

Les trouvailles comiques et visuelles s’enchaînent avec l’aisance des Monty Python – le travail de Monicelli est d’ailleurs d’une rare profondeur, allant jusqu’à faire de ce joyeux délire un espace d’expérimentations linguistiques des plus raffinées (dialogues en vers ou mélange de langues). La somme, parfois foutraque, respire la maîtrise, car derrière ces gags bien gras (pas si lointain de la commedia dell’arte, soit dit en passant) la construction est infiniment savante. Monicelli est un très grand.

Si L’Armée Brancaleone ne trahissait pas son statut de classique de la comédie italienne, BRANCALEONE S’EN VA-T-AUX CROISADES ne fait que compléter avec brillance cette mythologie. Drôle, humble, malin et parfois surprenant, cette suite égale en tous points son aîné, poussant la parabole politique encore plus loin et revisitant avec beaucoup de subtilités l’imaginaire collectif lié à l’époque médiévale – on fait certes le clown (avec beaucoup de talent, particulièrement un Gassman déchaîné), mais on est pas si éloigné de la réalité. Un petit classique qui ressort en DVD et Blu-Ray dans une collection d’ESC consacrée au cinéma italien.

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[CRITIQUE] BRANCALEONE S'EN VA-T-AUX CROISADES (1970)
Titre original : Brancaleone alle crociate
Réalisation : Mario Monicelli
Scénario : Mario Monicelli, Agenore Incrocci, Furio Scarpelli
Acteurs principaux : Vittorio Gassman, Stefania Sandrelli, Adolfo Celi
Date de sortie : 1970 (28 mars 2017 en DVD/BR)
Durée : 2h02min

Les classiques italiens
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