Formé à l’école du Saturday Night Live, Dave McCary signe un premier film débordant de couleurs et de tendresse. Vous avez gardé votre âme d’enfant ? BRIGSBY BEAR est fait pour vous !

Il n’est pas toujours aisé pour un cinéaste d’afficher une bienveillante évidente à l’égard de ses personnages. James est de ces protagonistes candides en décalage avec le monde qui l’entoure ; une formule dramaturgique fort usitée autant dans la comédie pour son potentiel de cruauté, que dans le drame pour son potentiel d’ironie. Affichant de prime abord des apparats esthétiques et thématiques de cinéma indépendant américain, Dave McCary pouvait nous laisser croire qu’il justifiait l’originalité de son récit par un ton cruel ou cynique ; mais bien au contraire, l’émotion gagne le public lorsque la bienveillance régnant sur BRIGSY BEAR mène son personnage principal jusqu’à l’accomplissement de son parcours affectif. James aura autant agi sur son environnement, que celui-ci l’aura aidé à s’épanouir.

Le postulat de départ était suffisamment porteur de sens pour offrir au film plusieurs possibilités dans sa narration, et plus largement dans le genre à investir. Ainsi le principe d’un personnage devant affronter un monde dont il ne sait presque rien, est signifié de manière hyperbolique par le fait qu’en réponse à cette quête, le monde place ce protagoniste en personnage médiatique, le sollicitant constamment par des regards intrigués et le rappelant sans cesse à son rôle de « kidnap kid ». James a 25 ans mais est resté un enfant depuis son enlèvement, il incarne une anomalie temporelle et fascine la société américaine pour qui son statut de victime apparait comme une excentricité, presque une forme de coolitude. Le réalisateur aurait pu traiter cette situation quelque peu glauque comme un fait divers filmé froidement, avec un œil distant d’entomologiste. Mais là où perce la tendresse de BRISBY BEAR, c’est lorsque James réussit à s’approprier son aura médiatique et lui donne un sens en transférant sa célébrité dans une entreprise artistique.

On comprend dès lors l’objectif existentiel de James : sortir de l’enfance et atteindre l’âge adulte pour mieux donner un sens à l’enfance. Et pour trouver sa place dans le monde des adultes, ce grand enfant utilise un doudou, un objet focalisant son affection, un fétiche en forme de nounours magicien. En effet, Brisby est le héros d’une émission télévisée dont la qualité des images et des effets visuels, très marqués années 90, correspondent aux madeleines de Proust des trentenaires. A croire que cette tranche d’âge, qui est d’ailleurs celle du réalisateur et de l’acteur principal/scénariste Kiley Mooney, est particulièrement sujette au syndrome de Peter Pan, surtout si on associe BRIGSBY BEAR à d’autres symptômes générationnels américains tels que SWISS ARMY MAN ou DAVE MADE A MAZE.

Le totem audiovisuel que représente Brisby pour James symbolisera le besoin de passer d’une place de spectateur à celle de créateur, afin d’exorciser la découverte du réel et la perte de l’innocence enfantine. En passant de la magie du spectacle à la galvanisation de la création du spectacle, BRISBY BEAR fait le pari optimiste et généreux de souder la communauté autour du rêve de l’individu, pour qu’au final ce rêve individuel devienne un plaisir collectif. Quelque part entre la loufoquerie d’un Michel Gondry et la mélancolie d’un Spike Jonze, Dave McCary s’impose en cinéaste prometteur, jonglant entre les affects de son époque et le pouvoir de l’imagination.

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[CRITIQUE] BRIGSBY BEAR
Titre original :Brigsby Bear
Réalisation :Dave McCary
Scénario :Kyle Mooney et Kevin Costello
Acteurs principaux :Kyle Mooney, Matt Walsh et Mark Hamill
Date de sortie :le 15 janvier 2018 en VOD,
Durée : 1h33min
3.0Note finale
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