En 1949, lorsque et tournent DIMANCHE D’AOÛT, l’Italie, comme de nombreux pays, ne s’est pas encore totalement remise de la Seconde Guerre Mondiale. Comme l’explique parfaitement le critique et historien du cinéma Jean A. Gili dans sa présentation du film en complément de l’édition DVD du film (renommé d’ailleurs UN DIMANCHE D’AOÛT) proposée par M6 Vidéo, à cette époque les Italiens travaillent tous les jours. Le principe de week-end n’existe pas et il n’y a pas de vacances. L’unique jour de repos est donc le dimanche. Le jour dont il faut profiter au mieux. DIMANCHE D’AOÛT présente un dimanche comme les autres où la population romaine se lève tôt pour se rendre à Ostie, l’une des plages à proximité de la capitale, et ne rentrera qu’en fin de journée, à la nuit tombée. En prenant la forme du film choral, par le très bon travail scénaristique de Sergio Amidei, qui apparaît comme bien plus qu’un scénariste – bien qu’étant un film d’Emmer, les affiches du film indiquaient Amidei à la réalisation ou à la production, et Emmer à la mise en scène -, le film est une représentation de l’époque, abordée de manière simple, via le quotidien des habitants.
Ainsi, plusieurs histoires se succèdent. Chacune pouvant faire l’objet d’un film en soi. Certaines se croisent, d’autres restent isolées. Certaines sur le ton de l’humour voire du burlesque, d’autres dotées d’une part plus dramatique.

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Mais avec sa multitude de personnages, DIMANCHE D’AOÛT est avant tout une représentations des différentes classes sociales de l’époque. Il y a ceux qui vont à la plage en vélo, ceux qui utilisent leur camionnette de fonction, ceux qui ont leur voiture personnelle ou encore ceux qui utilisent le train forcément bondé. Sur la plage, même constat. Il y a celle des classes populaires et celle des bourgeois. Les deux étant séparés par grillage. Les deux mondes se frôlent, mais ne se côtoient pas. C’est sur ce panel d’habitants, tous différents, que se pose le regard de la caméra. Dans cette représentation d’un quotidien à la plage, on repense dans notre culture française aux Vacances de monsieur Hulot, réalisé peu après DIMANCHE D’AOÛT (Les Vacances de monsieur Hulot est tourné entre 1951 et 1952 et est sorti en 1953). Comme Emmer avec la plage d’Ostie, Jacques Tati s’installa sur la plage de la petite bourgade de Saint-Marc-sur-Mer, pour présenter différents vacanciers. Seulement ici, pas de Monsieur Hulot pour venir déranger par ses maladresses le quotidien des habitants. DIMANCHE D’AOÛT reste jusqu’au bout une journée typique, sans rebondissement majeur pour troubler les habitudes de chacun.

« DIMANCHE D’AOÛT, comédie légère et sympathique, porte, encore aujourd’hui, un regard intéressant sur son époque »

Il y a bien sûr des événements heureux comme malheureux qui se produisent. Mais il n’est pas question de déstabiliser ou modifier grandement le quotidien. Il s’agit simplement de le capter. Ainsi, on suit avec amusement les commérages et les prises de bec des femmes, les jeunes filles qui échappent à la vigilance des parents pour flirter avec les garçons, les hommes qui profitent du calme pour prendre un verre et se soustraire de leurs responsabilités parentales… Se mêlent à cela une sorte de triangle amoureux sur fond d’histoire de braquage, un couple (composé de Marcelo Mastroianni encore bien jeune) pas encore marié mais qui attend un enfant ou encore la rencontre de deux parents solitaires. De cette manière, Luciano Emmer peut alterner parfaitement entre la légèreté, portée aujourd’hui par notre regard nostalgique et donc amusé de cet ancien temps – le fameux rituel des pâtes de la mama ou la naissance d’une amitié entre bambini -, et des éléments dramatiques. C’est dans cette partie dramatique que le réalisateur fait ses meilleurs propositions de mise en scène. Utilisant les regards ou la simple composition d’un plan pour nous dire les choses et révéler les rapports entre les différents protagonistes.

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On pense particulièrement à cette idylle naissante entre un père veuf et remarié par dépit avec sa belle-sœur antipathique, et une mère abandonnée par son mari. Les fameux parents solitaires. Leurs filles respectives seront l’élément déclencheur pour provoquer leur rencontre. Mais c’est bien un unique plan, du père attablé, entouré par sa nouvelle femme et un inconnu qui encadrent parfaitement cette autre femme, si élégante et agréable, qui amène le spectateur à anticiper les événements. Qui l’amène même à accepter leur union qui suivra certainement.

Au-delà de cette approche de film choral évidemment d’une grande originalité en 1950, DIMANCHE D’AOÛT, comédie légère et sympathique, porte, encore aujourd’hui, un regard intéressant sur son époque. Une sorte de témoin d’une période avec ses souvenirs de la guerre si présents – une partie de la plage encore minée. La sympathie prononcée pour le film de Luciano Emmer vient de sa façon de représenter les classes mais surtout de son utilisation des différentes générations. Enfants, adolescents, adultes et même personnages âgés sont des outils permettant de décrire cette Italie. Ce Rome de 1949, un dimanche d’août…

Pierre Siclier
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