Premier volet d’une trilogie – avec Beaux mais pauvres en 1957 puis Pauvres millionnaires en 1959 -, est une comédie charmante autour d’un triangle amoureux. Réalisé en 1956 par , le film est produit à une époque où la production cinématographique connaît beaucoup de succès en Italie. Et principalement à Rome, le cœur du cinéma italien. Avec PAUVRES MAIS BEAUX, Risi raconte l’amitié entre Romolo et Salvatore, mise à mal après la rencontre de Giovanna qu’ils courtisent tous les deux. La situation est d’autant plus complexe que la jeune femme n’est pas décidé à choisir entre les deux garçons.
En plus de faire un film de divertissement, Dino Risi, fin observateur de son pays avant les années 1950, en profite donc pour filmer la ville romaine, ses habitants et leur quotidien, et faire de PAUVRES MAIS BEAUX, récompensé notamment au César du Meilleur film étranger, un témoin de cette époque.

image du film PAUVRES MAIS BEAUX

Romolo et Salvatore sont voisins de palier et vivent avec leur sœur et parent respectif. L’un est vendeur de disque dans la boutique de son oncle, l’autre est « maître-nageur » (en italien bagnino). Dès qu’ils mettent un pied dehors, la moindre jeune fille attire leur attention. A voir PAUVRES MAIS BEAUX aujourd’hui, il se dégage quelque chose d’assez gênant devant la lourdeur des hommes envers la gente féminine. Mais on le sait, l’Italie est plutôt réputée pour son caractère machiste. Et on est forcément bien heureux de voir Giovanna faire tourner en bourrique ces deux goujats. Un personnage féminin pour le moins fort car porteur d’une envie de liberté et d’émancipation. Giovanna est d’autant plus marquante par sa vision de l’amour, estimant qu’il faut essayer différents garçons avant d’en choisir un. De quoi désemparer des garçons pourtant volages mais qui découvrent enfin l’amour, ce qui montre toute l’ironie dans le travail de Risi. C’est du moins le cas sur la quasi-totalité du film. Car on ne peut que regretter un retournement de situation à la fin du film, recadrant la jeune fille et la limitant à un rôle de femme soumise, mais qui pourra être perçu comme la touche cynique de Risi.

« En plus de faire un film de divertissement, Dino Risi fait de PAUVRES MAIS BEAUX un témoin de l’époque »

Néanmoins, on ne peut que louer la capacité du réalisateur à capter ces moments de vie – comme cette scène de danse au bal -, notamment à l’aide d’une présence importante de personnages secondaires, permettant d’enrichir le décor ; du concierge de l’immeuble en passant par le locataire qui, travaillant de nuit, partage un lit avec Salvatore, jusqu’aux garçons qui traînent dans la rue en observant les aventures de Romolo et Salvatore. Une forme de néoréalisme qui vient se greffer à la légèreté de cette histoire. Et au-delà du comique d’ensemble qui rend le film très agréable à regarder, il y a surtout dans PAUVRES MAIS BEAUX une subtilité d’écriture particulièrement intéressante. Plus précisément avec l’inversion des caractères de Romolo et de Salvatore, ces deux séducteurs encore bien immatures. En effet, si le premier apparaît d’abord délicat et sensible, il se révélera assez vite jaloux et manipulateur. Le second quant à lui, derrière son côté brute et simplet va s’avérer bien plus attachant. Le scénario (écrit en collaboration par Dino Risi, Pasquale Festa Campanile et Massimo Franciosa) amène ainsi une évolution de notre sympathie envers les deux jeunes hommes. Interprétés par et le très touchant (qu’on retrouvera dans Femmes Dangereuses et dans Rocco et ses frères), ils forment avec la voluptueuse et charmante un excellent trio qui porte avec aisance le film.

Pierre Siclier

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