UMBERTO D., réalisé en 1952, marque la fin de la période néoréaliste de . Celui-ci, laissant de côté les nombreuses critiques, non justifiées, sur son film pour cause de vision de la société italienne jugée trop sacrilège, se dirigera vers une carrière internationale. Loin d’être un sacrilège, UMBERTO D. met simplement en lumière, avec brio, les problèmes d’une société inadaptée à l’homme. Un sujet de – il avait déjà travaillé avec De Sica pour Le Voleur de bicyclette et Miracle à Milan – qui s’accorde parfaitement avec cette période historique italienne, mais également tristement d’actualité.

Modeste fonctionnaire romain à la retraite, Umberto Domenico Ferrari ne dispose pas d’une pension suffisante pour vivre correctement. Obligé de manger dans un centre de la soupe populaire, il doit faire face à une logeuse intransigeante qui compte bien profiter de son retard de payement pour le mettre dehors, et réaménager sa chambre. Devant l’absence de soutien d’anciens collègues qui se détournent de lui, il ne lui reste que son chien, Flyke, et éventuellement la bonne. Une jeune fille enceinte d’un père inconnu qui lui offre un peu de divertissement et tente de lui venir en aide avec ses modestes moyens. UMBERTO D. raconte la perte d’espoir d’un homme en fin de vie, de son honneur et de sa dignité.

Umberto D

Pour interpréter le rôle du personnage essentiel qu’est , Vittorio De Sica a opté pour un acteur amateur. , un professeur d’université, qui s’accapare parfaitement et naturellement ce rôle. Avec lui l’affection que l’on porte au vieil homme est immédiate. Un homme évidemment attachant tandis qu’il s’enfonce dans la solitude et le désespoir, à l’image de sa chambre de plus en plus délabrée par les travaux mis en place par sa logeuse. Exprimant sa fatigue, non plus envers cette femme bourgeoise, mais d’un peu tout. Car à son âge il n’y a plus vraiment de solution. Par cette utilisation d’une personne âgée, De Sica insiste sur l’absence d’espoir. Comme indiqué par le critique et historien du cinéma Jean A. Gili dans son explication du film sur l’édition DVD publiée par M6 Vidéo, dans ses œuvres précédentes (Sciuscià en 1947, Le Voleur de bicyclette en 1948…), le réalisateur utilisait des personnages jeunes ayant la vie devant eux d’une certaine manière. Mais il n’y a pas d’avenir radieux envisageable pour Umberto face à une injustice, ni plus ni moins. D’autant plus terrible qu’il incarne un homme parmi d’autres, honnête, ayant travaillé toute sa vie, mais que la société ne reconnaît plus. Le voilà abandonné, comme ces chiens récupérés en nombre par la fourrière et bientôt gazés.

« UMBERTO D. est un grand drame porté par un degré de tristesse terrible, qui fait malheureusement encore sens aujourd’hui »

Umberto passe par toutes les étapes. On l’a dit, mangeant à la soupe populaire, puis se faisant passer pour malade dans le but de passer quelques jours à l’hôpital au calme, puis ne parvenant même pas à faire l’aumône, car trop honteux de sa situation. Jusqu’à ce qu’il soit amené, forcément, à songer au suicide.
La complicité du vieil homme avec la jeune fille amène bien un peu de légèreté dans toute cette noirceur, mais ça ne fait que retarder l’échéance. Sa situation insiste également encore plus sur la société malade que montre De Sica. Accompagné d’une sublime composition d’Alessandro Cicognini, UMBERTO D. est avant tout une œuvre déchirante. Déchirante par son sujet autant que par l’approche de son réalisateur qui nous laisse au final dans une impasse extrêmement puissante. Un grand drame porté par un degré de tristesse terrible, qui fait malheureusement encore sens aujourd’hui.

Pierre Siclier
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