Comédie sympathique mais pas dénuée de longueurs, (1968) tient avant tout son intérêt dans le regard acerbe de sur la société de l’époque, parfois même en résonance avec celle d’aujourd’hui.

Après le succès de L’Homme à la Ferrari (1967), Dino Risi et son producteur Mario Cecchi Gori se sont lancés, un peu à la va-vite, sur LE PROPHÈTE (1968), surfant alors sur la révolution sexuelle et le bouleversement de la société de l’époque. Un film de commande assez mal considéré par Risi lui-même et Ettore Scola (scénariste ici), qui obtiendra tout de même un succès public. Pourtant, LE PROPHÈTE se montre intéressant sur bien des points. Certes, le film est à considérer comme une comédie délirante et parfois enfantine, mais derrière le gentil divertissement il y a en effet une vision profondément cynique du monde.

Il faut déjà admettre chez Dino Risi une certaine qualité à mettre en scène les situations les plus ridicules et en faire des éléments comiques. C’est dans cette optique qu’on découvre Pietro, un homme mystérieux, dit le Prophète, qui grimpe dans les arbres en haut d’une montagne, saute dans tous les sens, joue de la flûte et accueille ses visiteurs à coups de pierres. Ceux-là, sont les membres d’une équipe de télévision qui aimerait faire un reportage sur cet ermite. Des images de lui étant finalement diffusées, le Prophète est révélé au monde entier et se fait alors rattraper par la société.

Le Prophète (1968)

Au travers d’une série de gags (amusants, il faut avouer), Dino Risi montre comment la société a évolué dans le mauvais sens. Dans ce monde moderne (pour l’époque, mais cela pourrait être celle d’aujourd’hui), les gens sont pressés, s’abrutissent au travail et ne s’élèvent pas davantage à la maison, car bloqués devant la télévision qui invite à la consommation. À Rome, tout semble corrompu, même les hommes d’Église, attirés par les courtes tenues de la jeunesse de 68. Ayant quitté cet univers il y a cinq ans, le choc est inévitable pour Pietro, sorte de Robinson Crusoé partant en croisade tel Don Quichote. Mais là où Risi (et forcément Ettore Scola, puisqu’il est au scénario) est malin, c’est qu’il ne s’agit pas tant de s’attaquer au progrès – cela serait presque contradictoire pour un réalisateur bénéficiant de l’évolution du cinéma -, mais à ceux qui ne savent pas l’utiliser. Un discours forcément d’actualité qui s’appliquerait bien à l’utilisation faite des réseaux sociaux, notamment.

[bctt tweet= »« Malgré ses gags un peu lourds on retient de Le Prophète la critique de Dino Risi » » username= »LeBlogDuCinema »]

En (re)voyant aujourd’hui LE PROPHÈTE – qui sort en DVD et Blu-ray au sein de la nouvelle collection italienne d’ESC -, emmené par des comédiens efficaces (Vittorio Gassman en prophète et  en jeune hippie) déjà utilisés par Dino Risi dans L’Homme à la Ferrari, il est presque naturel de penser à des œuvres plus récentes qui ont utilisé cette thématique. On se souvient d’Austin Powers qui découvrait soudain les années 1990, et dont l’accoutrement et l’attitude très 70’s provoquaient un rejet. Cependant, Dino Risi reste bien plus amer quant à l’avenir de ce personnage si singulier, insistant sur la tentation continuelle qu’on lui fait subir – par l’alcool, la nourriture et les femmes. Dans une optique plus dramatique, c’était finalement tout le sujet du superbe film de Mauro Bolognini, La Corruption (1963). Ici, en dépit de l’approche comique et de l’amusement évident, on ne peut, au final, qu’être attristé devant cet homme rattrapé par la société qui le pousse à perdre ses valeurs. Touchant, au fur et à mesure, aux différentes formes de vice, avant de revenir au pire emprisonnement pour lui, celui du travail.

Pierre Siclier

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[CRITIQUE] LE PROPHÈTE (1968)
Titre original :
Réalisation : Dino Risi
Scénario :
Acteurs principaux : , Ann-Margret,
Date de sortie : 1968 (28 mars 2017 en DVD/BR)
Durée : 1h40min
Les classiques italiens
3.0Note finale
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