Parmi les innombrables genres et sous-genres cinématographiques, on peut distinguer le survival du survival horror. Dans le premier cas, le ou les protagonistes luttent dans un environnement hostile face à des ennemis qui ne lui laissent quasiment jamais aucun répit (Rambo traqué dans les bois par la garde nationale américaine, en est l’un des plus illustres représentants). Dans le deuxième cas, auquel se rapporte Sweet Home, le schéma est le même mais le traitement différé en multipliant les plans gores et les litres d’hémoglobine, et en empruntant les codes angoissants du slasher (You’re Next, The Descent, et bien d’autres productions exploitants le filon ont vu le jour ces dernières années.).

On pourrait encore affiner la terminologie en précisant que Sweet Home est un survival horror urbain, à contrario des films ayant pour cadre une campagne reculée, propice à faire resurgir les peurs enfouies des citadins et redonner à ce décor une résonance mythologique oubliée. Quand la ville devient environnement hostile, il faut évidemment y voir une mise en relief agressive et accusatrice de notre hyper-individualisme, notre confort de vie bien fragile, et les inégalités sociales que nous finissons par oublier, tant elles font partie de notre quotidien.

Parmi toutes les productions Filmax, grand pourvoyeur espagnol du cinéma d’épouvante (La saga Rec), SWEET HOME avait une chance de se démarquer grâce à son intention initiale à proposer une approche réaliste de ce type de récit, en dépeignant dans sa phase de mise en place, un contexte économique délétère où crise du logement et chômage plongent déjà le décor urbain dans une atmosphère sordide, avant même que la soirée de notre couple de protagonistes ne bascule dans l’horreur. Qui plus est, ce portrait d’une ville malade est servi par une photographie soignée et un jeu de nuances jaunâtres, qui collent justement à l’idée de décrépitude que porte le film. Malheureusement si SWEET HOME part d’un postulat social intéressant, il n’arrive pas à s’échapper d’un type de récit convenu.

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Dès la séquence d’introduction, Rafa Martinez, le réalisateur et scénariste du film choisit de montrer certains éléments qui devraient apparaître plus tard dans l’intrigue pour ajouter au caractère effroyable de la situation que vivent les protagonistes; au lieu de ça, il désamorce cet effroi et handicape la montée processive du suspense, sensée se produire par la suite. Des deux écoles de la représentation d’une menace, l’abstraction ou le plein feu spectaculaire, le cinéaste n’a pas su clairement trancher; aussi, même quand il utilise la synecdoque, le hors champ, les jeux d’ombres, il en montre déjà trop. Ajouté à ça, les dialogues d’un vieil homme à la fois un peu fou et lucide, expliquant à l’héroïne qui est la menace et annonçant ainsi les épreuves qu’elle va affronter par la suite; on se demande pourquoi Martinez n’a pas choisi une forme plus abstraite à cette menace, dont on ne comprendrait les intentions qu’à mesure que la tension monte, faisant ainsi coïncider la terreur chez la survivante et notre effroi de spectateur face au postulat social que révèle le film. Le jeu cruel est pour ainsi biaisé dés son premier quart-d’heure, et on reste ainsi perplexe face à un spectacle horrifique dont les rouages nous semblent dès lors trop visibles.

« Si Sweet Home part d’un postulat social intéressant, il n’arrive pas pour autant à s’échapper d’un type de récit convenu. »

Quelle est la fonction de ses rouages scénaristes et stylistiques ? Faire basculer un scénario de thriller dans le genre de l’horreur, voire du gore; et c’est justement dans les moments les plus sanglants que SWEET HOME dévoile ses plus grandes faiblesses. Comme si le film se rendait lui-même compte que les antagonistes de sa première demi-heure n’étaient pas suffisamment menaçants pour garantir un spectacle horrifique, ces trois méchants laissent la place à une sorte de boss de fin de niveau tel que nous en réservent bien des jeux vidéos, sensé se poser en figure iconique du genre avec son visage masqué, sa silhouette déshumanisée et sa hache ensanglantée. Dès lors la question de survie est exacerbée, et nos héros se retrouvent couvert de sang, le leur comme celui des autres, et doivent abandonner dans cette épreuve une partie de leur intégrité physique comme morale, tel que l’exige le genre du survival et sa figure emblématique de la final girl.

Seulement voila, Rafa Martinez se cantonne à une heure quinze à peine de métrage et précipite donc la montée en l’horreur au point que l’apparition du tueur à la hache et la succession de malchances des protagonistes semblent improbables, car tout droit sortis de codes narratives de cinéma bis, loin de la volonté de réalisme, à l’origine du projet. Au final, on se dit que le réalisateur a misé sur une utilisation maximale du simple décor de l’immeuble abandonné, à défaut d’une représentation approfondie de l’atmosphère sociale et urbaine; cela constitue un travail technique estimable mais pas l’intérêt premier d’un film.

Arkham

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