Superproduction coréenne qui mélange film de zombies et film de sabres, , qui esquive les salles chez nous, s’essaie ainsi au cross-genre. Le résultat, sans saveur, est une perte de temps.

Alors qu’on pensait le kimchi passé de mode, et voilà que Parasite débarque avec sa Palme et ses quasi-deux millions d’entrées en France, faisant revenir Hallyuwood sur le devant de la scène cinéma. Transcendant dans les années 2000, difficile aujourd’hui pourtant de voir apparaître de nouveaux auteurs au milieu des quelques piliers qui font tourner la section « ciné de genre coréen » des festivals de cinéma à travers le monde. Na Hong-jin, à la rigueur (son premier film a déjà plus de dix ans), Yeon Sang-ho, on espère. RAMPANT, arrivé chez nous directement en VOD, avait pour lui une sélection à Gérardmer.

La Corée Joseon, des zombies, sabres et autres hanbok : un peu plus et on se croirait dans Kingdom, la série sortie en début d’année et qui faisait déjà se rencontrer fresque historique et film de morts-vivants. Hasard ? Probablement : RAMPANT est sorti en fin d’année dernière dans son pays d’origine, et il serait plus raisonnable de mettre ce méli-mélo concurrentiel sur le compte de deux genres à la mode en Corée plutôt que sur celui du plagiat. Deux genres dans lesquels l’industrie coréenne a prouvé son savoir-faire, alors qu’à l’écriture on retrouve l’un des scénaristes d’Old Boy. Ombre au tableau : la présence à la réalisation de , auteur du lourdingue mais pas forcément déplaisant Confidential Assignment.

Photo du film RAMPANT

Il ne faut cependant pas très longtemps à RAMPANT pour que ses belles intentions s’effondrent, qui souffre en effet des mêmes défauts que de nombreuses superproductions sud-coréennes récentes, à commencer par cette incapacité totale à faire exister un personnage autrement que par une checklist de traumatismes, compétences et intentions qu’on croirait presque calquée sur Les Sims. L’échec, plus globalement, se retrouve à tous les niveaux scéniques : RAMPANT ne réussit ni en tant que film d’horreur (on a jamais peur), ni en tant que film d’action (l’ennui est à peine plus profond quand ça s’anime un peu), ni en tant que drame (les personnages n’ont aucun intérêt), ni en tant que comédie (les tentatives d’humour, noyées dans un océan mélodramatique insipide, sont au mieux gênantes). Bref : catastrophe.

Ce que RAMPANT ne semble pas comprendre quant à ses genres, c’est ce qui fait leur sel – lui se contente d’appliquer une logique narrative inappropriée à deux exercices qui auraient pourtant toutes les clés en mains pour se marier à la perfection. Jamais on n’essaie de nous faire peur, car jamais le cadre du film se construit autour du procédé zombiesque. Jamais la nature féodale du film n’intervient physiquement dans le récit et c’est bien dommage : on aurait aimé que les deux genres se dérèglent entre eux, finalement ils s’endorment. Même en éteignant son cerveau, le spectacle est misérable : s’enchaînent blagues douteuses, ressorts scénaristiques risibles et situations nanardesques – tout ça avec un sérieux grotesque et une ambition visuelle proche du néant. Il y avait définitivement mieux à faire avec pareil budget.

Vivien

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RAMPANT, les démons de minuit – Critique
Titre original : Chang-gwol
Réalisation : Kim Sung-hoon
Scénario : Hwang Jo-yun
Acteurs principaux : , ,
Date de sortie (VOD) : 1 octobre 2019
Durée : 2h01min
1.0Raté
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