Officiant dans l’épouvante depuis une dizaine d’années, William Brent Bell n’avait jusqu’à présent jamais vraiment convaincu les amateurs du genre, avec ses productions commerciales peu mémorables telles Stay Alive ou Devil Inside. On ne pouvait pas reprocher au réalisateur un manque de pertinence dans le choix de ses sujets : le pouvoir d’immersion du jeu vidéo pour Stay Alive, l’ambiguïté entre délire psychiatrique et possession démoniaque pour Devil Inside. De bonnes pistes de départ, dont Brent Bell condamnait hélas les possibilités de profondeur psychologique et de réflexion sur les genres du fantastique et de l’horreur, en y appliquant une mise en scène bourrée d’effets aussi éculés que superflus. Il semblerait cependant que le cinéaste se soit défait de sa propension à vouloir nous faire sursauter en accumulant ces effets faciles, aux vus de THE BOY, où il réussit à développer la tension psychologique par une réalisation et une direction artistique classieuses.

De plus en plus de films d’épouvante sortent directement en VOD, pour laisser presque exclusivement le champ libre sur grand écran aux productions de Jason Bloom (Paranormal Activity,Insidious,The Visit). La qualité de facture de THE BOY est donc d’autant plus remarquable dans ce contexte moribond, car le film bénéfice d’un budget confortable et d’une photographie totalement à l’opposé des images hasardeuses des found footage produits à la chaîne. Bénéficiant du cadre gothique parfait avec ce manoir victorien perdu dans la campagne anglaise, le réalisateur comprend qu’il doit faire honneur à cet impressionnant décor en le rendant aussi magnifique qu’inquiétant. Mais paradoxalement, ce confort de production devient vite le principal handicap du film, appesantissant l’histoire dans un décorum trop présent et trop classique.

Photo du film THE BOY

© Capelight Pictures

Adoptant le point de vue de Greta, et découvrant en même temps qu’elle le lieu étrange où elle est engagée comme babysitter, le spectateur peut se sentir frustré une fois que la poupée a été présentée, et qu’elle doit partager la vedette dans la première moitié de scénario, avec le dédale d’ombres et de boiseries du manoir. La frustration est d’autant plus légitime que THE BOY utilise peu ou prou dans cette première partie, les mêmes ressorts qu’un film de maison hantée lambda, et on se languit de voir Brahms, la poupée, prendre son entière place dans l’intrigue. Tant que Greta déambule dans les couloirs sombres en évitant les regards figés de Brahms, l’objet de porcelaine ne peut pas donner son identité propre au film, et le caractère jusqu’ici abstrait de la menace est assimilable à celui d’un esprit frappeur, d’un démon ou d’un psychopathe œuvrant dans l’ombre.

“THE BOY réussit à susciter l’intérêt grâce à son jeu d’apparences trompeuses, à la croisée des chemins entre le fantastique et le thriller”

Cependant, dans sa deuxième partie, THE BOY réussit à susciter l’intérêt grâce à son jeu d’apparences trompeuses, à la croisée des chemins entre le fantastique et le thriller. William Brent Bell opère un traitement malin de son récit, en jouant avec nos attentes des deux genres, sachant pertinemment que si la plupart des spectateurs sont encore captivés à la fin du film, c’est qu’ils attendent de savoir quel sera en fin de compte la nature de l’histoire : origine surnaturelle de la poupée ou explication rationnelle ? Le plaisir d’être ainsi baladé entre les deux hypothèses est d’autant plus agréable que le dénouement permet de réinterpréter certains événements ou dialogues qui passaient jusqu’ici pour des détails, tout en donnant une justification au fait que la première partie s’attardait sur le décor du manoir. Le défaut de la première partie est donc en partie effacé par la satisfaction que nous donne la seconde, mais le scénario n’est pas pour autant dénué de faiblesses.

La principale étant la représentation de la relation entre Greta et Brahms qui manque d’une légère touche de glauque ; son caractère malsain étant seulement porté par le visuel très réussi de la poupée. Greta occupe le rôle principal et peu de personnages secondaires viennent partager l’écran avec elle, il aurait donc été judicieux de trouver des idées plus frappantes pour pimenter ces scènes de baby-sitting avec Brahms, quitte à prendre le risque de teinter l’histoire d’ironie et de grotesque. Hélas, l’implication affective du personnage reste sagement traité, au point de ne paraître qu’une justification qui lui permet d’envisager, en même temps que le public, l’hypothèse surnaturelle. La faute certainement à une production trop policée et trop calibrée pour un succès commercial, misant alors sur son récit énigmatique et son atmosphère gothique “à l’ancienne”. Mais il faut admettre que la recette fonctionne en assurant au film son statut de divertissement efficace.

Arkham

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

 

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