Affiche du film ANIMAL KINGDOM

Une rue anonyme dans la banlieue de Melbourne. C’est là que vit la famille Cody. Profession : criminels. L’irruption parmi eux de Joshua, un neveu éloigné, offre à la police le moyen de les infiltrer. Il ne reste plus à Joshua qu’à choisir son camp…

Note de l’Auteur

[rating:9/10]

Date de sortie : 27 avril 2011
Réalisé par
Film Australien
Avec , , ,
Durée : 1h52min
Titre original :
Bande-Annonce :

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Je lance un appel à l’aide. Je crois me souvenir avoir un jour entendu parler d’un terme spécifique pour désigner les livres que l’on dépose nonchalamment, mais pas innocemment, sur sa table basse afin d’imposer à ses invités le fait qu’on lise et pas eux. Et si ça pouvait être des livres pompeux, c’était encore mieux. Enfin, je vous parle de ça parce que sur notre table basse, on trouve les livres de peinture de mon père. Mais, nous, on ne reçoit pas beaucoup d’invités. Et en fait, les livres sont posés là parce que la figure paternelle de la maison n’a plus de place sur l’étagère pour les ranger. Vous me direz donc, encore une fois, qu’on s’en fout. Un petit « Ah tiens, encore une anecdote pourrie et inutile » peut même vous échapper. Et je suis bien d’accord avec vous. Mais j’avais besoin de parler de peinture pour introduire le film.

Et je commencerai par sa fin (eh oui, c’est un début de critique très laborieux.). Dans un musée, aux murs d’un vert magnifique et recouverts de peintures, David Michôd nous sert plusieurs plans qui deviennent alors à leurs tours de véritables tableaux. L’esthétique féroce et ultra poussée du film est donc l’impact premier ressenti lorsque l’on se retrouve face à cette oeuvre. Léchée, superbe, précise, puissante, érotique, magnifique, la photo d’ANIMAL KINGDOM traverse le film hypnotisant le spectateur. Happé par la beauté suave que dégage chaque plan, on ne peut alors que reconnaitre la qualité plastique de ce drame. Le film est puissamment mis en image et cette violente beauté ne peut être que gentiment et amicalement appelée « une bonne claque graphique dans la gueule ».

Mais en plus d’être beau, le film possède une force de mise en scène que l’on pourrait qualifier d’ »obus ». C’est en effet une boule d’énergie dont le palpable potentiel est ressenti tout le long du film et explose sporadiquement dans un déchainement de violence court, sec, précis, meurtrier, maitrisé et esthétisé. L’œuvre est tendue de bout en bout et le suspense est maintenu sur un fil très mince. Le réalisateur joue le rôle d’un véritable équilibriste et arrive à nous faire ressentir progressivement des montées d’adrénaline, et ce, non pas lors de moments affiliés à l’action mais bel et bien au cours de simples dialogues. Le film ne fait jamais dans l’excès. Il est toujours juste et suffisant. David Michôd nous livre une réalisation pourtant complexe et riche mais qui, au final, apparait sous la forme de traits simples. La forme est donc irréprochable, maitrisée, juste et nous tient en haleine.

Photo du film ANIMAL KINGDOM

ANIMAL KINGDOM est une copie parfaite. A la maternelle, c’est le coloriage qui ne dépasse pas les bords.

Mais le fond est aussi parfaitement maitrisé. On assiste ici à un drame et un film criminel dans les plus parfaites règles de l’art. L’histoire est simple en apparence mais permet d’embrasser une multitude de thèmes classiques : l’argent, le pouvoir, la famille… Et les thèmes sont tous traités avec justesse. Les relations humaines et les conséquences de chaque acte sont finement mis à jour, utilisés et mis en scène. L’histoire vous prend aux tripes et ne vous lâche plus. C’est tout, il n’y a pas d’autres explications. Comme un , David Michôd gère parfaitement son sujet et redore le blason du classique pur et dur. C’est enivrant, fougueux, tendu, remplis de faux-semblants, transcendant, émotionnel et bouleversant.

Mais la qualité d’une histoire pourtant classique mais si aboutie réside bien évidemment aussi dans la qualité de jeu des acteurs. Et là, que dire encore ? Que c’est parfait ? Eh bien, oui. C’est triste je sais, mais que voulez vous, c’est vrai ! Le casting est impeccable et Jacki Weaver emporte tout sur son passage en matriarche froide et indestructible. Tout est juste, précis et contrôlé. Rien ne dépasse, tout est contenu.

Ellipses, jeu sur le son, ralentis, le film repose sur une justesse de la réalisation qui permet de livrer une œuvre d’une classe hors norme. Mais à trop vouloir bien faire, on perd justement en personnalité. Le seul défaut du film tient en cela. ANIMAL KINGDOM est une copie parfaite. A la maternelle, c’est le coloriage réussit qui ne dépasse pas les bords. Tout en retenue, en maitrise, le film, au final, se renferme sur lui-même et se confine dans les codes du genre. C’est donc très bien, mais David Michôd ne possède pas cette fois-ci la force d’un James Gray qui arrive à apporter et inscrire pleinement sa touche personnelle au plus profond de l’œuvre. Un léger manque « soi » qui n’enlève absolument rien à la qualité purement objective de ce film parfait, mais qui, pour moi, en tant que fan du genre criminel et policier, m’empêche malheureusement de mettre la note maximale. Mais ça, c’est parce que je suis un con. Vous, j’en suis sur, vous lui mettrez 10/10. Parce qu’il les mérite largement (je vous l’ai dit, je suis un con !).

Photo du film ANIMAL KINGDOM