Eliza () se fait agresser alors qu’elle revient d’une épreuve du Bac. Son père, le médecin renommé Roméo () veut tout faire pour qu’elle réussisse à obtenir la bourse qui lui permettrait de partir étudier en Angleterre. Pour cela, elle doit obtenir une moyenne de 18/20, mais sa fille semble trop perturbée par les événements pour réussir. Par ses relations, son père va tenter de peser sur l’enquête et sur l’épreuve du Bac pour maximiser les chances d’Eliza.

Au fur et à mesure que le film progresse, on comprend que la réussite d’Eliza conditionne bien plus que son simple départ. Le couple formé par ses parents en dépend, et par répercussion la maîtresse de Roméo, une mère célibataire. Mais aussi, comme le suggère le dernier plan, le retour de l’équité en Roumanie. Au-delà des rebondissements de son intrigue et de l’étude de ses personnages, BACCALAUREAT est une sorte de huis-clos au sein de toute la société roumaine. Les personnages entretiennent tous des relations d’obligations pour services rendus ou intérêts communs, insinuant une contiguïté étouffante entre tous les citoyens ainsi liés.

Sans tomber dans une véritable corruption mafieuse ou un système institué de népotisme, le film de dépeint une corruption informelle qui gangrène toutes les relations sociales. Même s’il est considéré comme irréprochable par les autres, le médecin Roméo va devoir salir ses mains afin d’augmenter les chances de réussite de sa fille à l’examen.

Adrien Tittieni campe un homme cérébral au visage fermé, dont on ne sait si l’on doit éprouver pour lui de l’antipathie pour être tellement calculateur ou lui accorder notre admiration pour autant d’abnégation devant ses difficultés. Bien avant l’incident que subit sa fille, le monde de Roméo est déjà en train de se déliter. Le climat oppressant qu’installe Cristian Mungiu grâce à sa mise en scène permet de suivre une intrigue à combustion lente sans s’ennuyer. Souvent articulées autours d’un plan principal où se multiplient les amorces de personnages secondaires et objets toutes en lignes de fuite, les scènes de BACCALAUREAT sont des « blocs » aussi hermétiques que l’ex-régime soviétique, dont la pesanteur semble converger vers le centre de l’image où se situe le médecin. Sa large carrure ne semble pas de trop pour supporter le poids des ruines de la dictature de Ceausescu.

Sans être frontalement abordée, l’inertie des institutions constitue bien le thème principal du film de Mungiu. La corruption endémique est décrite comme l’apanage des anciennes générations. Même si celles-ci ont connu la libération et le processus démocratique, les habitudes d’échanges de bons procédés dans la fonction publique ont la vie dure et contaminent n’importe quelle conversation. « Je dois lui rendre service, il fut serviable« , voici la monnaie qui est au cœur de tous les échanges. La nouvelle génération au contraire, incarnée par Eliza, a une chance de se débarrasser de ces mauvaises habitudes à condition de faire les bons choix très tôt. Le sens donné par la fin de BACCALAURÉAT est plutôt optimiste, mais il faut l’interpréter comme un souhait du réalisateur davantage que comme la conséquence des actions du personnage principal.

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BACCALAUREAT, s’il est parfaitement maîtrisé, n’en est pas moins très théorique. Le spectateur devra décoder la signification du film à partir de la mise en scène et la forme globale de l’œuvre. Les interactions entre les personnages si elles sont très réalistes, semblent in fine dictées par les ambitions thématiques de Mungiu. Il en découle une direction d’acteurs dénuée d’empathie (exceptée pour la maîtresse de Roméo dans une scène où elle tombe le masque).
La froideur qui émane du film est comparable à l’intelligence sans émotion de son personnage principal. Si Roméo est un chirurgien dont on ne voit jamais les mains à l’œuvre, Mungiu est ce genre de médecin qui vous diagnostique un cancer sans vous rassurer sur vos chances d’en sortir vivant. A part ce dernier plan qui augure un possible renouveau grâce à la génération d’Eliza, BACCALAUREAT est d’une déprimante fatalité. On comprend ainsi le vœux pieu de Mungiu envers la moralité d’Eliza et la génération qu’elle représente, comme le dernier espoir d’un homme déçu par ses contemporains. L’honnêteté d’une seule jeune femme est le rempart ultime contre la gangrène, la seule excuse pour ne pas débrancher une société en phase terminale.

Thomas Coispel

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