Dans cette comédie loufoque, qui tient tant de « Strip-tease » que des frères Coen, poésie et beauferie s’accordent comme par magie. Le budget minimaliste et les nombreuses séquences improvisées dégagent un charme pétri de sincérité.

Francis coche tous les stéréotypes du beauf. Longs cheveux filasses, rouflaquettes, bide à bière, bracelets en cuir, bague tête de mort, tatouage de Renaud et accent belge à couper au couteau. Cerise sur le gâteau : des expressions fleuries, à l’image d’un « ça roule ma couille » triomphal. Habitué des plans foireux, il entraîne son acolyte Thomas en plein coeur de la campagne poitevine pour un nouveau coup.

Leur objectif : s’installer quelques semaines chez Wilfrid, propriétaire d’un vaste domaine et d’un modeste car wash, afin de lui extorquer son argent. Loin de s’inquiéter, le vieux garçon sympathise avec les deux bras-cassés, bientôt rejoints par leurs copines, à peine plus futées. La drôle de séquestration se transforme peu à peu en étrange amitié, célébrée en partageant des poèmes intimes et des Kronenbourg tièdes.

Photo du film BRAQUER POITIERS

© Capricci Films

Tout détonne dans BRAQUER POITIERS, là réside sa savoureuse singularité. L’allure de lourdaud de Francis suffit pour susciter l’embarras, tel John Goodman dans un film des frères Coen. Aussi à l’aise dans le jardin raffiné de Wilfrid qu’un éléphant dans un magasin de porcelaines, il provoque à lui seul une cascade de gloussements gênés. Mais son hôte n’a rien à lui envier. Un vieux solitaire qui déclame une poésie de son cru devant deux dealers tout juste pubères et complètement défoncés, c’est la garantie d’un fou rire.

Cet humour farfelu sait néanmoins laisser la place à d’incroyables éclats de grâce. Lorsque Francis se met à chanter Ces gens-là de Brel, attablé autour d’un repas crépusculaire, le temps s’arrête et les émotions fusent. La scène n’était pourtant pas planifiée.

Le réalisateur a su mettre à profit les talents d’improvisation de ses acteurs et capter les instants de vérité. Comme dans un épisode de Strip-tease, le film s’amuse à brouiller les frontières entre fiction et réalité. Dans les rues de Poitiers ou lors d’une fête de village, impossible de se tromper : on baigne dans l’authenticité. On succombe alors volontiers à la beauté sans fard des « vrais gens », ceux qui apparaissent bien trop rarement à l’écran.

Photo du film BRAQUER POITIERS

© Claude Schmitz

Wilfrid ne ment pas, ses yeux suffisent à faire comprendre que sa solitude et sa différence ne sont pas feintes. Le regard perdu dans les flammes d’un four à pain, l’acteur amateur provoque plus de frissons que de nombreux oscarisés. Les liens qu’il noue graduellement avec ses squatteurs d’un autre monde (celui du cinéma ou des mauvais coups) ébranlent nos idées préconçues de l’amitié.

BRAQUER POITIERS n’a rien dérobé, il livre au contraire ses richesses avec douceur et générosité.

Valentin Hamon-Beugin

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BRAQUER POITIERS : une ode à l'amitié, touchante et déjantée - Critique
Titre original :
Réalisation : Claude Schmitz
Scénario : Claude Schmitz
Acteurs principaux : Wilfrid Ameuille, Francis Soetens, Thomas Depas
Date de sortie :
Durée : 1h25min
3.5prometteur
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