Les Filles du Soleil suit un bataillon de femmes kurdes, ex-prisonnières devenues guerrières. Hélas, le résultat ne leur rend pas vraiment hommage.

Pour la première année post-Weinstein, le nouveau film d’Eva Husson tombe totalement à pic. La française avait là un sujet en or massif dans une époque où les femmes se font de plus en plus entendre. Le parallèle est tout trouvé ! Ces kurdes, désormais combattantes, sont d’anciennes prisonnières. Violées, maltraitées, endeuillées, elles ont réussi à s’échapper et ont désormais comme seul but de s’élever en rempart. Exactement comme l’ont fait les victimes d’harcèlements. Longtemps murées dans le silence, elle ont fait bouger les choses en faisant entendre leur voix à travers le monde.

Malgré toutes ses bonnes intentions, et l’énorme potentiel pour accoucher d’un grand film contemporain, Eva Husson n’arrive jamais à se montrer à la hauteur de son sujet. La structure narrative est un énorme souci pour le film. Toute la partie en flashbacks sur le passé de Bahar (Golshifteh Farahani) fonctionne globalement pas trop mal. Mais dès que le récit revient dans le présent, l’intérêt s’effrite à vue d’œil. Le spectateur doit endurer Mathilde, un personnage secondaire de journaliste reporter (Emmanuelle Bercot) dont on ne comprend pas l’utilité. Sa présence pose un problème moral, dans le sens où elle masque le vrai point de vue qui nous intéressait : celui de la réalisatrice. Comment se positionne Eva Husson dans ce récit ? Quel regard apporte-t-elle ? Qu’est-ce que sa caméra a à nous dire d’autre que de beaux travellings ou capter quelques flairs ? Oser un film de guerre avec des femmes n’est pas une fin en soi. Il faut bien le faire !

La morale, il en est encore question dans cette fâcheuse tendance qu’a le film de vouloir nous tirer les larmes avec insistance. Par exemple le trauma de Mathilde est un écran de fumée balancé pour masquer l’inconsistance du personnage. Et si au passage on peut pleurer dans les chaumières, tant mieux ! Mais ces larmes ne viendront jamais parce que la manœuvre est artificielle, inutile. Dans le cadre d’un film qui se veut résolument engagé, fabriquer du pathos autour est particulièrement de mauvais goût. De la musique aux plans poseurs, en passant par des péripéties graveleuses (la scène de l’accouchement est un sommet de bêtise !), rien ne fonctionne. Tous les effets appuyés font oublier qu’initialement la démarche semblait sincère.

Pour nous achever, il faut assister à l’impensable monologue final de Mathilde. Des lignes et des lignes balancées comme des punchlines Instagram pour éveiller les consciences. Un empilement de paroles putassières, démagogiques. De quoi flatter les féministes de bas étage, heureux de cet appel aux armes bien bourrin. Les Filles du Soleil loupe sévèrement le coche au point d’en devenir presque détestable. Et nous sommes les premiers déçus d’un tel résultat.

Critique publiée le 12 mai 2018 lors de la Projection au Festival de Cannes

Maxime Bedini

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LES FILLES DU SOLEIL, détestable film de guerre féministe - Critique
Réalisation : Eva Husson
Scénario : Eva Husson, Jacques Akchoti
Acteurs principaux : Golshifteh Farahani, Emmanuelle Bercot, Zübeyde Bulut
Date de sortie : 21 novembre 2018
Durée : 1h51min
1.0Note finale
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Rottenc

Les filles du soleil, magnifique film sur une réalité de la douleur des femmes toujours doublement victimes des atrocités des guerres.
Que dire devant ces critiques de ” bien-pensance” cinématographique… C’est affligeant de lire autant de critiques aussi marquées et injustes contre ce film, issus de ceux qui s’autorisent à penser à la place des autres avec un esprit froid devant leur écran.
J’ai vu le film hier soir, et le sujet est grave, il rend hommage à ces combattantes qui ont pour la plupart vu leur famille executée, leur jeunes fils enlevés par les barbares de daesh, et les plus jeunes d’entre elles séquestrées pour servir d’esclaves sexuelles. Le film évoque ces horreurs sans jamais s’y installer ou chercher à stagner dessus.
Ces violences inacceptables expliquent l’engagement de ces femmes, à l’aide de flash-backs de la vie de l’héroïne, et la présence de la journaliste occidentale est comme le témoin de cet occident paumé qui a du mal à s’engager plus avant mais elle au moins, sent que sa place est là, à leurs côtés, pour témoigner de ces drames tellement humains.
Ces femmes yezidies sont des apprenties combattantes, on le voit, et leur courage, leur détermination sont bien rendus à travers cette histoire qui traite d’un sujet grave, occulté par nos médias.
Le film arrive, malgré la violence du sujet, à garder une certaine douceur pour un film de guerre, sans doute due aux regards de ces femmes qui ont tout subi et ont décidé de ne plus subir.
Je le trouve plutôt sobre, ce n’est pas un film qui enchaîne les séquences d’action, on est dans le temps réel, loin des superproductions abracadabantes.