Présenté hors compétition en séance de minuit à Cannes, The Spy Gone North nous dévoile l’histoire vraie de l’espion nommé Black Venus, ainsi qu’un pan de la relation glaciale entre les deux Corées.

Prenant place au début des années 90, THE SPY GONE NORTH débute de manière efficace en envoyant en mission l’agent See Young s’infiltrer en Corée du Nord afin de dénicher une information capitale au sujet de l’arme nucléaire. À cet instant, la Corée du Sud est dans le flou total ; les voisins du Nord seraient-ils déjà en sa possession ? La première partie du film, très immersive, grâce entre autre à la rigueur formelle coréenne (le scope et la musique), nous rappelle instantanément l’époque du thriller paranoïaque des années 70. See Young devra devenir un homme d’affaires et la moindre petite erreur pourrait lui coûter très cher. Dès son arrivée en Corée du Nord, il sait pertinemment qu’il va être surveillé, d’où les nombreux micros cachés un peu partout dans sa chambre d’hôtel qu’il a trouvé. Pour ferrer le gros poisson, il devra jouer à un double jeu afin de solidifier toujours plus une couverture très fragile, quitte à flirter avec la mort.

Cette histoire dite de l’espion appelé « Black Venus », passionnante au demeurant, s’avère bien vite une sorte de prétexte pour mieux plonger au cœur des relations glaciales entre les deux Corées. Le nord nous est montré en guerre, dans la dictature qui y ressemble encore aujourd’hui, alors que le Sud tente de faire bouger les choses, de se développer et de prospérer. Alors que le stratagème commercial porte ses fruits et que l’agent See Young approche finalement le général Kim-Jong-Il (père de l’actuel Kim-Jong-Un), la mission va prendre une toute autre tournure alors que les masques commencent à tomber. Ces échanges avec le général sont travaillés dans la mise en scène tout en tension, alors qu’un ou deux éléments penchent du côté du burlesque. On serre les fesses tout en pouffant, en somme. La ressemblance du comédien interprétant le général est bluffante et la reconstitution impeccable.

“Un pur film d’espionnage à l’ancienne où règnent la paranoïa, puis le respect et l’amitié.”

L’autre tournure que prendra la mission, c’est cet instant où tout finit par se savoir et qu’au delà de la stupide rigidité du gouvernement et des politiques, une complicité et un respect vont naître pour le bien de deux nations, qui ne se sont pas regardées depuis bien trop longtemps. La proposition économique faite au général par See Young est assez inhabituelle : faire venir une équipe de tournage pour filmer une pub en Corée du Nord, afin d’y développer du tourisme. Pour cela, le général devra se soumettre à deux conditions, en preuve de sa bonne volonté. Faire un pas pour amener progressivement au dégel entre les deux nations. La situation est tellement bloquée que le film nous apprend par la suite que ce ne sera qu’en 2005 qu’une publicité sera tournée avec deux actrices coréennes, l’une venant du Sud et l’autre du Nord. Une poignée de main présentée comme un événement politique majeur au milieu d’innombrables micros et photographes.

Ample, de par sa longueur et du lyrisme de sa mise en scène, mais un brin éloigné des polars coréens retors et violents auxquels nous a souvent habitué le festival de Cannes, ce SPY GONE NORTH se savoure en tant que leçon d’histoire traitée à la manière d’un pur film d’espionnage à l’ancienne, ou les filatures et les champs/contre-champs serrés remplacent les courses-poursuites et les bastons. Avant de s’achever sur une note finale presque romantique, qui nous ferait oublier une ou deux grosses ficelles décelées un peu plus tôt. Il n’en demeure pas moins l’un des rares et des meilleurs films à traiter des deux Corées avec autant d’aplomb depuis le Joint Security Area de Park Chan-Wook.

Critique publiée le 12 mai 2018 lors de la projection au Festival de Cannes

Loris Colecchia

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[CANNES 2018] THE SPY GONE NORTH, pur film d'espionnage à l'ancienne - Critique
Titre original : Gongjak
Réalisation : Yoon Jong-Bin
Scénario : Yoon Jong-Bin, Kwon Sung-Hwi
Acteurs principaux : Jung-Min Hwang, Sung-Min Lee, Ji-Hoon Ju
Date de sortie : Prochainement
Durée : 2h27min
3.5Note finale
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[CANNES 2018] THE SPY GONE NORTH, pur film d’espionnage à l’ancienne – Critique

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