Âmes sensibles s’abstenir ! Il est ici question de l’un des plus grands bateleurs du cinéma d’épouvante, le bien nommé William Castle (de château à château hanté, il n’y a qu’un pas). Réalisateur, producteur et parfois scénariste, à l’instar de Roger Corman, à la fin des années cinquante, il se révélera être un redoutable homme d’idées. Impressionné par la maestria avec laquelle Alfred Hitchcock enchaîne les polars et les films d’espionnage en imposant une identité visuelle et narrative, Castle se lance le défi de devenir une figure aussi emblématique pour le genre de l’épouvante, allant même jusqu’à composer une silhouette reconnaissable à la manière de son modèle, quelque part entre la caricature de producteur goguenard amarré à son cigare, et l’espièglerie d’un grand gamin fier de ses farces.

 

MACABRE

Sorti en 1958, réalisé par William Castle, avec William Prince, Jim Backus et Christine White
La petite fille d’un médecin d’une petite ville est enlevée. Le kidnappeur annonce qu’il l’enterrera vivante si on père ne la retrouve pas dans cinq heures.
Le cinéaste inaugure ici la formule qui fera son succès, à savoir un concept né d’un esprit tordu (on peut estimer que les créateurs de Saw en sont les héritiers) dont l’efficacité est garantie par un rythme haletant, un scénario sans temps mort, et surtout des gimmicks par lesquels les émotions sont exacerbées. Dans ce cas précis, le gimmick choisi pour transformer la séance en expérience mémorable, tient du coup marketing de génie : au moment d’acheter leurs places, les spectateurs devaient remplir une police d’assurance dégageant Castle de ses responsabilités, au cas où l’un d’eux mourraient littéralement de peur.

 

LA NUIT DE TOUS LES MYSTÈRES

Sorti en 1959, réalisé par William Castle, avec Vincent Price, Carolyn Craig et Richard Long
Le millionnaire Frédérick Loren organise, suivant une idée de sa femme Annabelle, un jeu où il offrira 10000 $ à chacun des participants sélectionnés qui acceptera de passer la nuit dans sa maison hantée. Les invités à peine arrivés, d’étranges phénomènes se produisent.
Probablement son flm le plus connu, (ayant donné lieu à un remake sous-estimé de William Malone en 1999) grâce à l’image d’Épinal de l’épouvante gothique que personnifie le gentleman Vincent Price dans le décor d’une demeure lugubre. Et Castle a fait un choix audacieux en choisissant pour les extérieurs et certains intérieurs de la fameuse demeure, la Ennis House de Los Angeles, villa moderne des années vingt, dont l’architecture massive et anguleuse tranche clairement avec le décorum habituel des manoirs victoriens ou des châteaux médiévaux, sublimés jusqu’alors par les films l’épouvante. Pour poursuivre la série des gimmicks, le grand farceur installe un squelette en plastique survolant les salles obscures à l’aide d’un câble, au moment précis où un squelette semblable apparaît à l’écran.

 

LE DÉSOSSEUR DE CADAVRES

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Sorti en 1959, réalisé par William Castle, avec Vincent Price, Judith Evelyn et Darryl Hickman
Le Dr Warren Chapin est un médecin qui est régulièrement amené à conduire des autopsies sur des prisonniers exécutés suite à une condamnation à mort. Il développe à cette occasion une théorie originale : le sentiment de la peur est créé chez l’être humain par un parasite qui grandit dans la colonne vertébrale, celui-ci disparaît quand l’être humain crie.
Puisque avec Castle tout est spectacle, attraction foraine, avec ce film nous sommes rendus à l’apothéose de sa carrière en forme de train fantôme. Si le scénario est absolument délirant, c’est qu’il a été spécialement élaboré pour servir le potentiel d’immersion du gimmick, plus ingénieux et plus sadique que jamais. L’idée étant de faire entrer le public en empathie avec la jeune femme muette subissant les horribles expériences du médecin fou (Vincent Price, vous ici ?), en piégeant certains fauteuils par un système électrique. Ignorant quels fauteuils étaient piégés, tous les spectateurs devaient crier de peur quand l’héroïne ne pouvait le faire, sous peine de recevoir une petite décharge électrique. Imaginez un peu les hurlements poussés dans les cinémas, quand du sang rouge vif est apparu à l’écran, alors que le reste du film était en noir et blanc.

 

13 FANTÔMES

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Sorti en 1960, réalisé par William Castle, avec Charles Herbert, Jo Morrow et Donald Woods
Le Dr. Zorba donne en héritage sa maison à la famille de son neveu Cyrus. Lorsqu’ils arrivent à la maison ils sont pris au piège. Ils se rendent compte que la maison est hantée par 12 fantômes et que pour sortir vivant de cette maison, ils doivent trouver le treizième fantôme.
Comme La nuit de tous les mystères, 13 Fantômes a eu droit à un remake, commis en 2001 par Steve Beck, celui-ci franchement dispensable, avant tout parce qu’il ne possède pas de gimmick, alors que le procédé développé par Castle donnait toute sa spécificité au film original. Le procédé en question consistait à colorer légèrement en bleu les fantômes à l’image afin de les rendre à peine visible; grâce à une plaquette en carton ressemblant à une paire de lunettes 3D, le spectateur pouvait voir deux versions différentes du film. Deux filtres étaient superposés sur la plaquette, le filtre rouge permettait d’intensifier la présence des fantômes, tandis que le filtre bleu les faisait totalement disparaître. Et vous, à travers quel filtre auriez-vous suivi le spectacle ?

 

ROSEMARY’S BABY

Sortie en 1968, réalisé par , avec Mia Farrow, John Cassavetes et Ruth Gordon.
Un couple de jeunes mariés s’installe dans une vieille maison maléfique de New-York. Un certain malaise s’empare peu à peu de leurs esprits, surtout la jeune femme, sensible et imaginative, qui dit avoir peur de leurs voisins. Un matin, elle se réveille le corps griffé et enceinte.
Sur ce coup-là, on peut dire que Castle a eu le nez creux, s’il réfléchissait jusqu’ici en businessman avisé pour privilégier ses propres projets, il agit cette fois-ci en producteur audacieux en confiant la réalisation au très prometteur Roman Polanski, fraîchement débarqué de Pologne. Non seulement ce chef-d’oeuvre permettra au jeune cinéaste d’acquérir une renommée mondiale, mais il prouvera également que son producteur peut lancer des projets novateurs et écouter les sensibilités de jeunes auteurs, quand le métier et le public le croyaient abonné à jamais à un cinéma d’exploitation en passe de se démoder. À sa sortie, Rosemary’s baby fut à la fois un succès, un scandale et un traumatisme pour toute l’Amérique; mais Castlelui, comment percevait-il le film ? À en croire son caméo proche du gag, dans la scène de la cabine téléphonique, il m’est d’avis qu’il a du bien rire, en pensant qu’il venait de jouer l’un des meilleurs tours de sa carrière.

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