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On assiste dans BIRDMAN aux crises de schizophrénie de Riggan (Michael Keaton), ancienne star du film d’action, hanté par le personnage qu’il a longtemps incarné, Birdman. Riggan s’entête à monter une pièce de théâtre moderne sur Broadway et accumule les difficultés…

Lorsqu’on met un pied dans le film, il ne nous lâche plus, nous avale grâce à une steadycam qui nous scotche dans un unique et interminable plan séquence*. Les personnages entrent et sortent du cadre, l’espace et le temps changent en direct, avec un naturel déconcertant. Cet « emprisonnement » , souvent oppressant, nous empêche de respirer. On se retrouve très vite coincé entre une ambiance électrique et névrosée et l’image, qui ne nous laisse aucun répit. Pas de contre-champ lors des conversations, on se focalise sur ceux qui parlent. C’est le mouvement de l’acteur, qui se déplace et fait ainsi rentrer l’autre dans le champ, montre la réaction de l’interlocuteur. Excellent ! L’ intensité du jeu d’acteur est palpable et appréciable, et la prouesse technique rarement égalée dans un film. Les acteurs, particulièrement performants, sont magnétisés par l’objectif. Ils nous attirent à eux, nous hypnotisent. Malheureusement, la nature de leur personnage ne parvient pas à nous émouvoir. Malgré son indéniable virtuosité technique, le film ne nous implique pas, ne nous affecte pas. Emotionnellement, difficile de s’attacher au personnage principal, de s’identifier à sa fille paumée (Emma Stone) ou de vraiment détester Mike ( Edward Norton, parfait et débridé!). Pourtant, Riggan en tient une couche. Habité et gangrené par le personnage de super héros qu’il a incarné, rongé par la peur de vieillir, ses crises de démence sont soulignés par un solo de batterie entêtant, nerveux et énervant.

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Il manque dans BIRDMAN l’âme d’un chef-d’œuvre. Le plan séquence ininterrompu qui compose tout le film montre une incroyable maîtrise de la mise-en-scène de la part d’ Alejandro Gonzalez Iñarritu… Basée sur un scénario qui décrit lui-même la création d’une pièce de théâtre, qui prend vie sous nos yeux. Mise en abyme intéressante… mais froide. La réflexion du réalisateur sur le monde du théâtre est trop prévisible et a déjà été abordée (la vie est finalement une interminable pièce, bla bla bla, bla bla bla.). Le film se limite donc à sa technique qui semble avoir annihilé et écrasé l’émotion qui aurait pu filtrer et nous atteindre. Comme un musicien talentueux qui joue un morceau à la perfection sans en transmettre l’âme, Iñarritu ne nous convainc pas et ne nous transporte pas suffisamment  pour transcender sa technique.

“L’Académie a récompensé un film techniquement parfait mais qui manque de profondeur d’âme.”

En décernant à BIRDMAN l’Oscar du meilleur film de l’année, en février dernier, l’Académie a récompensé un film techniquement parfait mais qui manque de profondeur d’âme, qui ne nous touche pas assez. Boyhood  aurait sûrement mérité d’être couronné…

                                                                                                  Pauline R.
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INFORMATIONS

25 février Birdman


CRITIQUE
CONTRE-CRITIQUE

– IMPRESSIONNANT trailer
nouveau concept, la parodie méta : trailer de Birdman Returns
– BIRDMAN remporte 3 Oscars !

Titre original : Birdman
Réalisation : Alejandro Gonzales Iñarritu
Scénario : Alejandro Gonzales Iñarritu, Nicolas Giacobone, Alexander Dinelaris, Armando Bo
Acteurs principaux : Michael Keaton, Edward Norton, Emma Stone, Zach Galifianakis
Pays d’origine : Etats-Unis
Sortie : 25 février 2015
Durée : 1h59
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Synopsis : Riggan (Michael Keaton), ancienne star du film d’action, est hanté par le personnage qu’il a longtemps incarné, Birdman. Riggan s’entête à monter une pièce de théâtre moderne sur Broadway et accumule les difficultés…

BANDE-ANNONCE

*un plan séquence est un long plan, sans raccord. Ici, il en existe forcément, mais les coupes entre les plans peuvent être maintenant gommées grâce aux effets numériques.

[contre-critique] BIRDMAN

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