Alors Philippe Garrel sort un nouveau film et (presque) tous les critiques hurlent au génie ? Trahison suprême, crime de lèse-majesté, le film n’était – en plus – présenté que dans une sélection parallèle. Rendez-vous compte ! Pas la pire cela dit, puisque la Quinzaine des Réalisateurs de cette année proposait de jolis moments de cinéma. Du coup, ils avaient raison d’hurler à l’outrage les fans de Garrel ?

Avant de rentrer dans le dur, je crois que le mieux est encore de lire le pitch que je vous livre tel que le distributeur l’a voulu. Sans rire, ça vaut le détour : Pierre et Manon sont pauvres. Ils font des documentaires avec rien et ils vivent en faisant des petits boulots. Pierre rencontre une jeune stagiaire, Elisabeth, et elle devient sa maîtresse. Mais Pierre ne veut pas quitter Manon pour Elisabeth, il veut garder les deux. Un jour Elisabeth, la jeune maîtresse de Pierre, découvre que Manon, la femme de Pierre, a un amant. Et elle le dit à Pierre… Pierre se retourne vers Manon parce que c’est elle qu’il aimait. Et comme il se sent trahi, il implore Manon et délaisse Elisabeth. Manon, elle, rompt tout de suite avec son amant. On peut supposer que c’est parce qu’elle aime Pierre. 

Je suis pas du genre chiant, mais quand on me sert un synopsis à la telle teneur parodique ça a plus tendance à me faire esquisser un rictus que me donner envie d’aller m’asseoir, ne serait-ce qu’une heure et demi, dans une salle obscure. Pourtant bien m’en a pris. En effet, si les sièges de la Quinzaine ne sont pas les plus confortables de la Croisette, on s’est tout de même bien marré avec un public qui peinait – comme moi – à savoir si ce qu’il voyait était à prendre au second degré ou non.

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© SBS Distribution

Il faut dire qu’entre une mise en scène plus fade que « minimaliste », une trame plus bête que « réduite à l’essentiel » et des dialogues d’une stupidité crasse il y avait de quoi cliver. Ravir une certaine critique en laissant de côté le public à qui on donne à voir un triangle amoureux sans saveur. Où la seule consigne de jeu semble être « fais la gueule et exprime le moins d’émotion possible ». Seule peut-être Clotilde Courau, il faut l’admettre, sort son épingle du jeu avec une aisance naturelle qui tranche avec la marche forcée de ses camarades. La musique de Jean-Louis Aubert en fond n’est, quant à elle, pas déplaisante. C’est toujours ça.

Au final, il ne faut pas se tromper sur la marchandise. Contrairement à ce que la plupart des habitués du Café de Flore ont écrit dans les colonnes de leurs journaux, L’OMBRE DES FEMMES n’est pas un film « féministe », ou un film qui va « droit dans la chair des sentiments ». Il est loin le Marivaudage un tant soit peu subtil. Un poil intelligent. Là, on est un plus proche de Feydeau et de l’amant dans le placard, option héritage de la Nouvelle vague. Pour faire chic. Au fond, L’OMBRE DES FEMMES tient en fait plus du vaudeville, enrobé d’un (joli) noir et blanc, qui se croit plus fin qu’il ne l’est. Le tout laissant une amère déception quand on voit le nom de Jean-Claude Carrière au poste de co-scénariste. L’ami de Buñuel et de Pierre Etaix, 83 ans au compteur et une filmographie a en faire rougir plus d’un. Comme quoi…

« Un vaudeville en noir et blanc qui se croit plus fin et subtil qu’il ne l’est. »

Sans doute aurait-il fallut que je vois l’intégralité de l’oeuvre de Philippe Garrel pour comprendre son geste et penser le film au sein du grand tout qu’est sa filmographie. Peut-être aurais-je dû voir ses deux films précédents dont L’OMBRE DES FEMMES serait la résolution. Certes. Peut-être aurais-je alors apprécié cette heure et quart d’ennui et d’indignation. Mais peut-être aussi qu’un film devrait pouvoir être vu sans connaissance pré-requise de l’auteur. Peut-être aussi que parfois, les postures critiques ne sont que ça, des postures, qui oublient de s’affranchir de ce quelque chose qui semble interdire à quiconque de dire du mal de Garrel père. Lequel met d’ailleurs son fils (Louis) à contribution pour une voix-off d’un snobisme affligeant. J’avais failli oublier…

S’il y avait eu un prix du film français le plus « cliché », Garrel y aurait concouru, pour sûr. Enfin je crois. Vu les critiques, c’est peut-être simplement moi qui débloque et qui n’ai rien compris. Cela dit, là comme ça, à chaud, ça ne m’a pas vraiment donné envie de comprendre.

Les autres sorties du 27 mai 2015

MAGGIE, L’OMBRE DES FEMMES, SAN ANDREAS, etc.

INFORMATIONS

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CANNES 2015 : La quinzaine, le programme !

Titre original : L’OMBRE DES FEMMES
Réalisation : Philippe Garrel
Scénario : Jean-Claude Carrière, Caroline Deruas, Arlette Langmann, Philippe Garrel
Acteurs principaux : Stanislas Merhar, Clotilde Courau, Lena Paugam
Pays d’origine : France, Suisse
Sortie : 27 mai 2015
Durée : 1h13
Distributeur : Wild Bunch / SBS Distribution
Synopsis : Pierre et Manon sont pauvres. Ils font des documentaires avec rien et ils vivent en faisant des petits boulots. Pierre rencontre une jeune stagiaire, Elisabeth, et elle devient sa maîtresse. Mais Pierre ne veut pas quitter Manon pour Elisabeth, il veut garder les deux. Un jour Elisabeth, la jeune maîtresse de Pierre, découvre que Manon, la femme de Pierre, a un amant. Et elle le dit à Pierre… Pierre se retourne vers Manon parce que c’est elle qu’il aimait. Et comme il se sent trahi, il implore Manon et délaisse Elisabeth. Manon, elle, rompt tout de suite avec son amant. On peut supposer que c’est parce qu’elle aime Pierre.

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