À lire également : notre critique positive du film !

Film d’horreur australien riche d’une nomination au prestigieux festival de Sundance, et grosse sensation à Gerardmer où il est reparti avec quatre prix, Mister Babadook est le premier long-métrage de la réalisatrice australienne , déjà derrière le fort sympathique Monster sorti en 2005. A ne pas confondre avec le génial premier film de Gareth Edwards, ce court-métrage sur une mère luttant contre l’obsession de son fils envers un monstre imaginaire annonçait déja Mister Babadook, qui en est un quasi-remake avec plus de temps et de budget. Une initiative qui n’est pas sans rappeler ce que Tim Burton a fait avec Frankenweenie, reste à voir si le résultat est aussi intéressant que l’intention.

Beaucoup ont qualifié Mister Babadook de film dépassant largement le simple genre du film d’horreur ; c’est en effet le cas, la réalisatrice construisant son film comme un étrange drame familial mettant en scène un enfant très particulier obsédé par les monstres. Sa mère, interprétée par une dont le rôle consiste à fixer la caméra avec les yeux grands ouverts et à insupporter le spectateur par son immobilisme permanent, va progressivement comprendre que les dires de son fils sont peut-être fondés. Si il est certes très difficile de diriger des enfants au cinéma, s’avère être l’un des jeunes acteurs les moins convaincants de l’année. Son personnage n’est pourtant pas inintéressant, et a au moins comme qualité de sortir du cliché de l’enfant parfait, gentil et incompris par les adultes. Jennifer Kent en fait un quasi-psychopathe en puissance, très dur avec sa mère et souvent insupportable, et l’intention est louable. L’acteur, mal dirigé et peu servi par une réalisation n’exploitant que très peu le côté intéressant de son personnage, livre une prestation très faible et assez fausse, notamment lors d’une scène d’exorcisme – dont le découpage est ouvertement copié sur le classique de William Friedkin, l’Exorciste, en moins maîtrisé et sonnant comme une référence lourdingue et peu subtile – bâclée et particulièrement risible. Mister Babadook souffre aussi du symptôme récurrent et facilement pardonnable, des premiers longs-métrages ; les problèmes de rythme. Il est louable de vouloir construire des personnages, de s’attarder sur eux et de ne pas céder à la mode des jumpscares. Bien loin d’un Insidious 2 ou autres purges pullulant sur les écrans et se prétendant « films d’horreur » parce qu’ils font sursauter à base de screamers, comme le ferait n’importe quelle vidéo amateur sur Youtube, Mister Babadook s’attache à instaurer une ambiance particulière qui fonctionne assez bien pendant les premières minutes. Les personnages sont maladroitement écrits mais demeurent originaux, et l’idée de matérialiser les peurs et l’imagination infantile est intéressante.

© Wild Bunch Distribution

La photographie est globalement soignée, bien que convenue et ne révolutionnant pas les principes du genre ; en revanche, le film bénéficie incontestablement d’un travail sonore assez impressionnant sur le plan technique. Un mixage parfois franchement audacieux, n’hésitant pas à verser dans le too-much et assumant ce principe, fait du long-métrage australien un film à voir dans de bonnes conditions pour profiter pleinement de l’expérience qu’il essaye de mettre en place. En revanche, les compositions de Jed Kurzel sont assez paresseuses, du moins trop classiques et utilisées de manière trop prévisible pour attirer l’attention. La réalisation de Jennifer Kent demeure d’assez bonne facture, mais le film aurait pu être bien plus réussi, et bien plus fidèle à sa note d’intention, si il avait bénéficié de plus de soins. En l’état, il s’apparente plutôt à un brouillon desservi par une écriture maladroite et parfois gênante, et un casting vraiment pas à la hauteur. Certains poncifs du genre plombent complètement l’expérience, mais Mister Babadook n’en est pas pour autant une catastrophe. Il y a de l’idée, un certain sens de la mise en scène durant quelques séquences, et, ENFIN, une tentative – ratée, mais une tentative tout de même – de tenir une ambiance pendant 90 minutes plutôt que de placer des screamers ridicules toutes les deux minutes. Cela suffit à faire du premier long-métrage de Jennifer Kent une alternative intéressante aux récents « films d’horreur » plus risibles qu’autre chose.

”Quelques atouts visuels et un gros travail sonore surnagent au milieu d’acteurs perdus et de dialogues insipides.”

Une partie drame ratée et vaine, une partie horrifique alternant entre le convainquant et le nanardesque ; Mister Babadook n’est pas un film spécialement réussi. La réalisatrice australienne ne semble pas s’être donné la possibilité d’aller jusqu’au bout de ses idées, et son scénario ne fait qu’effleurer un potentiel paradoxalement bien plus exploité dans son précédent court-métrage, Monster. Reste quelques atouts visuels et un gros travail sonore surnageant au milieu d’acteurs perdus et de dialogues insipides. Il y avait, décidément, vraiment mieux à faire. On espère que tout ces défauts seront corrigés lors d’un prochain long-métrage, qui cette fois sera à la hauteur de ses intentions !

INFORMATIONS
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CRITIQUE POSITIVE

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INTERVIEWS DE JENNIFER KENT / ESSIE DAVIS

Titre original : The Babadook
Réalisation : Jennifer Kent
Scénario : Jennifer Kent
Acteurs principaux : Essie Davis, Noah Wiseman
Pays d’origine : Australie
Sortie : 30 juillet 2014
Durée : 1h34min
Distributeur : Wild Bunch
Synopsis :Amelia, veuve, élève seule son fils de six ans Samuel sujet à des terreurs nocturnes. Mais un jour arrive chez eux, sans aucune raison, un livre de contes appelé Mister Babadook. Samuel, son fils, est certain que le Babadook hante ses rêves et cauchemars tandis qu’Amelia se sent harcelée par une présence maléfique.

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